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Le marché central :l?envers du décor

10 avril 2004, 20:00

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C?est un vrai capharnaüm nauséabond ! D?abord il y a cette odeur de chair crue mêlée à celle de la fiente des volailles. Accolées aux murs, les cages suintent d?excréments qui dégoulinent.

Des détritus de toute sorte jonchent le sol au carrelage cassé. La section volaille du marché central, censée être un lieu propre, est un vrai nid de microbes. C?est pourtant ici, entre ces murs sales et sous ce toit poussiéreux que bon nombre de citadins viennent s?approvisionner en poulet frais?

Comme affirme le dicton, l?habitude est une seconde nature. Les consommateurs n?ont pas l?air de s?offusquer de l?extrême insalubrité des lieux. Pas plus du fait que le poulet frais soit exposé à l?air libre alors qu?il devrait être dans un chilling cabinet. « Pas tracas poule là améné zordi, vendé zordi même », assure un vendeur.

Une corne d?abondance pour les rats

Dans chaque stand, des dizaines de volatiles déplumées pendent à des crochets. Des poulets découpés sur un billot ensanglanté sont ensuite posés sur un étal métallique à l?aspect douteux. Dans les bacs en plastique, les abats sont exposés aux mouches. Le marchand les chasse d?une main, mais elles reviennent inlassablement à l?attaque. Les miettes de chair et les flaques de sang coagulé sont un réel festin pour les mouches? mais aussi pour les rats et les cafards ! Ces derniers ont élu domicile dans les moindres interstices du bâtiment vétuste. Quant aux rats, ils ont envahi les fondations et les murs.

Ici, c?est leur royaume. Pour montrer qu?il ne ment pas, Nizam, un marchand, enlève avec précaution un morceau de carton derrière une cage de poussins. ça grouille de cafards ! « Tous les semaines nous metté même insecticide. Sa quantité cancrelat ki nou gagné là extraordinaire sa ! », dit-il. Un autre marchand montre un rat mort sous les cages de ses poules. Son voisin indique deux trous dans le mur, au ras du sol : l?antre des rats. Par terre, le marchand a entreposé des bacs remplis de têtes et de peaux de poulets. Une vraie corne d?abondance pour les rongeurs. D?ailleurs ils sont tellement gras, affirme-t-il, qu?ils délaissent les appâts laissés régulièrement à leur intention par la compagnie chergée de les exterminer !

Les marchands en ont marre de vendre leurs produits dans des conditions aussi insalubres. « Pas capave compter comié fois nou plaigne nous sort avec municipalité. Comié létemps nou bisin subir toussala. » Lorsqu?il pleut, les égouts vomissent une eau nauséabonde qui s?insinue dans le couloir de la section volailles. « Kan gros lapli nou conné nou bisin amène nou bottes », ironise un autre marchand. C?est pour cette raison que les étals sont surélevés. Et comme pour les narguer, l?eau sale charrie toutes sortes d?immondices : seringues de drogués, excréments, rats morts.

L?unique point d?eau est un bassin en béton noirci de crasse. À côté se trouve une poubelle débordant de déchets, plat de résistance pour bestioles.

L?inspectorat de la municipalité tente de changer les choses. « Nos employés nettoient tous les jours. Des programmes de dératisation et de désinfection sont effectués chaque quinzaine. Malheureusement, le problème reste entier car le bâtiment est vétuste. Nous encourageons aussi les marchands à s?équiper de chilling cabinets. Mais pour ce qui est de l?hygiène des aliments, c?est à l?inspectorat de faire appliquer la loi », déclare un inspecteur.

Quelques pas plus loin, se dresse le bâtiment flambant neuf qui accueillera bientôt les marchands de légumes. Les bouchers et les volaillers n?en feront pas partie. Ils constituent la face cachée du marché central, celle qu?on ne doit jamais montrer?

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