Publicité
Le T-shirt mauricien à l?honneur sur le marché européen
Par
Partager cet article
Le T-shirt mauricien à l?honneur sur le marché européen
«L?un des atouts majeurs du T-shirt mauricien face à celui des autres pays concurrents est surtout le délai de livraison assez court, variant entre deux et quatre semaines», dixit Ahmad Parkar, directeur général de Star Knitwear, l?un des dix meilleurs acteurs dans le sous-secteur du T-shirt. Il commentait l?excellent résultat de Maurice, classée cinquième exportateur de T-shirts sur le marché européen. Selon lui, cette bonne performance s?explique par le fait que : «Le client tient compte de l?opportunité de la livraison : le bon produit au bon moment.»
En outre, «il considère la grande variété des articles proposés. Certains de nos concurrents sont défavorisés non seulement par le fret, assez élevé, mais également par leur stratégie à ne traiter que des commandes de très grand volume. Nous avons, en ce qui nous concerne, l?avantage d?être flexibles. Nous sommes également très préoccupés par le suivi de la mode et, par-dessus tout, nous sommes très fiables.» Il ajoute : «Même en choisissant de livrer la commande par voie aérienne, nos produits demeurent compétitifs.»
En effet, durant l?année 2006, Maurice a exporté vers l?Europe 93,6 millions d?unités de vêtements, équivalant à une recette de Rs 8 875 milliards. Ce résultat lui permet d?être classée parmi les meilleurs sur le marché européen. Les pays tels la Chine, l?Inde, le Bangladesh et la Turquie sont en tête du classement, suivis de Maurice qui, avec une part de marché de 3,85 %, devance le Maroc, Hong Kong, le Sri Lanka et la Tunisie.
Pour mieux comprendre à quoi Maurice, malgré sa petite stature, doit un résultat aussi prodigieux, il convient de rencontrer quelques-uns des dix meilleurs acteurs du sous-secteur du T-shirt. L?un des exportateurs de ce produit, Jean Paul Q. F Shi Shun, directeur général de Proximex, nous énumère les pays qui, selon lui, font une réelle concurrence à Maurice : «Nos concurrents les plus sérieux sont soit des pays situés tout près de l?Europe comme le Maroc et la Tunisie, ou encore des pays européens comme la Turquie.»
Fournissant les raisons qui expliquent la brillante performance de Maurice, notre interlocuteur poursuit : «Il faut cependant retenir qu?en dehors du prix, d?autres facteurs très importants entrent en jeu dans la détermination des leaders : le facteur qualité du service par exemple. Il est axé sur la communication permanente avec le client afin d?anticiper et de répondre au mieux à ses besoins car le concept de la mode est éphémère. Nous avons pu acquérir une part importante sur le marché européen grâce aux efforts que nous déployons pour maintenir un standard élevé et toujours honorer nos engagements. Il faut quand même ajouter à tout cela notre expertise en matière de textile.»
Effectivement, Maurice a bénéficié, dans les années 70, de l?expertise de la main-d??uvre venue notamment de Hong Kong et du Pakistan pour insuffler ce dynamise que l?on connaît au sous-secteur du textile. Au départ, la plupart de ces industries avait pour activité principale la bonneterie, qui consistait en la confection d?articles d?habillement en étoffe à mailles tels les chaussettes, les bas, les maillots, les slips, les pull-overs, etc.
«En ce moment, nous avons des inquiétudes par rapport au prix de l?énergie qui représente 15 % du coût d?un T-shirt.»
Il y a de cela une quinzaine d?années, en raison de l?escalade des coûts qu?a connue le secteur de la bonneterie, et surtout due au contenu main-d??uvre très élevé dans cette activité (pour confectionner un pull-over par exemple, il est de 100 minutes contre seulement sept minutes pour le T-shirt), la filière T-shirt a été préconisée. Ce choix a été fait compte tenu du coût de la main-d??uvre relativement élevé à Maurice, l?industrie textile ayant un avantage comparatif indéniable à produire des T-shirts.
Certains acteurs mauriciens ont entrepris une politique d?externalisation de leurs activités de bonneterie vers Madagascar en raison du même facteur relativement moins cher dans ce pays en comparaison à Maurice.
