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?Le Malade imaginaire? revisité au Plaza
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?Le Malade imaginaire? revisité au Plaza
Si faire du théâtre c?est jouer, chez Rowin Narraidoo, cela se fait dans les règles de l?art. Car les personnages dramatiques qu?incarnent les comédiens de sa troupe sont des classiques et la comédie moliéresque qu?ils jouent est une pièce scolaire, comique et rigoureusement littéraire. Quand il s?investit dans les séances de travail qui précèdent la grande première, en tant que metteur en scène, Narraidoo garde en tête la représentation idéale d?une pièce destinée à la sensibilité collective d?un public composé à la fois d?étudiants et de passionnés du théâtre. ?On joue avec le grand sérieux; le théâtre ne peut pas ouvrir ses portes à l?hypocrisie?, nous confie-t-il. Alors, maintenant tous ses sens en état d?alerte, il scrute les moindres détails de l?esthétique théâtrale, attentif aux ressources corporelles de ses comédiens aussi bien qu?à leur manière de dire.
En faisant de chaque détail un élément sacré, Narraidoo dirige le jeu théâtral, sévèrement conçu ici comme discipline collective, avec un souci de perfection. Tel un éternel perfectionniste, il n?est jamais satisfait du résultat. ?Il y a toujours quelque part quelque chose à améliorer, même à la veille de la grande Première,? confirme-t-il. Déjà, rien qu?à le voir au travail, on dirait que son regard de metteur en scène est entraîné à capter des vérités secrètes de la scène dont il ne dévoilera pas de sitôt les formules. Ses trouvailles, il les intègre de préférence tantôt dans ses conseils tantôt dans ses commandes, mais cherchant toujours à insuffler à ses acteurs la vie théâtrale dans ses complexités pour faire d?eux de jeunes talents des mordants du plancher.
Mais faire du théâtrer, comme nous le confie le metteur en scène lui-même, ?nécessite au préalable une préparation psychologique?. C?est pourquoi toute la troupe répète depuis le mois de janvier. Car, c?est par les séances de répétition que ces acteurs de l?Atelier Pierre Poivre parviendront à franchir toutes les barrières psychologiques et retrouveront la sérénité qui leur sera nécessaire pour monter sur scène. La difficulté majeure, comme l?avouent les acteurs, c?est la mémorisation du texte. Au-delà de ça, il faut aussi soigner la jonction entre la gestuelle et l?aspect verbal, notamment la diction, sachant bien que le créole qui influe sur le français parlé des acteurs mauriciens brise le classicisme du texte. Selon Narraidoo, cela nuit un peu à la qualité de la représentation.
Outil pédagogique
C?est pourquoi, il importe de soigner tous ces détails lors des répétitions, adaptées ici en fonction de la disponibilité des comédiens. Car la troupe comprend des acteurs de différents âges et de différents niveaux d?expérience. A 12 ans, Natacha Solange, en Form I, est la plus jeune. Elle interprètera le rôle de Louison dans lequel elle excelle. Avec son expérience et sa formation en art théâtral, Balmick Hurree, dont on se souvient encore de ses performances dans son rôle d?Argan, est une valeur sûre.
Enfin, s?ils sont tous arrivés là par goût et passion pour cet art, certains avouent l?avoir choisi pour d?autres raisons. Ainsi, Denis Ramdany, qui portera le costume de Cléante, est venu au théâtre pour briser sa timidité ? étape qu?il aurait pu franchir plus tôt, pense-t-il, si seulement l?étude du théâtre à l?école n?était pas limitée uniquement à celle des ?uvres littéraires. Comme la plupart de ses camarades qui étudient encore, il souhaiterait voir l?introduction du théâtre dans le corpus scolaire comme discipline à part entière. Fondamentalement, une pièce de théâtre est destinée à être jouée. L?étudier comme ?uvre littéraire à l?école est une chose, la jouer ou la voir jouer en est une autre et ne constitue pas une perturbation du rythme scolaire.
On comprend mieux l??uvre théâtrale qu?après l?avoir vu jouer. Car c?est dans le jeu que se dégage le sens profond des propos des personnages. Le lecteur réceptionne ces propos de la manière la plus informelle tandis que le spectateur les reçoit dans ses formes authentiquement orales et selon les règles du ?savoir-dire? au théâtre. En ce sens, le théâtre offre l?accès à l?essentiel. Il permet ainsi de saisir la pièce dans sa profondeur, et cela en un temps réel. Le spectateur pénètre la pièce par le réel scénique.
Il faut donc voir le théâtre comme un outil pédagogique. C?est pourquoi, il importe à chaque étudiant d?aller au théâtre, non pas pour sauver celui-ci d?une fin prétendument annoncée, mais pour se sauver soi-même? d?une déculturation assurée si l?avenir se construit sans. Aussi est-ce le moyen d?assurer le triomphe au Plaza de ce qui jadis triomphait à la Cour.
PROFIL
Rêve d?un metteur en scène
- Rowin Narraidoo est un artisan du spectacle. Formé à Bordeaux au sein de la compagnie ?Théâtre en miettes?, il voue une grande passion pour le théâtre. ?Le théâtre, c?est un art de vivre,? déclare-t-il. Depuis plus de quinze ans, il dirige le Théâtre de l?Atelier Pierre Poivre qui, malgré sa jeune existence, a son propre ton et sa pérennité qu?il doit à sa persévérance. Il a formé beaucoup de jeunes talents, grâce surtout à ces professionnels du métier qu?il accueille sous le toit de l?atelier pour diriger des séances de travail. Aujourd?hui, ces acteurs évoluent en toute indépendance dans le domaine du théâtre.
Dicté par une moralité d?artiste-pédagoque, Rowin Narraidoo veut assigner à cet art une finalité pédagogique tout en conservant son vieux rêve de distraction. Il caresse le projet d?un engagement total de certains comédiens pour le théâtre, en faisant d?eux des professionnels à temps complet. Pour cela, il faut rentabiliser le théâtre. Car ses comédiens sont payés. D?ailleurs, c?est pour ça que ?Le Malade imaginaire? est commercial.
Cependant, il y a une multitude d?obstacles, allant des problèmes administratifs à ceux liés à l?infrastructure ? à surmonter. ?Est-il nécessaire d?avoir un visa de censure pour monter une pièce classique qu?on enseigne déjà au collège et qui est entre les mains de plusieurs élèves ?? se demande-t-il. Comment le ministère des Arts et de la Culture espère-t-il contribuer au progrès de l?art en imposant une somme de Rs 1 000 à 1 500 par heure, selon les dires de certains, pour la location du théâtre Serge Constantin? L?absence d?un lieu permanent, avec un cadre essentiellement théâtrale, pour les répétitions constitue un problème majeur. Heureusement qu?il a le soutien des propriétaires de salles, des municipalités de Beau Bassin? Rose Hill et de Port-Louis et l?aide des sponsors. Cela facilite beaucoup, mais ne suffit pas pour faire fonctionner une troupe théâtrale à temps complet. Et tout ça nuit au climat théâtral. Néanmoins, après ?Le Malade imaginaire?, Rowin Narraidoo reviendra très prochainement avec une adaptation, en anglais, d??Animal Farm? de George Orwell.
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