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Le Pr Basdeo Bissoondoyal galvanise les masses hindoues
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Le Pr Basdeo Bissoondoyal galvanise les masses hindoues
Le mouvement Jan Andolan, créé par le Pr Basdeo Bissoondoyal, dès son retour à Maurice en 1939, ne tarde guère à s?étendre, comme une traînée de poudre, à travers toute l?île. Les hindous y adhèrent en grand nombre et avec enthousiasme. La crédibilité du mouvement tient principalement à celle de son fondateur. Ils apprécient ses initiatives pertinentes et déterminées. Il est respecté, apprécié et vénéré en raison principalement des connaissances acquises par lui en Inde.
Son éloquence dynamise ses auditoires de plus en plus nombreux et déterminés à marcher à sa suite. Les élites hindoues s?aperçoivent, à leur grande confusion, combien elles ont négligé leur instruction religieuse et leur adhésion aux valeurs hindoues. Elles s?efforcent de rattraper leur retard et témoignent d?une fierté grandissante pour leur religion et culture.
Le Jan Andolan se structure encore avec la création de ses ailes jeune, féminine, adulte, enfantine et artistique (musiciens et chanteurs). Les masses hindoues découvrent, avec enthousiasme, l?efficacité de ces structures inédites et originales. Les villages rivalisent de zèle et d?enthousiasme pour disposer des groupes locaux les plus dynamiques.
L?aile jeune ne tarde pas à compter plus de 3 000 adhérents à qui on demande de promouvoir le Jan Andolan, d?assurer le service d?accueil et d?ordre lors des rassemblements et des sermons, d?enseigner la langue hindi, de brandir des drapeaux orange, de se mettre au service des vieux et des malades, d?être capables de prodiguer les premiers secours, de témoigner un grand attachement à l?hindouisme. Les adhérentes de l?aile féminine (300 membres) sont tenues aux mêmes obligations. Elles doivent de plus organiser des cours de couture et de broderie.
Disposant d?une telle organisation, le Pr Basdeo Bissoondoyal parvient à toucher les masses et à promouvoir parmi elles l?unité de la communauté hindoue. Il défend aussi les droits des travailleurs quand l?occasion se présente. Il combat le sectarisme des valeurs occidentales lorsqu?il en éprouve le besoin et que l?occasion se présente.
En dépit de ses nombreuses qualifications universitaires, il ne recherche aucun emploi ni salaire mensuel. Ses besoins personnels sont, il est vrai, fort modestes. Il n?est pas à homme à vouloir vivre dans une maison luxueuse. Son vaste savoir et son caractère déterminé constituent ses seules richesses.
Ses prédications, généralement en hindi, se comptent par milliers. L?organisation de ses sermons suppose des préparatifs considérables. Elle est confiée à un comité local qui doit répartir judicieusement les tâches et les responsabilités de chacun. Les invitations se font de bouche à oreille. Des auditoires de 15 000 personnes sont la norme. Les masses opprimées retrouvent confiance et espoir en prenant connaissance des propos de ce prédicateur hors pair. Il est reçu, en grandes pompes, à la gare ferroviaire la plus proche et une procession l?escorte jusqu?au lieu du rassemblement religieux.
Il en sera de même au moment du départ. Les organisateurs jettent leur dévolu sur le premier terrain disponible, à condition qu?il soit assez vaste pour pouvoir accueillir la foule escomptée. On dresse ensuite une salle verte que les membres féminins du Jan Andolan décorent avec soin. Priorité est donnée à des photos géantes du Mahatma Gandhi et du swami Dayanand, aux drapeaux et aux oriflammes orange, aux fleurs, aux fougères et autres plantes décoratives.
L?arrivée du pandit Bissoondoyal impressionne plus d?un. Il est toujours vêtu du ?dhotee? et du ?kurta?. Il porte de simples sandalettes, sinon des ?calepas? en bois. Le service d?ordre se veut impeccable. Les uniformes impressionnent d?autant qu?il est difficile, à l?époque, pour de jeunes hindous ambitionner faire partie de notre police ou du service civil. La prédication du Pr Bissoondoyal, la majesté des lieux, l?ordre et l?enthousiasme, qui y prévalent, fascinent les masses. Elles se doutent que quelque chose de grand, de fort, de radical peut à tout moment émerger d?une organisation si bien structurée. Elles se tiennent prêtes à répondre au premier appel de mobilisation. La fierté d?être hindou et le sentiment d?appartenance sont à leur apogée.
Tous sentent que désormais les plus grands changements peuvent advenir à tout moment pour assurer le mieux-être des masses. On y croit d?autant plus que le Pr Bissoondoyal garantit la fin des oppressions sociales si les masses demeurent unies et mobilisées. Ses références aux textes sacrés, qu?il connaît par coeur, font mouche. Il peut alors entonner le chant de ralliement : ?Les hindous s?empareront du pouvoir politique. Ils donneront l?indépendance à l?île Maurice. Ils feront étalage de leur patriotisme et de leur nationalisme?.
Le Pr Bissoondoyal mise également sur la célébration collective des principales fêtes hindoues dans le but de parfaire l?unité de la communauté hindoue. Dans les années 1940 et 1950, nombre d?entre elles sont négligées ou encore non célébrées. Sans jamais sombrer dans le sectarisme car il sait apprécier à leur juste valeur, quand il le faut, les qualités maîtresses des cultures occidentales, musulmanes, chinoises, africaines, il tient à promouvoir autant qu?il le peut les plus belles facettes de la culture indienne. Cela ne doit jamais se faire aux dépens de l?harmonie sociale et raciale qui doit régner entre les différentes sections de la population mauricienne.
Il donne priorité à la promotion des fêtes suivantes : Divali, Maha Shivaratree et Ganga Ashram. Il tient également à solenniser davantage l?anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi. Cette célébration se tient le plus souvent à Laventure. On met l?accent, à cette occasion, sur le fait que ce meneur d?hommes exceptionnel simplifie les concepts de dieu, de l?âme, de la vie, de la mort, de salut de l?homme.
On célèbre sa foi dans la vérité et la non-violence. Le Pr Bissoondoyal popularise à un tel point l?enseignement gandhien qu?il devient suspect aux yeux de la police colonialiste de l?époque, hostile bien sûr à tout sentiment de nationalisme et à toute idée d?indépendance, qu?il s?agisse de l?Inde ou de Maurice.
Parallèlement sont encouragées les célébrations en l?honneur des fêtes du Cavadee, d?Ougadi, de Ganesh Chaturthi. Ces célébrations deviennent très populaires et renforcent du même coup l?influence qu?exercent les frères Bissoondoyal sur les masses hindoues.
(À suivre)
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