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Le parcours des ?rotis? de Nicole à Mahé
Difficile d?imaginer un pays étranger où vit une forte communauté de Mauriciens mais où on ne peut déguster ni roti, ni dholl puri ou gâteaux piment. Les Seychelles nous semblaient bien être cette exception. Mais c?était avant de rencontrer Nicole Dogley.
A première vue, rien ne distingue Nicole, la trentaine, des autres Seychelloises. Mais quand on la regarde faire au marché Labrinn, on se rend bien compte que ce service avec le sourire n?est pas exactement seychellois. Et quand elle ouvre sa bouche, le flot de créole plus saccadé, comparé au parler traînant de l?archipel, trahi son origine.
Cela fait cinq mois que Nicole propose des rotis, galette de farine inspirée du pain indien, au marché Labrinn. Ce marché se tient tous les mercredis au coucher du soleil, à la plage de Beau-Vallon, à Mahé. Son nom est inspiré de ce manteau de chaleur, pratiquement visible, créé par la légère baisse de la température équatoriale au crépuscule. Les Seychellois l?appellent la brume.
Le marché Labrinn est un excellent lieu de rencontre et de détente, à proximité de ce qui est tenue pour être une des plus belles plages de Mahé. Le gourmand est servi : des gâteaux au coco, du poisson cuit à toutes les sauces, du porc et de la viande, du fruit à pain cuit ou en salade, des mangues, de la banane, des légumes? Les mets sont faits-maison, préparés selon des recettes créoles seychelloises traditionnelles.
<B>Difficultés à s?imposer </B>
Aux saveurs et parfums des mets se mélangent les couleurs et formes exotiques de l?artisanat seychellois. Colliers de coquillage, peintures, la noix de coco sous toutes ses formes? Des musiciens, chantant dans ce créole très particulier de l?archipel, déambulent dans la foule, grattant des guitares accrochées au cou.
Et quand la nuit tombe, le lagon devient une toile de fond d?un argent scintillant et l?excellente bière produite localement coule plus facilement. Les couples se rapprochent, les mains s?entrelacent et ceux qui sont venus non accompagnés ne rentrent pas toujours seuls. Cette ambiance particulière renforce de jour en jour le succès du marché Labrinn. Nicole en fait son profit. Mais elle se souvient encore de ses débuts pénibles.
?J?ai eu beaucoup de souci. J?ai commis l?erreur de commencer avant d?avoir eu ma citoyenneté seychelloise. Sans elle, je n?étais pas autorisée à travailler. Mes voisins m?ont rapportée. J?ai dû payer Rs 15 000 seychelloises (environ Rs 90 000 mauriciennes) pour me dédouaner.?
A présent, elle propose du roti qu?elle prépare chez elle, à Plaisance, mais qu?elle chauffe sur un réchaud à gaz. On mange ses rotis avec l?incontournable curry de poisson ou des kebab de poisson et de viande qui rôtissent à côté sur un barbecue grill au charbon.
<B> ?Tout est cher ici?
?Au début, les Seychellois ne voulaient pas toucher aux rotis. C?est du malabar, disaient-ils en levant le nez. Mais petit à petit, ils ont cédé à la curiosité puis à leur gourmandise. Heureusement d?ailleurs !? dit Nicole avec un sourire qui en dit long sur ses difficultés à s?imposer.
A présent, un deuxième marchand de roti, seychellois celui-là, a pignon sur rue, un peu plus loin au marché Labrinn. ?Ils travaillaient avec moi. Je leur ai tout appris et maintenant, ils me font de la concurrence?, se plaint Nicole. Mais à en juger par le nombre de clients qui se pressent autour de son étal, elle n?a pas de raison de s?inquiéter.
Les Seychellois n?aiment pas beaucoup les étrangers et en particulier, ceux qui sont d?origine indienne, affirme Nicole. ?J?ai eu beaucoup de mal à m?intégrer à la société seychelloise et même huit ans après, je sens que je ne suis pas entièrement acceptée.?
Nicole a suivi son mari Raymon qui est chauffeur de taxi aux Seychelles. Ils se sont rencontrés à une réception de mariage, alors que celui-ci était à Maurice. C?était à FUEL. Elle ne le regrette pas, mais Maurice lui manque. Et elle confie qu?elle a l?intention de rentrer bientôt.
?J?aime bien les Seychelles. Mais tout est si cher ici. Je ne travaille qu?une fois la semaine. Les marchands de rue ne sont pas autorisés ici. Surtout quand ils vendent de la nourriture. Je ne peux donc travailler qu?à partir du marché Labrinn. Ce que je gagne va dans le remboursement des dettes. C?est vrai qu?ici tout le monde a une jolie maison. Mais la plupart d?entre elles sont hypothéquées??
Mais Nicole rentre aussi car elle s?est rendu compte qu?aux Seychelles, elle y sera toujours une étrangère?
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