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Le retour aux commandes
C?est à la fin de février que Sharda Dindoyal prendra ses nouvelles fonctions à la MRA. Attributions sur lesquelles elle reste très discrète. «Cela se saura en temps et lieu.» Il faut alors se référer à l?appel de candidatures lancé en décembre dernier pour apprendre que son rôle sera d?enquêter sur des allégations de fraude professionnelle et de corruption au sein de cet organisme. Ce qui demande un certain cran.
Ceux qui ont autrefois connu Sharda Dindoyal ne pourront s?empêcher de remarquer qu?elle pèse désormais chacun de ses mots. C?est que chat échaudé craint l?eau froide ! «J?étais trop franche autrefois. J?ai toujours dit ce que je pensais sans ambages et c?est mauvais. Je me suis créé des ennemis. Il faut que j?essaie de soigner ma diplomatie.»
Elle a toujours été une femme de tête. Il faut dire que ses parents l?ont élevée en ce sens. Alors qu?elle n?est qu?une enfant, son père, qui tient boutique en face du cinéma Modern à Vacoas, lui apprend à compter avec le contenu du tiroir-caisse. Sa mère, qui tient en haute estime sa cousine, Mokshda Kistoe West, lauréate du collège Queen Elizabeth (QEC), refuse qu?elle vienne l?aider à la cuisine, préférant qu?elle étudie.
Après une scolarité primaire à l?Aryan Vedic Aided School, Sharda obtient la petite bourse et accède au QEC. Comme matières d?étude en Form VI, elle opte pour le latin, l?anglais, le français et les mathématiques. Elle ne décroche pas la bourse d?Angleterre mais ses bons résultats lui permettent d?obtenir une bourse africaine-américaine de l?ambassade des états-Unis pour se rendre à l?université de Legon au Ghana.
Critiquer pour son style d?écriture
Cette institution est à l?époque gérée par la London School of Economics et les professeurs sont de qualité. Elle en sort détentrice d?un BSc Honours en économie et se classe quatrième de sa promotion. Une bourse pour un doctorat en économie à l?université de Stanford en Californie lui est offerte mais le gouvernement mauricien fait la sourde oreille quand il s?agit de lui garantir un emploi à son retour au pays.
C?est un peu la mort dans l?âme qu?elle rentre. Mais moins de trois mois après son retour, elle est embauchée comme économiste industrielle au ministère du Commerce et de l?Industrie et a pour mentor, feu Benoît Arouff, secrétaire pour le développement industriel. Il la nomme secrétaire de l?Industrial Development Committee et là, elle apprend énormément et voyage aussi beaucoup, se perfectionnant notamment auprès de la Shannon Industrial Development Authority d?Irlande ou encore auprès de la Chambre de commerce et d?industrie de Londres.
Au bout de sept ans, elle obtient une promotion et devient senior economist au ministère du Plan, dirigé à l?époque par Rundheersing Bheenick. Là, elle retrouve l?économie pure. Elle est aussi confrontée aux exigences de son directeur qui est à cheval aussi bien sur le contenu des rapports économiques que sur leur présentation. «J?ai subi des critiques acerbes, comme beaucoup d?autres, sur mon style d?écriture, soit sur nos fautes de ponctuation ou grammaticales. Même si j?étais révoltée sur le moment, lesdites remarques m?ont servi car j?ai développé les mêmes exigences et réflexes.»
«Les choses sont dites avec finesse»
Nommée par la suite principal economist, elle obtient une bourse d?un an de la Caisse centrale de coopération économique pour étudier en vue de décrocher une maîtrise en études bancaires et financières à Paris. Elle est mariée à cette époque à Kiran Dindoyal et est mère de deux fillettes, Anusha et Shalini, aujourd?hui adultes, et son mari l?encourage à prendre son envol. «C?était un homme extraordinaire, qui était heureux quand il rendait ses proches heureux», souligne-t-elle avec des trémolos dans la voix. Si elle en parle au passé et avec autant d?émotion, c?est que Kiran Dindoyal n?est plus car il est mort subitement en 1997 et elle lui doit beaucoup.
