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Le siège de Beslan rejaillit sur la politique tchétchène russe
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Le siège de Beslan rejaillit sur la politique tchétchène russe
Le bain de sang qui a conclu la prise d'otages opérée en Ossétie du Nord par un commando pro-tchétchène jette le doute sur la politique de Vladimir Poutine dans le “chaudron” du Caucase et sa capacité à y juguler les formes extrêmes qu'y revêt le séparatisme.
Le siège de l'école de Beslan et l'assaut des forces spéciales qui y a mis fin en faisant plus de 330 morts représentent un nouveau degré dans l'horreur, même à l'aune sanglante des attaques rebelles tchétchènes. Des enfants n'avaient encore jamais été pris pour cibles. Après les actes hostiles perpétrés ces deux dernières semaines en Russie, le plus inquiétant tient au fait que nul ne sait avec certitude qui en sont les instigateurs.
Ceux qu'on désigne habituellement comme tels - l'ancien président rebelle tchétchène Aslan Maskhadov et le chef séparatiste radical Chamil Bassaïev - semblent cette fois presque étrangers aux faits. “C'est l'entrée en guerre d'une nouvelle force politico-militaire contre la Russie. Il est difficile de dire ce qu'est cette force, mais les gens comme Maskhadov et Bassaïev n'en sont que les marionnettes”, estime Sergueï Markov, analyste proche du Kremlin. “Je crois que la dernière série d'actes terroristes visaient Poutine et les autorités qui dépendent étroitement de lui. Ils avaient pour but de montrer que Poutine ne maîtrise pas la situation.”
En un peu plus de deux semaines, les séparatistes se sont vu attribuer une attaque ayant fait plus de cent morts en Tchétchénie et la destruction de deux avions de ligne en vol ainsi qu'un attentat suicide dans le centre de Moscou.
<B>Perte de territories</B>
Pourtant, alors que la Russie va de deuil national en deuil national, les principaux responsables de la sécurité du pays sont restés dans l'ombre du Kremlin. Pendant le siège de Beslan, Poutine lui-même s'est montré très discret. “En France, ils avaient deux otages et leur dirigeant était sur la brèche tous les jours. Où est notre président ? Pourquoi nos enfants sont-ils morts ?”, a déclaré de Beslan même à la télévision un homme non identifié.
C'est 24 heures après l'assaut final que Poutine est apparu à la télévision - où il a préconisé une révision des méthodes appliquées au terrorisme par les forces de sécurité en s'engageant, une fois encore, à garantir l'intégrité territoriale de la Russie.
Le chef du Kremlin n'a pas mentionné la Tchétchénie dans son discours, ni laissé entrevoir un réexamen de sa politique envers cette république sécessionniste. Après les pertes de territoires qui ont découlé de l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, Moscou réagit vivement à la moindre allusion touchant l'intégrité territoriale de la Russie.
Peu d'observateurs pensent que la dernière crise puisse porter sérieusement préjudice à Poutine, dont la cote reste très élevée dans les sondages six mois après sa réélection. C'est sa dureté résolue face au séparatisme tchétchène qui lui avait valu d'accéder à la présidence en 2000.
Devant les dernières violences, Poutine n'a laissé entrevoir aucune intention de mettre fin à dix ans de guerre contre les rebelles tchétchènes, même si des militants des droits de l'homme font valoir que la brutalité de Moscou a radicalisé de nombreux Tchétchènes.
“A Moscou, les preneurs d'otages tchétchènes libéraient les enfants; dans cet incident, ils ont spéficiquement pris pour cibles des enfants (...)Ils deviennent de plus en plus apocalyptiques”, note Adam Dolnik, collaborateur de l'Institut de défense et des études stratégiques de Singapour et coauteur d'analyses sur la prise d'otages de 2002 dans un théâtre de Moscou.
