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Le partage des connaissances s’organise
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Le partage des connaissances s’organise
Face au risque d’épidémie mondiale et aux dégâts que le virus H5N1 a déjà faits dans les pays touchés, les données scientifiques doivent circuler le plus vite possible pour lutter contre ce virus, estiment des chercheurs et des responsables de santé publique. Plus de 70 d’entre eux ont décidé de créer un consortium international, le GISAID, pour organiser le partage des séquences génétiques des différentes souches virales analysées à travers le monde.
“Le soutien total de la communauté scientifique internationale est de toute urgence nécessaire pour mieux comprendre la dissémination et l’évolution du virus”, écrivent les créateurs du Global Initiative on Sharing Avian Influenza Data dans la revue Nature publiée récemment. Parmi les principaux signataires figurent Ilaria Capua, du laboratoire de virologie de Padoue, en Italie, et responsable du réseau de surveillance du H5N1 monté par la FAO et l’OIE.
En mars dernier Ilaria Capua avait appelé ses collègues à partager leurs données. Elle-même avait choisi de diffuser ses travaux sur la banque de données ouverte GenBank plutôt que sur le réseau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Progrès réalisés
Cette organisation onusienne ne peut diffuser les données concernant les souches virales que si le pays d’origine donne son accord. Des progrès ont été réalisés ces derniers mois. L’Indonésie a autorisé il y a trois semaines le partage des données concernant les souches du H5N1 en circulation sur son territoire.
Nancy Cox, directrice du département grippe aviaire aux Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d’Atlanta, aux Etats-Unis, est également impliquée dans la création du GISAID. Les CDC ont d’ailleurs annoncé qu’ils allaient mettre en accès libre les séquences génétiques de plus de 650 virus de la grippe isolés sur le territoire américain.
Les scientifiques collaborant avec le GISAID seront invités à partager leurs séquences génétiques et à publier en collaboration avec d’autres chercheurs. Six mois après environ, les analyses seront déposées sur les trois banques de données publiques (GenBank, DDBJ, EMBL). Les initiateurs du consortium espèrent réduire ce délai avec l’expérience.
© Le Nouvel Observateur</B>
TRAITEMENTS
<B>Une enzyme qui se distingue chez le H5N1</B>
■ Nous avons eu de la chance que les traitements contre les virus grippaux – le Tamiflu et le Relenza- soient efficaces contre le virus H5N1 de la grippe aviaire. Une nouvelle étude publiée en ligne par la revue Nature montre en effet que la cible de ces médicaments, le site actif de l’enzyme neuraminidase (N), n’est pas la même chez tous les virus grippaux. Ces travaux offrent par ailleurs une nouvelle possibilité pour lutter contre l’infection par le H5N1. La neuraminidase (N) et l’hémagglutinine (H) sont deux enzymes présentes à la surface des virus grippaux. Chez les virus du groupe A, il existe 16 formes d’hémagglutinine et 9 formes de neuraminidase. Cette dernière permet au virus de quitter une cellule infectée pour attaquer une autre cellule. Les traitements visent donc à bloquer la neuraminidase pour limiter l’infection. Ces inhibiteurs, comme le Tamiflu (oseltamivir), ont été développés à partir de la structure de la N9 et de la N2. Comme ils agissent contre d’autre types de neuraminidases, les scientifiques pensaient que la zone de l’enzyme visée par le traitement était identique pour toutes. Les travaux de l’équipe de John Skehel (National Institute for Medical Research, Londres) révèlent que la N1, ainsi que la N4 et la N8, ont une structure différente. Leur particularité réside dans un groupe de 150 acides aminés qui permettent d’ouvrir une petite cavité sur le site actif de l’enzyme. Leur structure en 3D est différente de celle étudiée chez la N2 et la N9. Les chercheurs supposent que le rôle joué par d’autres enzymes, situées en dehors de ce site actif, ont quand même permis aux inhibiteurs d’être efficaces. Ces résultats permettent de mieux connaître le virus H5N1 et ouvrent la possibilité de concevoir de nouveaux inhibiteurs de la neuraminidase, au cas où les résistances aux traitements déjà utilisés se mettaient à progresser très rapidement.
Cécile Dumas
POUR RAPPEL
“Grippe du poulet” et importance de la transmission à l’homme
■ La grippe aviaire, provoquée par une souche A du virus grippal, est une maladie infectieuse affectant les oiseaux. Identifiée pour la première fois en Italie il y a plus de 100 ans, elle survient dans le monde entier. On pense que tous les oiseaux sont sensibles à cette infection, bien que certaines espèces soient plus résistantes que d’autres. Elle peut avoir des symptômes très variés, allant d’une forme bénigne à une maladie très contagieuse et rapidement mortelle qui provoque de graves épidémies. On parle alors de grippe aviaire hautement pathogène, qui se caractérise par une apparition brutale, de graves symptômes et une évolution rapide vers la mort, le taux de mortalité pouvant avoisiner les 100 %. Des recherches récentes ont montré que des virus faiblement pathogènes peuvent, parfois après avoir circulé peu de temps dans une population de volailles, muter et devenir hautement pathogènes. Si des mesures de lutte ne sont pas prises rapidement en s’appuyant sur une surveillance de qualité, les épidémies peuvent durer pendant des années. Une épidémie de virus H5N2 a ainsi commencé au Mexique en 1992. Faiblement pathogène au départ, elle a évolué vers une forme entraînant une mortalité élevée et n’a pas été endiguée avant 1995. Tous les virus grippaux de type A, y compris ceux que l’on retrouve régulièrement à l’origine des épidémies saisonnières chez l’homme, sont génétiquement instables et bien adaptés pour échapper aux défenses immunitaires de l’hôte. de réparation des erreurs qui se produisent pendant la Il en résulte que leur composition génétique change à mesure qu’ils se répliquent chez l’homme ou l’animal et une nouvelle variante antigénique remplace bientôt la souche de départ. Cette tendance des virus grippaux à subir en permanence des modifications antigéniques fréquentes oblige l’homme à surveiller constamment l’évolution de la situation dans le monde et à ajuster chaque année la composition des vaccins antigrippaux.
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