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Sécheresse et chaleur : Le pays est-il prêt ?
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Sécheresse et chaleur : Le pays est-il prêt ?
On a l’habitude de parler de l’eau et de l’électricité séparément. Cet été pourtant, elles vont affronter les mêmes difficultés, et quel été ! Avec El Niño qui s’intensifie depuis juin et devrait atteindre son pic entre octobre et décembre, les difficultés de l’une risquent de s’ajouter à celles de l’autre. Les services météorologiques annoncent un été plus chaud et moins arrosé que la normale. L’île n’aborde pas cette période en position de force : le 27 septembre, le réservoir de Mare-aux-Vacoas n’était plus rempli qu’à 37,6 %, et la Central Water Authority (CWA) prévoit qu’il atteindra le seuil critique de 20 % vers la fin de novembre. La chaleur fait grimper la consommation d’eau et pousse, dans le même temps, les foyers à allumer climatiseurs et ventilateurs, surtout aux heures de pointe le soir. Les deux réseaux se retrouvent alors sous pression au même moment. Le lien est aussi plus direct. L’eau des réservoirs alimente les centrales hydroélectriques, qui soutiennent le réseau électrique aux heures de pointe. Et la CWA compte parmi les gros consommateurs d’électricité, pour pomper et traiter l’eau qui arrive au robinet. À l’approche du pic d’El Niño, ce dossier fait le point sur l’état de nos ressources et sur ce qui est prévu pour éviter le pire.
Mare-aux-Vacoas : 60 jours avant le seuil critique
Pour revenir au chiffre de 37,6 %, selon le General Manager de la CWA, Shyam Thanoo, le principal réservoir du pays perd en moyenne 0,3 point par jour. À ce rythme, sa capacité descendra à 20 % dans une soixantaine de jours, soit fin novembre, comme le prévoit la Water Resources Commission (WRC). La CWA ne pourra alors plus y puiser pour desservir les Plaines-Wilhems, le district de Moka et une partie de Rivière-Noire, soit environ 150 000 consommateurs. Shyam Thanoo le répète à plusieurs reprises : la situation est critique. Les restrictions en vigueur depuis le 17 juin ont ralenti la baisse, sans la stopper.
La Nicolière, rempli à environ 45 %, pourvoit aux besoins de 90 000 à 95 000 consommateurs et sert aussi à l’irrigation. «En prenant en considération les réservoirs Mare-aux-Vacoas et La Nicolière, quand je compare avec l’année dernière, c’est un manque de 30 % d’eau que l’on a, et c’est juste les réservoirs, pas les puits de forage», précise le General Manager. Les forages sont eux aussi en baisse, dans des proportions similaires. Le taux global de 67 % affiché le 25 septembre masque donc des écarts importants.
L’enjeu est de gagner du temps. En régulant les prélèvements à l’aide d’une vanne, la CWA veut ramener la baisse journalière à 0,2 point, ce qui repousserait le seuil critique vers la fin de décembre. Si cela ne suffit pas, les restrictions pourraient être durcies, avec des horaires de distribution encore plus stricts. La décision sera prise avec le ministère et la WRC. Shyam Thanoo reconnaît qu’elle est extrêmement difficile, d’autant qu’en cas d’erreur, c’est la CWA qui sera pointée du doigt en novembre.
D’autres pistes sont envisagées. Un filtre sous pression conteneurisé (CPF) doit permettre de capter et traiter l’eau de la rivière Papayes, près de Mare-aux-Vacoas, avant de l’injecter dans le réseau. L’île compte déjà plus de 60 installations de ce type, et les travaux sont, selon lui, bien avancés. La CWA dispose aussi d’une base de données des particuliers et des entreprises équipés de forages, auxquels elle pourrait faire appel.
Chacun a aussi sa part à jouer. Le General Manager invite les foyers à garder une réserve de 250 à 500 litres et cite l’exemple de Rodrigues, où l’eau de pluie est récupérée au quotidien. Comme pour les avis de cyclone, plus l’alerte monte, plus il faut se préparer.