Sa maîtrise empochée, Sharda rentre au pays. Son ancien collègue au ministère de l?Industrie et du Commerce, Vishnu Lutchmeenaraidoo, est alors ministre des Finances. Le v?u de ce dernier est de mettre en place une Bourse digne de ce nom à Maurice. Trois personnes sont désignées pour aller suivre une formation de trois mois à la Bourse de Paris et à celle de Lyon. Sharda figure parmi elles. En sus de se familiariser aux rouages de ces institutions de renom, elle est impressionnée par le professionnalisme et le tact dont fait preuve le personnel boursier à l?égard des courtiers et autres utilisateurs de la Bourse. «Par exemple lors d?une OPA, ils ne diront jamais qu?ils croient qu?une offre d?achat d?actions est sous-évaluée par les courtiers. Ils diront qu?il se peut que l?offre d?actions à telle ou telle valeur ait été trop hâtivement examinée. Ils demanderont alors qu?elle soit reconsidérée. Les choses sont dites avec finesse et ça, cela ne s?apprend pas dans les livres.»
Quand elle rentre au pays, la Stock Exchange Commission est déjà instituée et un CEO est recherché. Sharda fait acte de candidature et elle est retenue. à part le conseil d?administration avec ses sept membres, elle doit tout structurer, former les courtiers et animer des séminaires. Ce qui fait qu?elle est d?une grande visibilité.
Les mauvaises langues commencent alors à se déchaîner. Comme elle est aussi un des directeurs de la Stock Exchange of Mauritius Ltd, certains parlent de conflit d?intérêts. «On m?a taxée d?être au centre de tout alors que moi, je ne voulais qu?une chose, c?est que la Bourse opère correctement et que son fonctionnement se répande dans le public. Je n?ai jamais compris cette négativité à mon égard. Pour moi, je ne faisais qu?exécuter une mission qui m?avait été confiée.»
Sa demande d?avoir un statut d?observateur sur le board de la SEM ne fera pas taire les médisances à son encontre. Elle se met aussi à mal certaines personnes quand elle se prononce contre la fusion de la SEC avec les assurances et l?offshore pour en faire la Financial Services Commission (FSC).
Sa vie est rendue plus amère avec la disparition soudaine de son mari. Elle prend alors un congé sans solde et décroche un contrat d?experte sur le développement du marché financier auprès de la Commonwealth fund for technical cooperation. Envoyée aux Maldives, elle y met en place la Bourse et s?occupe de réformer le marché financier.
La fusion tant décriée par elle se fait alors qu?elle est à l?étranger et quand elle réintègre son poste, elle est mutée à la FSC en tant que senior executive. Mais dans la pratique, explique-t-elle, tel n?est pas le cas. «Je n?avais plus de bureau personnel mais je travaillais dans un espace ouvert. Je n?avais qu?une table de travail, une chaise et un ordinateur. Je devais tout faire seule. Je n?ai jamais fait de fixation sur le statut mais là, c?était clair que c?était pour m?humilier et me casser.»
Elle subit en silence jusqu?en 2004. Shushil Kushiram, alors ministre des Services Financiers, la nomme conseillère. Elle retrouve progressivement sa confiance en elle et contribue à la préparation de plusieurs législations bancaires et financières. Malgré le changement de régime en juillet dernier, son contrat est renouvelé. Mais après avoir longtemps joué les seconds couteaux, Sharda veut de nouveau être au c?ur de l?action. D?où sa candidature comme directeur des affaires internes à la MRA.
Bien que devenue prudente à l?extrême sur ce qu?elle dit, Sharda laisse entendre qu?elle est motivée par le désir de faire du bien. «Je veux assainir là où je peux. On salit trop facilement les gens. Les fautes professionnelles et la corruption ne doivent pas devenir la culture ambiante.» Ce qui laisse présager que nous n?avons pas fini d?entendre parler d?elle?
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