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Le monarque a tranché
Là où il faut agir dans l?urgence, le gouvernement n?est jamais pressé. En revanche, sur une question qui divise, qui enflamme, le gouvernement clôt le débat alors qu?il a à peine commencé. Contre l?avis de la majorité de citoyens qui se sont exprimés sur le sujet, dédaignant l?opinion du parquet sur l?illégalité de sa démarche et affichant un mépris total envers ceux à qui il promettait le dialogue, le gouvernement a décidé hier d?appliquer l?odieuse réforme Gokhool. C?est un déni de démocratie.
Vu l?émoi qu?a suscité le retour au «ranking» à l?examen du CPE, la raison imposait aux décideurs d?attendre au moins un an avant de décréter le changement. Mais c?était sans compter l?arrogance d?un gouvernement qui a l?illusion d?un pouvoir absolu et qui n?a pas à se préoccuper de l?opinion de la population. La manière de faire du gouvernement blesse ceux que le ministre recevait il y a deux jours encore en leur promettant le consensus.
Du reste, pendant tout le débat sur l?abomination du «ranking» au CPE, le gouvernement s?est réfugié dans le mutisme. Il s?est gardé de réfuter les arguments mis en avant par les opposants à la réforme. Le ministre Gokhool n?est sorti de sa réserve que pour injurier ceux-ci, jamais pour contester le fond de leur pensée. En a-t-il seulement les moyens?
Si le gouvernement n?a jamais pris la peine d?expliquer les raisons de son obstination à aller de l?avant avec sa réforme, c?est qu?elles ne sont pas très honorables. En tout cas, il est difficile d?imaginer les arguments qu?il aurait pu utiliser en public. Il n?est pas possible de rester digne et crédible alors qu?on essaye de justifier une sélection brutale à l?âge de 11 ans et une scolarité primaire qui marque chaque enfant au fer rouge.
Il ne serait pas très honnête de la part du Parti travailliste de prétendre qu?il lui fallait absolument respecter ses engagements électoraux et maintenir envers et contre tous la nouvelle formule du CPE. On sait bien que sur d?autres dossiers les travaillistes ont changé d?avis après les élections. Pas plus tard qu?hier, le Conseil des ministres signale que «le Premier ministre a invité les hommes d?affaires américains à venir investir à Maurice dans les secteurs nouveaux comme le seafood hub, l?Integrated Resorts Scheme et les Tic». Pourtant, la campagne contre le concept d?IRS, qualifié «d?apartheid économique» avait été intense avant les élections.
En l?absence de raisons claires pouvant expliquer la provocation du gouvernement, on peut spéculer sur ses motivations. Deux facteurs peuvent être avancés. D?abord, il y a une dimension revancharde dans l?action politique de la nouvelle majorité. Non seulement il demande de «lev paké, allé», mais il cherche à effacer chaque réalisation de l?ancien gouvernement. Le second facteur tient à des considérations de clientélisme. Le PTr soigne son électorat traditionnel.
Il est dommage que beaucoup des partisans de la réforme Gokhool continuent à l?être en croyant que la compétition avait disparu avec l?introduction du «grading». Cette thèse n?a aucun fondement. La réforme Obeegadoo a seulement eu pour effet de mettre la scolarité primaire hors de la logique du mérite et de la sélection. Elle a transféré au cycle secondaire le stress de la «rat race». En effet, c?est pendant les cinq premières années du secondaire que l?esprit de compétition était exacerbé pour une place dans un «Form Vl college» prestigieux.
Le vice essentiel du nouveau système est qu?il promet la gloire à 1260 élèves, inflige la déconsidération aux autres et les prive tous d?une enfance joyeuse et épanouie. Certes, il fera bien une poignée d?heureux, mais son injustice n?en est que plus flagrante. Que répondra le Premier ministre si ses amis de l?Internationale socialiste lui reprochent d?avoir approuvé une réforme qui accorde les meilleures chances à ceux qui ont les moyens d?investir toujours plus dans la scolarité?
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