Publicité
Questions à…
Khalil Elahee : «La clim à 25 °C, surtout pas à 17 °C !»
Par
Partager cet article
Questions à…
Khalil Elahee : «La clim à 25 °C, surtout pas à 17 °C !»
Khalil Elahee, «Chairperson» de la «Mauritius Renewable Energy Agency».
⚫ Avec des températures qui pourraient être plus élevées, le Central Electricity Board (CEB) anticipe-t-il, selon vous, une forte hausse de l’utilisation des climatiseurs et, par conséquent, de la consommation d’électricité durant les prochains mois ?
Certainement, car déjà avec l’hiver cette année, nous notons une hausse de la demande d’au moins 20 à 30 mégawatts (MW) par rapport à 2025, donc en n’incluant pas la climatisation en soi. El Niño est à prendre au sérieux car dans le passé, on en a vu les conséquences, même si pour notre cas local, les impacts prévus ne sont pas si faciles à prévoir. Cela n’empêche qu’en cas de vague de chaleur ou de canicule, il nous faut un plan d’urgence et cela est une question de santé publique.
Pour l’électricité, comme l’année dernière, nous misons sur une campagne de sensibilisation renouvelée, particulièrement aux heures de pointe, entre 19 et 21 heures. L’année dernière et jusqu’en mars de cette année, nous avons réussi à éviter tout délestage ou black-out, ce dernier terme n’est pas juste, contrairement à ce que disaient certains quant à son inévitabilité. Cette fois-ci, ce sera plus difficile mais je pense que c’est possible si tout le monde y met du sien. Il faut une vraie conscience énergétique. La campagne qui commence bientôt doit porter sur des installations photovoltaïques avec du stockage en batterie, de l’efficacité et des économies d’énergie tous azimuts. Ce sera un «game-changer».
⚫ Lors des périodes de forte chaleur, l’utilisation simultanée des climatiseurs peut-elle provoquer une surcharge du réseau électrique ? Jusqu’où le réseau peut-il supporter ces pics de consommation ?
D’abord, il y a le niveau local. Dans un morcellement, par exemple, plusieurs maisons ont installé des climatiseurs sans informer le CEB que leur «load» a augmenté. Des fois, il y a aussi des voitures électriques. Ainsi, au niveau de la transmission à basse tension, ou low-voltage, il y a des risques de rupture. Mais cela ne signifie pas qu’il y a un manque au niveau national sur le réseau car la fourniture est déficitaire. Cela peut arriver les jours de semaine, surtout aux heures de pointe, entre 19 heures et 21 heures, quand il fait chaud et humide, menant à une hausse de la demande en climatisation. Là, il faudra que les gens économisent de l’énergie, par exemple en mettant la clim à 25 °C, surtout pas à 17 °C ! Cette seule mesure n’est pas anodine et peut faire toute une différence. Comme aussi éteindre tout ce qui n’est pas nécessaire. Ces simples gestes aux pics de consommation ont réduit la demande en capacité d’au moins 40 MW lors des moments les plus critiques l’année dernière. Au niveau local aussi, toute économie peut sauver la situation si les consommateurs ne sont pas énergivores, qu’ils ne prennent pas à eux seuls toute la puissance électrique dans un quartier en privant leurs voisins du peu dont ils ont besoin. Les batteries du CEB, tant attendues, ne doivent pas tarder dans la mise en service sur le réseau et doivent apporter 20 MW de soutien additionnel. Pour le reste, espérons que l’été ne soit pas aussi chaud et humide que ce fut le cas en 2024.
⚫ Une baisse des précipitations pourrait-elle également affecter la production hydroélectrique du pays ? Si oui, quelles alternatives le CEB prévoit-il, selon vous, pour compenser cette éventuelle baisse de production ?
C’est vrai que les centrales hydroélectriques apportent un plus aux heures de pointe, qui plus est en matière d’énergie qui est propre. C’est au moins dix fois moins cher que l’électricité à partir des turbines à gaz. Avec la crise pétrolière, soit en matière de garantie de fourniture et de prix à l’importation, les centrales hydro sont un atout important. Il semble que malgré la crise hydrique, en ces temps-ci, il y ait suffisamment d’eau à Sans-Souci, le réservoir qui fournit Champagne, la plus grosse centrale hydroélectrique du pays. Certaines rivières, contrairement à Mare-aux-Vacoas, ne sont pas si sèches et peuvent alimenter les autres centrales hydro. Le danger peut venir davantage d’une panne de nos centrales, comme nous en avons connu avec une unité de 15 MW à Champagne pendant plusieurs mois. Voilà un exemple de plus qui montre qu’il faut une approche holistique qui intègre gestion de la demande, fourniture, distribution, mais aussi l’entretien des machines afin qu’elles soient disponibles, particulièrement aux heures de pointe. Un autre exemple est le fait qu’une baisse des précipitations fera baisser paradoxalement la demande pour le pompage et la purification d’eau de la CWA, qui est un gros consommateur, mais cela n’affectera pas significativement la demande aux heures de pointe. Il est temps sans doute que l’option de Pumped Hydro, c’est-à-dire faire remonter pendant les heures creuses l’eau vers les réservoirs pour ensuite produire de l’électricité pendant le pic de la demande, soit sérieusement envisagée sur le long terme.
⚫ Quelles mesures concrètes, d’après vous, le CEB a-t-il déjà mis en place pour éviter qu’une forte demande, combinée à une capacité de production insuffisante, n’entraîne des délestages ou des coupures d’électricité pendant la période la plus chaude ?
Outre les mesures susmentionnées, il faut que les gens profitent du Home Solar Scheme (NdlR, Household Rooftop Solar Photovoltaic Grant Scheme) avec une subvention jusqu’à Rs 75 000. Ce n’est pas 100 % de l’investissement, mais c’est un début. D’ailleurs, le secteur commercial, et même industriel, n’a pas besoin de cette subvention, ni les gros consommateurs résidentiels. Bien sûr, il faut installer des batteries afin qu’aux heures de pointe, il y ait ce load-sharing, voire un load-shifting s’il y a un tarif Time-of-Use qui est attractif. Un scheme existe déjà pour les hôtels ou les shopping malls, mais il faut qu’ils l’adoptent dès maintenant. Pour le secteur résidentiel aussi, il faudra que le CEB propose un Time-of-Use pour les clients énergivores, qui souvent ont déjà un smart meter, voire des panneaux photovoltaïques et des batteries. La recharge des véhicules électriques doit être mieux réglementée. Last but not least, il faut un plan d’entretien rigoureux et un planning intelligent afin d’éviter les risques de pannes des machines du CEB comme des Independent Power Producers, dont certaines sont vétustes.
Publicité
Publicité
Les plus récents