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Le sport ?
Comme bien des choses, le sport n?est plus tout à fait ce qu?il était. À l?origine, le mot : les célèbres « Travaux d?Hercule » se disaient « athloi » épreuves. La récompense d?un concours quelconque était l?« athlon ».
Au Moyen Age, les champions s?affrontant pour conquérir une Dame de C?ur, les tournois étaient aussi des défis, parfois sanglants, mais d?intention pacifique. Car, si le sport est une lutte où il y aura forcément vainqueurs et vaincus, ce n?est ni un duel, ni une guerre : l?Adversaire n?est pas l?Ennemi. Même si l?athlétisme a servi souvent d?entraînement au combat guerrier. Sa finalité est ailleurs.
Car le sport reste avant tout un jeu, où la part du défi permet au concurrent de se surpasser, d?accroître sa nature d?homme ou de femme : de se mesurer d?abord à lui-même. Dans la compétition sportive, il y a aussi la cohésion du groupe (les supporters) autour d?un seul ou de quelques-uns, une équipe qui se bat pour faire triompher une « couleur ». La fraternité du sport.
Le sport, l?athlétisme, les compétitions, les jeux olympiques, qui exigent un travail sur soi-même astreignant, régulier, dur, motivé par le désir de « gagner », restent malgré tout des activités nobles, saines et joyeuses?
Malheureusement, peu à peu, cette activité s?est laissé gangrener par deux déviations funestes : l?argent et le dopage. Qu?une escalade en montagne, un championnat de natation, une course cycliste, une exhibition acrobatique, un duo dansé sur patins à glace, une traversée en solitaire, etc. que tous ces résultats d?entraînement tenaces et pénibles soient rétribués, encouragés, rien de plus légitime, c?est entendu. Bien qu?en Grèce, les jeux sportifs soient toujours restés des exercices ludiques, on y avait droit à des récompenses.
De nos jours, la débauche phénoménale d?argent, de rachats de joueurs, de publicité liée au sport, de pressions politiques, a complètement disqualifié ce qui aurait dû demeurer une distraction, une estimation des meilleurs, une mise sur le terrain des plus valeureux soumis au jugement populaire? Cette machinerie à monnayer de la chair humaine, dévalorisant ce qui était simplement beau, ce qui représentait un groupe identifiable, une nation, n?est plus qu?un obscur trafic d?acheteurs et de vendeurs, comme on peut les voir autour d?un taureau primé dans une foire agricole? Obscur guerrier, messager coureur de Marathon, qu?es-tu devenu ? Quand on lit quelque bilan des budgets du sport, on en demeure sidéré. Sans parler des détournements de fonds, de magouilles et d?« arrosages » divers, de chantages, toutes pratiques qui ravalent le sport au rang de trafics sordides, dont la presse parfois révèle un aperçu.
Le second écueil, c?est l?impératif de rendement d?un corps humain. Comment se peut-il que les « records » sont, d?année en année, régulièrement battus ? Que les athlètes courent de plus en plus vite, sautent de plus en plus haut, soulèvent de plus en plus lourd ? Ni la musculature de l?homme, ni même l?évolution des techniques d?entraînement ne suffisent à expliquer cela. Et le drame est qu?il n?y a plus que le record qui compte. On vit dans un système où il n?y a plus rien d?assez époustouflant.
À ce phénomène dont l?ampleur est récente ? mais pas nouvelle ? une seule explication : l?hyper-dopage. Avec le recours à des stimulants bio-chimiques de plus en plus puissants, on développe un athlète comme on le fait d?un poulet ou d?un cochon. Anabolisants, EPO, hormone de croissance, testostérone, tous ces cocktails dont certains échappent à l?analyse, sont des substances autrement puissantes que la caféine, les amphétamines, l?ancien corydrane, etc. Même si l?on fait une part à la diététique, à l?alimentation scientifiquement dirigée ? car il y a une manière de nourrir son corps qui est bénéfique aux muscles et au système nerveux ; et une autre qui produit graisse inutile et pesante.
Malgré tout, et cela est chaque année prouvé dans de grandes compétitions pourtant très contrôlées comme le Tour de France, les champions ne sont plus que « surhommes » transformés en laboratoire. Un grand champion cycliste comme Eddy Merckx, imbattable en son temps, le serait aujourd?hui par de beaucoup moins doués. Il faut aussi compter avec la malchance : le coureur qui fait une chute ; un footballeur comme Michel Platini, au sommet de sa gloire, et qui rate le seul but de sa carrière en 1986 face au Brésil. Les aléas du sport ne diffèrent pas de ceux de la vie?
Le malheur est que, de nos jours, contaminé par la société mercantile qui investit tous les domaines, le jeune qui se destine à un sport le fait-il par cet idéal dont nous parlions, ou par l?espoir d?entreprendre une carrière où l?appât du gain, qu?il constate chez les aînés, est le motif essentiel de sa « vocation » ?
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