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Le sucre sur la défensive

29 juin 2004, 20:00

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Les nouvelles propositions de la division agriculture de la Commission européenne sur l?avenir du régime sucrier ont créé une onde de choc à la Plantation House comme à l?hôtel du gouvernement.

Cela fait des années que l?on s?attend à une baisse du prix du sucre sur le marché européen. Une réforme courageuse impliquant le licenciement de 8 000 travailleurs a même été engagée pour s?y préparer. Néanmoins, la nouvelle approche drastique de la Commission européenne a surpris. L?industrie sucrière misait sur une période de transition plus ou moins longue pour s?adapter à une baisse des prix. Il n?y en aura pas, selon la nouvelle proposition distillée par la Commission.

Face à ce changement de calendrier, l?industrie se rend compte que l?on a perdu du temps après la mise en application du plan de retraite volontaire. D?autres aspects vitaux de la réforme, tels que la mécanisation, ne se sont pas concrétisés. L?allègement de la charge salariale ne suffira pas.

Il est vrai, qu?à ce stade, les propositions de la Commission européenne ne sont que ce qu?elles sont, à savoir des propositions. Il reste plusieurs étapes à franchir avant que ces options soient avalisées par l?Europe élargie.

Maurice et l?industrie sucrière croisent les doigts pour que certains Etats européens s?opposent aux propositions faites. On veut croire que la fuite organisée du document de la division agriculture s?apparente au lancement d?un ballon sonde pour tâter l?opinion des membres de l?Union européenne et de leur partenaire des pays ACP.

Les spécialistes s?accordent à dire que la proposition de réforme du régime sucrier sera certainement amendée à l?avantage de Maurice. Le fait demeure que la menace pesant sur le Protocole sucre se précise.

Et force est de constater que bien que nos décideurs, du gouvernement comme de l?industrie, se soient gargarisés de ce thème durant cette dernière décennie, nous ne sommes pas encore prêts à faire face aux conséquences.

Le durcissement de la position de la Commission européenne peut être attribué à de multiples facteurs. Le conseil général de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) tentera, fin juillet, de donner une seconde vie au round de Doha.

Dans la conjoncture actuelle, il est certain que le dossier agriculture sera une nouvelle fois déterminant pour faire avancer les choses? ou tout bloquer. Toutefois, si c?est effectivement l?OMC qui est dans la ligne de mire de la Commission européenne, en dévoilant ses intentions sur le régime sucrier, la man?uvre est on ne peut plus maladroite. On n?abat pas ses cartes avant le début de la partie.

Il n?est par ailleurs pas impossible que la Commission européenne souhaite accélérer la réforme du régime sucrier afin d?anticiper et de consolider ses positions par rapport à la plainte du Brésil, de l?Australie et de la Thaïlande concernant ce régime devant l?OMC.

Une considération plus terre à terre concerne le poids financier que représente le régime sucrier et les subventions accordées aux betteraviers européens. L?Europe élargie n?a peut-être plus les moyens de financer un tel régime. Elle choisit de procéder par élimination économique, où seuls les producteurs les plus efficients survivront. C?est une logique de spécialisation à l?échelle du continent européen qui serait en marche.

Maurice, qui est l?un des rares pays en développement à soutenir les subventions agricoles, a toujours cru que ce soutien lui vaudra quelques égards de la part de l?Europe lorsque viendra le temps des grandes remises en question.

Aujourd?hui, ce ne sont pas les subventions que la Commission européenne remet en cause. Elle change juste de type de subventions en adoptant celles qui sont les plus acceptées, soit les subventions dites ?vertes?.

Réclamer une compensation pour toute baisse de prix est un minimum pour maintenir le niveau de revenu de l?industrie. Mais cette posture ressemble fort à une position défensive.

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