Aujourd?hui, plusieurs Mauriciens ont rejoint le secteur du T-shirt, où opèrent 150 entreprises et qui emploie quelque 42 000 personnes. Parallèlement, la main-d??uvre étrangère qualifiée y est toujours présente. Son expertise et son expérience ont été primordiales pour hisser Maurice au rang des meilleurs pays fabricants de ce produit au monde. A tout cela, il ne faut point omettre l?engagement de l?Etat mauricien qui a été déterminant pour faire du textile, l?un des piliers de l?économie. La création de l?Export Processing Zone , aujourd?hui l?Export Oriented Enterprises, visait justement cet objectif.
Le processus de fabrication de T-shirts est subdivisé en quatre étapes dont la première est celle la filature du coton. La plupart des industries de fabrication ne possèdent pas cette section et sont obligées de s?approvisionner en fils auprès des fournisseurs locaux. Mis à part cette étape, on distingue le tricotage, la teinture et l?étape finale de la coupe de montage. En revanche, certaines industries telles que la Compagnie mauricienne de textile Ltd ou Rossana Ltd possèdent des équipements de filature et adoptent une stratégie d?intégration verticale.
D?énormes progrès ont été réalisés dans le sous-secteur du T-shirt en matière d?amélioration de la qualité. A cela, il faut ajouter la perspective de la diminution substantielle du délai de livraison des marchandises de quatre à deux semaines. Pour François Eynaud de Tropic Knits : «La réduction du délai de livraison est possible dans des conditions spécifiques. C?est faisable seulement sur un pourcentage réduit de la production, essentiellement pour des produits basiques, simples. Tout dépendra des ingrédients qui entrent dans la fabrication du produit en question.»
Avec la signature des Accords de partenariat économique (APE), une nouvelle ère semble s?ouvrir aux producteurs de T-shirts. Jusque-là, l?exportation des produits textiles vers l?Europe est sujette à la condition dite «double transformation», selon laquelle les vêtements mauriciens devant bénéficier d?un régime d?entrée hors taxe en Europe, devraient avoir subi plus d?une transformation. Ce qui, en d?autres termes, signifie qu?en plus de la condition qui impose la confection du vêtement à Maurice, le tissu ayant servi à cette activité doit avoir été fabriqué soit sur le territoire national, soit importé d?un pays du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique ou de l?Europe. Avec la signature des APE, cette règle sera modifiée. L?Union européenne (UE) se contentera d?une condition de single transformation, ou transformation unique, pour qualifier les produits vestimentaires aux facilités hors taxe.
Cela permettra à l?industrie textile de se limiter, si elle le souhaite, à l?activité unique de confection. Le tissu qui a servi à cela peut, dans ce cas, être importé de n?importe quel pays. Cette perspective n?enchante pas tous les acteurs de ce secteur, particulièrement ceux qui ont investi dans des machines dispendieuses de fabrication de tissu et qui adoptent déjà une structure d?intégration verticale.
Par contre, elle fait le bonheur d?autres industriels qui voient à travers l?adoption de la conditionnalité de transformation unique, l?occasion d?importer des tissus de l?Asie afin de diversifier leur offre vers l?Europe. Et ce, en utilisant des matières premières qu?ils considéraient, jusque-là, inaccessibles. Par exemple le nylon, la viscose, le polyester, la laine polaire, etc., difficiles à fabriquer car nécessitant une technologie bien spécifique.
Ahmad Parkar, quant à lui, estime que l?adoption de la conditionnalité de transformation unique ne sera pas, pour autant, bénéfique : «Dans la logique de la réduction du délai de livraison qui, pour nous, constitue jusqu?ici un grand atout, le fait d?importer nos matières premières des pays lointains d?Asie risque de créer, dans le processus de production, des goulots d?étranglement.» François Eynaud est d?avis que «la transformation unique nous donnerait un avantage indirect, Tropic knits, comme d?autres, étant verticalement intégrée. Mais par contre, elle profiterait surtout aux usines qui ne le sont pas encore. Elle favoriserait l?émergence de petites unités de confection qui pourront importer du tissu d?Asie ou d?ailleurs. L?augmentation de la masse critique attirerait certainement plus de clients et développerait encore plus cette industrie du T-shirt à Maurice. Bien entendu, cette situation créerait un peu de concurrence aux usines intégrées, du fait de l?émergence de nouvelles usines non-intégrées.»
Augmenter le volume de production
Parlant des perspectives d?avenir dans le secteur du T-shirt, Jean Paul Q F. Shi Shun se veut rassurant : «Le marché existe. Nous avons bien la possibilité d?augmenter notre volume de production et d?acquérir de nouvelles parts de marché en Europe, avec des pays tels que l?Espagne, entre autres, qui manifestent déjà leur désir d?importer le T-shirt mauricien. Notre inquiétude, cependant, se situe au niveau de l?augmentation effrénée, en cette période, de nos coûts de production.»
