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Le sacré tournant
Sensationnelles, ces déclarations politiciennes annonçant un chamboulement sur l?échiquier politique. Or, jusqu?ici, on ne voit toujours rien venir. L?OPR de Serge Clair, qui agitait ses deux sièges de Rodrigues, a finalement choisi de camper sur des cases neutres, malgré les propos prétentieux de l?un de ses élus, Robert Spéville, qui prévoyait, dans notre précédente édition, des « développements majeurs », comme pour faire écho au parolier de ce refrain galvaudé : Paul Bérenger.
Beaucoup d?agitation pour rien. L?arrivée en début de semaine d?une délégation de l?OPR a captivé l?attention. Quelques semaines après avoir perdu le pouvoir à Rodrigues, Serge Clair et son équipe ont entamé un véritable pèlerinage auprès des principaux leaders politiques à Maurice. Une première : les blancs revêtaient les habits d?arbitre national dans le match serré qui oppose les deux principaux partis de l?opposition.
Après des prolongations, dans le bureau du Premier ministre, Serge Clair a décrété, au risque de déplaire à Paul Bérenger, que les deux élus de l?OPR s?installeront dans les travées du MSM, « sans toutefois lui apporter un soutien ». Mais, soutien ou pas, physiquement, Alex Nancy et Robert Spéville seront plus proches du MSM que du MMM. Or les Mauves nous donnaient à croire le contraire?
Le 26 juillet 2006, au lendemain du passage de deux commissaires de l?OPR, Robertson Mercure et Marie-Lindsay Castel, dans les rangs du MR, Paul Bérenger, au lieu d?un soutien, ne serait-ce que moral, à Serge Clair, avait fustigé : « Si cela lui arrive, il doit s?en prendre à lui-même. » Et c?est auprès de sir Anerood Jugnauth et de Navin Ramgoolam que le chef commissaire déchu est venu se plaindre, se présentant comme « une victime de la proportionnelle ».
Une fois encore, la marge entre l?OPR et le MR est de deux sièges seulement après l?application de la dose proportionnelle. Serge Clair, qui avait vu son pouvoir basculer du jour au lendemain, est convaincu de reprendre, à brève échéance, son poste de chef commissaire. Ce souhait, cher à tous les chefs politiques qui ont mordu la poussière, dicte sa ligne politique. La contestation de l?élection de Louis Ange Perrine est une première salve envers le MR. D?autres offensives sont à l?agenda de l?OPR.
C?est dans cette logique de reconquête du pouvoir qu?il faut donc placer le pèlerinage de Serge Clair. Ses rencontres avec Ramgoolam, Jugnauth père et fils, et Bérenger ne se résument certainement pas aux propos prudents et neutres qu?il a prononcés lors de sa conférence de presse de vendredi, entouré de son état-major. Prenons la rencontre avec le Premier ministre : alors qu?Alex Nancy affirmait, avec vigueur, qu?il allait dire ses quatre vérités à Navin Ramgoolam, Serge Clair s?est évertué à souligner que, durant pas moins de 90 minutes, celui-ci les a écoutés, a pris des notes et aurait approuvé leur démarche. Ce qui contraste avec le ton hargneux, lors de la dernière campagne électorale, quand l?OPR tirait à boulets rouges sur plusieurs ministres du gouvernement Ramgoolam, qui auraient aidé le camp adverse. L?OPR, malgré la politique de l?autonomie qu?il privilégie, a réalisé que sans le soutien du gouvernement central, il ne pourra pas fonctionner à Rodrigues, dans l?éventualité d?un retour aux affaires. D?où cette visite de courtoisie au Trésor, à la suite de laquelle la neutralité de l?OPR aurait été promise, du moins a été annoncée par l?intermédiaire du Premier ministre lui-même.
Mais pourquoi rester neutre alors qu?en offrant la possibilité au MMM de reprendre le poste de leader de l?opposition ? ce qui aurait été l?événement-phare du congrès des Mauves aujourd?hui ! ? l?OPR aurait pu prétendre au poste de « whip » de l?opposition ? Parce que justement Serge Clair, dans ses calculs de politicien, ne peut pas se brouiller avec l?Alliance sociale.
Et en choisissant de lâcher Bérenger (retour du bâton), l?OPR se rapproche considérablement du MSM. Plus d?un peuvent voir là une indication claire et nette d?une entente tacite entre Ramgoolam et Jugnauth pour damer le pion à Paul Bérenger, pour l?isoler davantage sur l?échiquier. Après le PMSD, c?est aujourd?hui l?OPR qui prend ses distances du MMM.
À bien voir, le seul soutien des Mauves demeure Ashock Jugnauth. Et là aussi, il y a une possibilité qu?il perde son siège de député de Quartier-Militaire-Moka si jamais Raj Ringadoo, qui a déposé une pétition électorale, gagne son procès (le jugement est attendu incessamment). Une partielle dans une éventuelle lutte à trois serait à l?avantage de l?Alliance sociale ; Suren Dayal arpente la circonscription et accueille, à bras ouverts, les partisans déçus et déboussolés de la défunte alliance MSM-MMM.
Avec un Anil Bachoo rentré dans le rang, Maurice Allet s?accrochant à son rêve ministériel, l?OPR siégeant désormais derrière le MSM, l?on peut effectivement parler de « tournant » pour le MMM. Mais est-ce dans une quelconque direction ?
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