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Le pain sort du pétrin
Le ministère du Commerce et de l?Industrie a refusé de répondre à une question de l?express portant sur la possibilité qui existait pour l?importation du blé à moins cher de la Chine. Cela, afin de garantir la survie des Moulins de la Concorde (LMLC), l?emploi de son personnel, et les investissements énormes consentis dans cette minoterie.
Pourtant, l?attaché de presse du ministre faisait savoir, hier matin, qu?il étudiait cette question supplémentaire. Comme le directeur de LMLC, Gérard Boullé, le bureau du ministre Jeetah a ainsi choisi de répondre seulement aux questions qui lui plaisaient. «Les Mauriciens paieront leurs pains et farine au même prix en 2008», affirme ainsi le ministre Jeetah. Il estime avoir évité une hausse de 73 % du prix de la farine en jouant la carte de l?importation.
«Les prix de 675 dollars et 681 dollars cotés par LMLC respectivement pour la farine de type A et B vont donner lieu à une hausse de 73 % et non 52 % du prix de cette denrée sur le marché local», maintient-il. Ainsi, le coût de la farine passerait de Rs 5,30 à Rs 9,18 sur le marche local en 2008. Pour éviter cette hausse, le ministre a négocié et obtenu une cargaison de farine chinoise coûtant 520 dollars américains la tonne pour le type A, et 425 dollars américains la tonne pour le type B. Economisant ainsi plus d?un demi-milliard de roupies, selon lui.
Mais pourquoi la Chine et non l?Inde ou la Turquie, deux pays qui avaient été prospectés ? Si l?exportation est interdite en Inde en ce moment, la Chine « a fait une exception à la règle pour venir en aide à un pays ami. Le prix obtenu est le meilleur dans les circonstances difficiles actuelles», affirmait hier le ministre Jeetah, par l?entremise de son attaché de presse.
Guerre secteur prive ? Etat
Le refus du gouvernement d?acheter de LMLC a visiblement déclenché une nouvelle guerre entre le secteur privé et l?Etat. «Dans tous les pays, quand une délégation du ministère de l?Industrie part en mission, c?est pour promouvoir les entreprises industrielles du pays. Dans le cas qui nous concerne, une délégation du ministère de l?Industrie se déplace avec pour mission de trouver des fournisseurs étrangers qui pourraient concurrencer l?industrie locale, avec des moyens qui vont à l?encontre de la saine concurrence», a lancé la direction de LMLC quand Rajesh Jeetah a fait état de sa décision finale de s?approvisionner de la Chine.
Gérard Boullé s?est refusé à tout commentaire, se contentant de lire son communiqué. Refusant d?expliquer ce qu?il entend par «concurrencer l?industrie locale avec des moyens qui vont à l?encontre de la saine concurrence».
Aucun commentaire sur l?avenir de LMLC, minoterie qui a remporté, dans la majorité des cas, les appels d?offres internationaux pour l?approvisionnement du pays en farine, ces 18 dernières années. Gérard Boullé s?est contenté de souligner que les prix offerts par LMLC durant ces dernières années ont été inférieurs aux ceux qu?auraient payés la State Trading Corporation (STC) auprès des exportateurs étrangers.
Ainsi, la STC a pu économiser Rs 708 millions grâce à LMLC. De plus, ajoute Gérard Boullé, le fait que la farine est produite localement, lui a permis de réaliser des économies en devises d?environ Rs 1,9 milliard.
LMLC affirme que son prix a été majoré de 52 % seulement en raison de la flambée des prix du blé sur le marché mondial, et également d?une hausse de 100 % du fret maritime.
Depuis la décision finale d?importer de la Chine, le ministère de l?Industrie a tenu des réunions avec LMLC. «A aucun moment, LMLC n?a évoqué une possible fermeture», a affirmé le bureau de l?attaché de presse du ministre, hier.
En attendant, c?est l?incertitude au sein du personnel de LMLC. Leur pain quotidien n?est pas garanti pour 2008. Les consommateurs, eux, attendent de voir si le troisième coup de Jeetah sera le bon. Ce ministre a commencé à chercher une source alternative pour notre pétrole et notre lait en poudre. On ne peut pas dire qu?il ait gagné, jusqu?ici, la bataille engagée avec les importateurs de lait en poudre.
La STC s?approvisionnera d?une minoterie basée dans la province de Henan. Elle y opère depuis 1992. Ses équipements viennent des Etats-Unis, de l?Allemagne et de la Suède, et permettent le respect des normes, afirme-t-on à la STC. Elle fabrique les farines de type A et B, utilisées respectivement pour la fabrication de pain de type français et la préparation des «faratas». Environ 80 % de notre importation de 95 000 tonnes concernent la farine de type A. Les consommateurs mauriciens sont très exigeants sur la qualité de la farine, et par ricochet, sur la qualité de leur pain. Quelle sera la qualité de la farine chinoise ? «Nous avons eu toutes les garanties possibles des autorités chinoises que le produit importé respectera les spécifications requises. L?acheminement du produit respectera par ailleurs une «delivery schedule», affirme la STC. «La farine qui sera importée de Chine sera d?aussi bonne qualité et les spécifications requises seront rigoureusement respectées. Il faut aussi savoir que ces spécifications sont les résultats d?un travail réunissant les différents partenaires ? la STC et l?association des boulangeries, sans oublier LMLC», ajoute l?organisme.
LE PRIX DE LA FARINE EN EBULLITION SUR LE MARCHE MONDIAL
Le blé utilisé pour la fabrication de la farine se vend par boisseau. Il était au-dessous des quatre dollars le boisseau d?environ 27 kilos en octobre. Et a vite dépassé les 5,3 dollars, avec un gain de près de 33 %. Et a fait un rebond pour atteindre les 60 % quand les résultats des récoltes australiennes ont été connus. La hausse est considérée comme spectaculaire. Depuis le début de l?année et jusqu?à la fin de septembre, ce marché oscillait entre 3,65 et 4,65 dollars. Cela est dû au fait que la production mondiale du blé a subi une chute brutale de plus de 30 millions de tonnes. Pareille chute n?a pas été enregistrée depuis plus de dix ans. Découlant des difficultés conjoncturelles et climatiques rencontrées par les principaux producteurs du blé que sont l?Australie, les Etats-Unis, l?Ukraine et la Russie.
La production canadienne a également été affectée, ayant été réduite de 20 %. La Chine et l?Inde sont les seules exceptions, ayant eu des récoltes plus importantes cette année. Mais comme elles ont connu des problèmes de production l?année dernière, elles continuent à importer de la farine.
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