Ahmad Parkar, stratège, explique : «L?avenir de ce secteur dépendra de notre effort pour maintenir un excellent design, de notre sens de créativité et également de notre flexibilité. Nous devons investir dans le Research & Development, dans la technologie de pointe, et utiliser dans le secteur du T-shirt, des personnes hautement qualifiées pour espérer garder une bonne position dans un environnement extrêmement concurrentiel. Au-delà de tout cela, la connaissance parfaite du marché et le temps de réaction pour s?adapter aux nouvelles tendances de la mode seront primordiaux», souligne-t-il.
Pour François Eynaud, cependant, il ne faut pas occulter les défis. Des facteurs totalement impondérables peuvent constituer de sérieux obstacles. «La vision que l?on peut avoir de l?avenir est très courte. Il peut y avoir des bouleversements dans la mode, il y a la menace des pays émergents. Le monde du textile est très dynamique. Bien que nous soyons confiants que nous connaissons le marché, que nous avons la bonne stratégie ou la bonne vision, nous ne sommes, par contre, jamais à l?abri des surprises, des mauvaises années, de l?augmentation du prix du coton? En ce moment, nous avons des inquiétudes par rapport au prix de l?énergie qui représente 15 % du coût d?un T-shirt. C?est-à-dire presque autant que la main-d??uvre dans le coût de revient. Nous avons eu, ces derniers temps, des augmentations successives que nous n?arrivons pas à répercuter sur le prix de vente au client et que nous devons absorber. Et c?est inquiétant. Il y a des menaces qu?il faudra savoir gérer, notamment la variation des taux de change. Il nous faut être très vigilants.»
S?il est vrai que le T-shirt mauricien s?exporte bien sur le marché européen, peut-on cependant affirmer qu?avec l?ouverture totale de ce marché à la Chine, la filière demeurera profitable au vu des menaces que présente cet environnement ? Par ailleurs, Maurice a-t-elle les moyens d?améliorer, ou au moins, de maintenir cette place de prestige qu?elle a acquise en 2006 ?
En définitive, même en supposant que le sous-secteur du t-shirt Made in Mauritius ait encore devant lui un bel avenir, il faut forcément que ses différents acteurs réalisent qu?autant il est honorable de se hisser sur ce piédestal, autant il est difficile de pouvoir s?y maintenir.
VERONIQUE LAN HEW WAH, DIRECTRICE DE «KASA TEXTILE & CO LTD»
«Le prix, pas le seul facteur clé»
● Selon vous, qu?est-ce qui fait la particularité du T-shirt mauricien auprès de vos clients ?
Les clients que je représente ont réalisé que produire un T-shirt à Maurice comporte de nombreux atouts, notamment au niveau de la qualité du tissu, du savoir-faire mais surtout au niveau du service.
Ce qui nous distingue de nos principaux concurrents asiatiques, c?est la flexibilité et la rapidité de notre service. Aucun volume commandé n?est jugé trop petit. Pour illustrer cela, je dirai qu?il nous arrive régulièrement de traiter des petites commandes de 300 unités d?un modèle donné, ce qui est rarement accepté dans les mass markets comme la Chine.
D?autre part, nous savons tous que les prix pratiqués à Maurice ne sont pas les moins élevés du marché. Cependant, le prix n?est pas le seul facteur déterminant pour le client. Ce dernier recherche tout d?abord un produit de qualité, des délais de livraison très courts, et un dedicated service. La combinaison de ces facteurs procure au client un sentiment de sécurité et de fiabilité, ce qui nous permet de justifier notre prix. Le client s?en sort avec un très bon rapport qualité-prix-service.
Outre notre avantage d?être bilingues (anglais-français), nous sommes exposés à une très forte influence occidentale. Ce qui favorise les relations interpersonnelles avec nos partenaires européens.
● Maurice peut-elle garder cette position de prestige au sein des pays exportateurs de T-shirts dans les années à venir ?
La compétition internationale dans le secteur textile est très forte. La pression des compétiteurs asiatiques se fait de plus en plus sentir. Et ce, en dépit des accords préférentiels que nous avons avec l?UE.
Je suis confiante dans l?avenir du T-shirt Made in Mauritius car nos fabricants sont conscients de l?enjeu et investissent déjà dans la qualité de leurs produits et services.
Nico PANOU
Publicité
Publicité
Les plus récents