Son inquiétude porte déjà sur 2027. L’été cette année, (janvier, février et mars) a été l’un des plus secs jamais enregistrés. Si l’été qui vient suivait la même tendance, la configuration serait «vraiment difficile. Mo souhaiter li pa repete.»
«Nous sommes déjà en sécheresse»
Pour l’hydrologue Farook Mowlabaccus, inutile d’attendre la fin de l’année pour nommer la situation. «Nous sommes déjà en sécheresse.» Et elle va durer. Octobre, novembre et décembre font partie de la période sèche de l’année, et la pluie n’arrive en général qu’à partir de la mi-décembre, parfois seulement en février. Selon lui, la CWA doit donc bâtir ses scénarios sur le pire des cas, celui d’une pluie qui ne tomberait pas avant début février. D’ici là, les réservoirs continueront de baisser.
Encore faut-il que la pluie, quand elle tombe, atteigne les réservoirs. Celle de ces derniers mois n’y est pas parvenue. «C’est une petite pluie très fine qui ne fait que mouiller le sol», explique-t-il. Elle ne ruisselle pas jusqu’aux rivières qui alimentent les réservoirs et s’évapore avec la chaleur avant même d’atteindre la nappe phréatique. Seules les fortes pluies, qui ruissellent, remplissent vraiment les réservoirs, et le pays n’en a plus connu depuis un ou deux ans. Quant aux nappes phréatiques, l’eau qui s’y infiltre est aussitôt utilisée. Sans recharge, leur niveau baisse.
Parmi les réservoirs, seul Mare-aux-Vacoas l’inquiète vraiment. La Nicolière, en revanche, ne le préoccupe pas, puisqu’il dépend du Midlands Dam, rempli à environ 80 %, selon les chiffres qu’il a consultés. Son avis tranche sur ce point avec celui de la CWA, qui appelle aussi à la vigilance pour La Nicolière.
Sa solution, qu’il dit avoir avancée à plusieurs reprises, consiste à soulager Mare-aux-Vacoas grâce à Mare-Longue. Pas forcément en pompant l’eau d’un réservoir à l’autre, précise-t-il, mais en faisant desservir certaines zones aujourd’hui alimentées par Mare-aux-Vacoas, comme une partie de Rivière-Noire, par Mare-Longue. Quitte à couper l’eau que Mare-Longue fournit à l’irrigation, pour donner la priorité aux besoins domestiques. C’est à la CWA d’en étudier la faisabilité.
Les eaux souterraines, elles, n’offrent pas d’issue. Elles sont déjà surexploitées, et continuer à y puiser reviendrait à les épuiser. Son constat nuance là encore les pistes de la CWA, qui envisage de faire appel aux propriétaires de forages.
La chaleur accentue les pertes, car l’eau des réservoirs, exposée au soleil, s’évapore en quantité, même s’il n’avance pas de chiffre. Le reste dépend de chacun. «Si la population n’est pas au courant ou ne comprend pas qu’il faut cesser de gaspiller de l’eau, excusez-moi l’expression, on est foutus.» Sur El Niño, il élargit la focale. Pour lui, le manque de pluie relève du changement climatique, sur lequel la CWA n’a aucune prise. Il ne se prononce pas sur la durée du phénomène, mais pense que la tendance va se poursuivre.
À plus long terme, il ne croit pas aux nouveaux réservoirs, car les écarts de pluviométrie entre régions ne justifient pas, selon lui, de revoir le système. Le dessalement reste l’ultime recours. «Je garderais le dessalement de l’eau comme dernière alternative», dit-il. Au coût du procédé s’ajoute celui du pompage, puisque l’eau produite sur le littoral doit ensuite être remontée vers les régions en hauteur. Qu’est-ce qui coûterait le plus cher, entre ce dessalement et un transfert depuis Mare-Longue ? Un calcul qu’il attend.
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