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Le mauvais ménage
Les différentes manifestations qui sont organisées à l?occasion du Divali apportent la preuve que la séparation entre la politique et la religion n?est toujours pas respectée. On a constaté ces derniers jours que des dirigeants des partis politiques participent allégrement à des fêtes à caractère religieux et, en outre, prennent la parole pour faire passer des messages religieux.
La présence des politiques à des manifestations religieuses n?est pas en soi contestable. Rien n?interdit à un citoyen qui décide de faire de la politique de conserver ses croyances religieuses. Mais il devrait se garder de prononcer des discours à des rassemblements qui ont une vocation purement religieuse. S?il décide de se rendre à une manifestation religieuse, il ne doit le faire qu?à titre privé.
De plus, l?Etat doit, en toutes circonstances, maintenir une distance par rapport aux manifestations religieuses. C?est à ce prix que la neutralité confessionnelle de l'État sera exercée. Il n?appartient pas aux ministres de la République d?organiser les célébrations pour des fêtes religieuses. De même, il ne viendra à l?esprit de personne de demander à un dirigeant d?un mouvement socio-religieux son point de vue sur un projet de développement économique.
Le principe de laïcité, auquel souscrivent les républicains, est pourtant simple. Il s?agit de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Tout empiètement de l?un sur le terrain de l?autre remet en cause la séparation entre le religieux et le politique. La laïcité n?est pas qu?un élément parmi d?autres de la pensée républicaine, c?est sa devise, a écrit le philosophe Bernard-Henri Lévy.
Cela étant, il faut admettre que, le plus souvent, ce sont les politiciens qui sont sollicités par les dirigeants des mouvements socio-religieux et non l?inverse. Certains d?entre eux sont des lobbyistes qui ne cherchent qu?à se créer des occasions pour côtoyer les notables qui sont au pouvoir ou qui le seront.
Les conséquences de ces accointances pernicieuses peuvent être graves. Par exemple, le député qui vote au Parlement risque de ne pouvoir légiférer en fonction de l?intérêt général. Prisonnier de ses fréquentations, il va devoir placer ses convictions religieuses avant toute chose et céder aux chantages des groupes religieux.
On se trompe lorsqu'on pense que le refus de mélanger la religion et la gestion des affaires publiques procède d?un quelconque anti-cléricalisme. Cette position est basée sur un principe simple : Dieu et la politique ne font pas bon ménage. Et, pour garantir l'égalité des droits de tous les citoyens, il est important, pour les uns comme pour les autres, de ne pas franchir la ligne de démarcation qui sépare leurs champs respectifs.
Dans cette même optique, il convient de réitérer le souhait que le chef d?Etat choisisse une date autre que le 25 décembre pour adresser son message de fin d?année à la population. Il est tout de même ironique que, Sir Anerood Jugnauth, celui qui a permis à Maurice d?accéder au statut de République, exprimera ses v?ux à la nation, à l?occasion d?une fête religieuse, la Noël.
Il est temps que l?on apprenne à mieux distinguer entre le temporel et le spirituel dans notre pays. Que les uns s?interdisent d?empiéter sur le terrain des autres, et les vaches seront bien gardées.
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