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Le pragmatisme de Ravalomanana séduit les Mauriciens

10 avril 2004, 20:00

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«O k. Le gouvernement malgache vous accorde la gérance des usines sucrières de Sirama. » Il a fallu moins d?un quart d?heure à Marc Ravalomanana pour trancher sur un des principaux dossiers abordés lors de la visite de la délégation mauricienne dans la capitale malgache. En effet, un accord de principe est arrêté après un bref tour de table, au beau milieu du banquet offert mardi soir au palais présidentiel en l?honneur de la délégation dirigée par Paul Bérenger.

Le chef du gouvernement malgache sonde le ministre de l?Agriculture, Nando Bodha, sur un éventuel intérêt des opérateurs mauriciens par rapport à la production sucrière. Ce dernier installé à la table d?honneur, répond par l?affirmative. Marc Ravalomanana se tourne alors vers Paul Bérenger, puis vers son Premier ministre, Jacques Sylla. Les deux se montrent également intéressés. Ravalomanana appelle son ministre de l?Industrie et demande que tout soit fait pour que la coopération entre les deux pays dans le domaine sucrier figure en bonne place dans le communiqué conjoint qui sera émis à la fin de la visite de la délégation mauricienne.

Un procédé qui n?a pas manqué de surprendre les témoins de cette scène. « Quand le président dit o.k, c?est qu?il n?y a plus rien à dire et qu?il faut aller de l?avant », confie alors un membre important du gouvernement malgache. Nando Bodha n?en revient pas. « C?est la première fois que j?ai l?occasion de rencontrer le président malgache, et son sens des affaires m?a agréablement surpris. »

C?est sans doute ce qui a poussé Paul Bérenger à se montrer si optimiste lors de sa déclaration à la presse quelques minutes avant de reprendre l?avion mercredi après-midi. « C?est un pèlerin comblé qui rentre chez lui. Et qui s?est mis à rêver de pouvoir aider la Grande Ile à redevenir le grenier de la région ».

La seule condition imposée par le président malgache à cet accord de principe ficelé en moins de deux, c?est que la gérance soit assurée par des opérateurs mauriciens et non en sous-traitance avec d?autres.

La partie mauricienne aidera à la rénovation des trois unités de Sirama et à la remise en valeur des terres sous canne. Maurice a, à ce jour, mis une ligne de crédit d?un montant de 10 millions de dollars à la disposition de la Grande Ile. Une partie de cet argent servira à remettre les usines sucrières en état. La Grande Ile produit actuellement 80 000 tonnes de sucre pour une consommation locale de quelque 160 000 tonnes. Il s?agira en premier lieu de satisfaire la clientèle malgache.

Le premier test de la coopération mauriciano-malgache dans le domaine agricole sera cependant l?importation, à titre d?essai, d?une première cargaison de 50 tonnes de pommes de terre cultivées dans la région d?Antsirabé. Ce premier contingent devrait arriver dans moins d?un mois. Jean-Claude Autrey, directeur du Mauritius Sugar Industry Research Institute qui suit ce dossier de près, confie que les premières analyses phytosanitaires se sont révélées concluantes. La coopération s?étendra ensuite au maïs, une fois que les techniciens se seront assurés qu?il n?existe aucun risque de contamination pour la canne mauricienne par les maladies plus fréquentes chez le maïs.

Le communiqué conjoint signé par les deux ministres des Affaires étrangères Jayen Cuttaree et Marcel Ranjeva, et émis mercredi après-midi à Tana, évoque également la volonté des deux parties « de donner une nouvelle impulsion à la coopération mauriciano-malgache à travers un partenariat équilibré et respectueux de la souveraineté et des spécificités des deux pays. »

Les deux gouvernements ont signé trois accords, portant sur une coopération générale, la promotion et la protection réciproque des investissements et le tourisme. Il a ainsi été décidé d?instituer une commission mixte qui se réunira tous les deux ans, à Port-Louis et à Tana alternativement, pour faire le suivi de ces conventions. Outre le domaine agricole, la coopération touchera aussi le tourisme, la culture, la pêche, la lutte contre le trafic de drogue.

<I>« Je rencontre le président malgache pour la première fois, et son sens des affaires m?a agréablement surpris »</I>

Renaud MARIE (à Antananarivo)

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