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Le répit dans l’inquiétude

18 janvier 2006, 00:00

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L’écrivain français André Maurois disait que “le bonheur c’est le répit dans l’inquiétude”. Nos cambistes nagent actuellement en plein bonheur : les offreurs de devises se manifestent tandis que les demandeurs ne se bousculent pas. Après plusieurs mois de pénurie de devises, le marché domestique connaît enfin un répit. Néanmoins, l’inquiétude demeure sur l’état de notre économie, qui n’est pas sans lien avec le comportement de la roupie.

C’est ce que nous font comprendre les analystes économiques et financiers interrogés dans ce présent baromètre. Même si le pessimisme régresse de 10 points par rapport à novembre 2005, quatre analystes sur cinq sont toujours pessimistes sur nos perspectives économiques pour l’année 2006. Des mesures correctives sont annoncées mais tardent à être concrétisées. Et ce décalage commence à lasser la communauté des affaires.

Il suffirait pourtant d’un bon signal, ce que savent interpréter les opérateurs. Ils viennent de le démontrer en réagissant positivement à la déclaration du Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, sur la dévaluation de la roupie, et à la hausse de 100 points de base du taux Lombard par la Banque de Maurice (BoM). En effet, de grosses ventes de devises, surtout de la part des exportateurs, ont eu lieu pendant le mois de décembre.

Aussi, les actifs en roupies redeviennent attrayants. Lors de la mise aux enchères de Mauritius Development Loan Stocks le 16 décembre, la BoM est allée jusqu’à accepter un taux de rendement de 11 % sur les obligations ayant une échéance de 13 ans. Un tel taux est suffisamment rémunérateur pour que les gestionnaires des fonds de pension, gros preneurs de devises, acceptent de réinvestir en roupies. Ils ne sont ni des spéculateurs ni des enfants de choeur, mais ont pour seul souci d’obtenir le meilleur taux de retour sur investissement.

C’est pourquoi un premier courant d’analystes estime que la BoM aura à relever le taux Lombard d’ici à trois mois. Pour soutenir la roupie, il faudrait garder intact le différentiel des taux d’intérêt réels entre Maurice et les Etats-Unis. Or, non seulement on anticipe une forte remontée du taux d’inflation mauricien, mais le taux d’intérêt américain creuse l’écart.

Depuis le dernier changement effectué par la BoM, la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé son taux directeur par 25 points de base. Tout indique que l’actuel président de la Fed, Alan Greenspan, l’augmentera de nouveau le 31 janvier et que son successeur, Ben Bernanke, en fera de même, dès sa première réunion du comité monétaire le 28 mars, afin d’asseoir sa crédibilité anti-inflationniste. Ce qui portera le taux directeur de la Fed à 4,75 %, mais les marchés jugent qu’il plafonnera à 5 %.

Un second courant d’analystes affirme que le relèvement du taux Lombard ne serait pas la vraie cause majeure de l’amélioration notée sur notre marché des devises. Les sentiments vis-à-vis de la roupie n’ont pas changé : on spécule toujours sur sa dépréciation. En fait, deux facteurs conjoncturels ont joué en faveur de la roupie pendant le mois de décembre.

D’abord, c’est une période de haute saison où les opérateurs des secteurs du sucre, du textile et du tourisme font rentrer leurs devises au pays, et où ils ont besoin de revenus en roupies pour payer le boni de fin d’année. En outre, les gros paiements d’importation avaient déjà été effectués en prévision des stocks pour les fêtes de fin d’année.

Ensuite, nos exportateurs ont attendu que l’euro ait remonté au-dessus de US$1,20 pour vendre leurs devises. C’est ce qui est arrivé en décembre, durant lequel l’euro a gagné plus d’une roupie. Nos exportateurs empruntent en roupies mais ont des dépôts en euros : ils ont intérêt à vendre l’euro lorsqu’il s’apprécie par rapport à la roupie.

Quoi qu’il en soit, quel est l’impact réel de la hausse du taux Lombard sur la tenue de la roupie d’une part, et sur l’investissement domestique d’autre part ? En quoi la dernière hausse maintient-elle le taux de change du dollar à Rs 30,78 ? Jusqu’où les banques arriveront-elles à ne pas augmenter leurs taux d’intérêt à l’emprunt dans la même proportion que leurs taux d’intérêt à l’épargne ? Tout cela paraît irréaliste. D’où, pour citer un analyste, “The urgency of deep structural reforms to boost productivity and our real competitiveness. A high interest rate trap is just a reflection of the degree of trust in the rupee.”

Les réformes structurelles, le ministre des Finances, Rama Sithanen, commence à en parler sérieusement dans les journaux et à la télévision, après un long silence. De la réforme des plans de pension du service civil à la flexibilité du marché du travail, en passant par la rationalisation des incitations fiscales, les idées de Sithanen sont courageuses et donnent quelques lueurs d’espoir. Mais seul un soutien manifeste et concret du Premier ministre et de son gouvernement aux propositions de Sithanen pourrait faire sauter le verrou psychologique qui freine l’investissement du secteur privé.

Ceux qui sont montés sur leurs grands chevaux socialistes ont été désarçonnés par l’épisode Amul. Désormais, le monde des affaires attend un message politique fort et sans équivoque.

<B>Eric Ng Ping Cheun

(www.pluriconseil.com)</B>

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