“Peut-être devrions-nous avoir la force de prendre des décisions autrefois jugées inacceptables (comme le fait de placer la Tchétchénie sous protectorat international)”, écrit le quotidien Gazeta. “La force d'un politique ne consiste pas à prétendre avoir toujours raison, mais à reconnaître ses erreurs et à opérer les ajustements nécessaires.”
Pour l'heure, Poutine ne paraît guère susceptible de revenir sur son refus de dialoguer avec Maskhadov et les séparatistes dits “modérés”. Fin août, son candidat a remporté l'élection présidentielle tchétchène avec un score écrasant, mais le scrutin était boycotté par les rebelles.
“On dit que Poutine a pris en charge un désastre au lieu d'un pays. Mais alors, pourquoi se lancer dans une guerre sans avoir les moyens ni l'occasion d'y mettre fin rapidement?”, demande Sergueï Buntman, commentateur à la station de radio Echo de Moscou. “Pourquoi mettre en danger des soldats et, maintenant, des centaines de civils ?”
Témoignages
<B>Trois jours d’horreur pour les enfants </B>
“Au début, ils nous traitaient correctement et nous donnaient de l’eau”, explique Azamat Ktsoiev, 14 ans, à propos des séparatistes tchétchènes qui ont investi l’école de Beslan mercredi au cours des festivités marquant la rentrée des classes. “Mais après ça, ils ont commencé à nous traiter comme des chiens, nous criant dessus et battant des gens”. “Il n’y avait rien d’acceptable à boire. On a donc bu notre propre urine”. Presque nus, humiliés, des centaines d’élèves sont restés assis en silence pendant près de trois jours. La température ne cessait de monter, mais ils étaient trop terrifiés et épuisés pour bouger. Dans un hall proche pourrissent les corps d’une vingtaine d’autres otages, tués peu après l’irruption des séparatistes dans l’école. “Au début, j’avais vraiment très peur”, explique Azamat Bekoiev, 14 ans lui aussi. “Puis on espérait tous. On était juste assis là, on espérait. Et puis, on s’est soudain sentis paralysés”.
Bekoiev scrute les listes des survivants placardées sur les murs de l’hôpital au lendemain de l’assaut des troupes russes dans l’école. Au moins 330 personnes, dont 155 enfants, ont été tuées. Au fur et à mesure que le temps passait, alors que les preneurs d’otages refusaient de laisser entrer de la nourriture, à boire et des médicaments, la déhydratation a affaibli encore les enfants. Beaucoup se sont évanouis au troisième jour de la prise d’otages. La torpeur des élèves a pris fin brutalement lorsqu’une déflagration a secoué le gymnase, a explique Bekoiev. Tandis que les balles fusaient au-dessus d’eux, beaucoup ont cru qu’une guerre venait d’éclater. “Tout le monde s’est mis à hurler. C’était insupportable. C’était un carnage total”, raconte Bekoiev. “Les terroristes criaient : ‘Vous ne quitterez jamais cet endroit ! Priez Dieu, nous sommes venus ici pour mourir pour Allah avec vous’”. “Tout le monde a commencé à tirer au hasard.
Comme beaucoup de ses amis, Bekoiev a trottiné au milieu de nuages de fumée et a sauté par une fenêtre brisée. Deux de ses camarades de classe ont survécu au carnage.
Responsabilité
<B>Le ministre de l’Intérieur ossète offre sa démission </B>
Kazbek Dzantiev, ministre de l’Intérieur de l’Ossétie du Nord, a proposé sa démission – qui n’a pas été acceptée – à la suite du dénouement meurtrier de la prise d’otages de l’école de Beslan, dans le sud de la Russie, où au moins 330 personnes ont trouvé la mort vendredi lors de l’assut des forces russes. “Après ce qu’il s’est passé à Beslan, je n’ai aucunement le droit de rester à ce poste, à la fois en tant que responsable et en tant qu’homme”, a-t-il déclaré hier. Les premières funérailles des victimes de la prise d’otages de Beslan ont eu lieu hier. Sur les 330 morts recensés officiellement jusqu’à présent, 155 étaient des enfants.
<B>Ron Popeski </B>
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