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Le politique l?emporte sur l?économique
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Le politique l?emporte sur l?économique
Navin Ramgoolam s?y attarde avec insistance : l?économie doit être au service de l?homme, sinon ça n?a aucun sens ! Il convient de décoder si on ne veut pas croire que Navin Ramgoolam soit devenu un altermondialiste convaincu. Ce n?est pas vraiment un virage idéologique, mais certainement un signal à ceux qui écoutent les sirènes d?ailleurs davantage que celles de la rue d?ici.
Il importe qu?on discerne cette idée fondatrice ? largement au-delà du simple message de fin d?année du Premier ministre ? de la théorie de réforme économique, enclenchée depuis 2005 par le ministre des Finances. Il est manifeste que la politique gouvernementale s?est infléchie à gauche, que Ramgoolam passe, à ce stade de son mandat, de la parole de démocratisation aux actes fonciers, qu?il écoute davantage les idées socialisantes que les théories libérales.
Mais à bien voir, le leader de l?Alliance sociale reste en phase avec ses promesses électorales même si son cheminement idéologique sème la confusion, à commencer parmi ses ministres eux-mêmes, tantôt flattés, tantôt écartés. À son arrivée au pouvoir, Ramgoolam a accordé le transport gratuit à tous les étudiants, a rétabli la pension universelle. L?homme a été placé au centre des préoccupations même si l?économie était à l?agonie. Le déficit budgétaire en a souffert. Puis, comme pour l?Afrique en général, la croissance est revenue en force à Maurice. Cela en raison d?un rigoureux plan de redressement encouragé par nos bailleurs de fonds étrangers et administré par Rama Sithanen.
Mais face à la flambée des prix du pétrole (et par ricochet du fret) et des denrées alimentaires, le Premier ministre raidit la ligne de l?État providence. Évoquant le contexte international, il prévient qu?il ne va pas continuer à subventionner le prix de la farine (une farine qui a failli provoquer une crise locale, tant sur le plan économique qu?ethnique, et une autre de nature diplomatique avec la Chine). Ramgoolam est aujourd?hui, contrairement à hier, pour le ciblage. Un discours de droite pour un homme de gauche, pourraient dire ces observateurs qui voient tout en dichotomie, qui pensent que l?économie n?est qu?une affaire de dogmes, à respecter ou à dénoncer.
Et pour ceux qui sont adeptes du clivage gauche-droite et qui veulent catégoriser Ramgoolam, disons d?emblée que c?est une tâche impossible. Outre le fait que ces étiquettes n?ont plus cours de par le monde, puisque les frontières qui les séparent sont de plus en plus flouées, l?homme joue à fond sur les deux rives politiques et nage aussi entre les deux. Enfin les gens de droite ne sont pas ceux qui ont choisi d?être de droite, ce sont ceux que la gauche désigne comme de droite. C?est vrai dans l?autre sens aussi. Tout est caricaturé, déformé, faussé.
Au-delà des clichés qui ne nous mènent nulle part, le discours de Navin Ramgoolam sur la démocratisation de l?économie est salutaire.
Le Premier ministre vient en fait soulever la chape de plomb d?une pensée économique unique, du moins celle qui a souvent été imposée bien qu?elle soit largement incomprise.
Cette doctrine du capital international a été définie, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, à l?occasion des accords de Bretton-Woods. Elle se traduit par des idées de réforme idéologique à prétention globale. La bonne parole de ce nouvel Évangile économique est répandue par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l?Organisation mondiale du commerce, l?Union européenne et d?autres grandes institutions économiques et monétaires. Et puis ce discours est souvent repris et relayé par des organes de presse internationaux d?information économique (« Wall Street Journal », « The Economist », « Financial Times », entre autres), propriétés privées de financiers.
Le principe de cette pensée unique : le marché devient plus important que l?Etat. Une main invisible est censée corriger les aspérités et les dysfonctionnements du capitalisme et les signaux des marchés financiers déterminent le mouvement général de l?économie. Ce que contestent avec force conviction les altermondialistes qui pensent que le social humain est plus important que la croissance des chiffres.
À Maurice aussi, ce double discours a cours. Quand l?accent est mis presque exclusivement sur la concurrence et la compétitivité, le libre-échange, la libéralisation, les syndicats crient. Quand c?est le contraire, c?est le grand capital privé qui proteste et boude. Et du coup un arbitrage est difficile entre des revenus du capital au détriment de ceux des travailleurs-électeurs.
Il est vrai que dans le monde d?aujourd?hui, le global tend à l?emporter sur le national. Il y a même une amorce de prise de conscience de cet effet pervers du côté des libéraux eux-mêmes. John Keynes, dont l?héritage intellectuel s?étend des sociaux-démocrates aux libéraux, considéré comme le père de l?État-providence, a été préoccupé par le poids que les contraintes internationales font peser sur le pouvoir de décision des nations. Comme lui, il convient que nos têtes pensantes s?intéressent davantage à ce phénomène mondial au lieu de paniquer à l?approche d?une date butoir, que la plupart des pays en Afrique n?ont pas respectée.
Or ce qui est intéressant aujourd?hui, c?est que le chef du gouvernement est venu recentrer les débats économiques et énoncer clairement sa ligne directrice. Le politique a repris le dessus sur l?économique et celui-ci retourne dans ses quartiers, au service de l?homme. Ramgoolam, à mi-mandat, a compris qu?on ne gagnait pas les élections avec des chiffres mais avec des gens. Si l?économique épargne la dépense, le vrai politique est celui qui joue bien et qui gagne à la longue? On le saura en 2010 ou avant.
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