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Le macadam du Banané 82

2 janvier 2007, 00:00

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La nouvelle tombe comme un couperet en ce 5 janvier 1982. Avant de vouloir devenir, sinon le grand frère de toutes les démocraties véritables, du moins le gendarme de la planète Terre, les Etats-Uniens révèlent, sans scrupule, leur vrai visage d?hommes d?affaires impitoyables pour qui les petits cents font de juteux dollars. La United Basalt Products, sinon l?île Maurice, n?obtiendra donc pas le contrat de 600 000 tonnes d?agrégats, livrables à Diego Garcia ainsi que celui de 200 000 tonnes de sable de pierre (rocksand). Pour seulement un million de dollars, les Amerloques de la Pacific Naval Facilitees Engineering Command de Houston, Texas (la patrie de George W. Bush), nous préfèrent un intermédiaire américain, comptant s?approvisionner dans un petit Etat du golfe Persique, spécialisé dans la production de cailloux et autres macadams.

Cet intermédiaire possède l?immense avantage sur la UBP de Jean Giraud (père de Michel et grand-père de Marine) de disposer d?un transport maritime gratuit ou presque. Son principal business est d?approvisionner le Golfe Persique en produits alimentaires australiens. Il dispose, à cet effet, de cargos qui arrivent pleins à ras-bord dans le Golfe Persique et qui repartent les cales vides. Plutôt que les lester avec l?eau de mer, autant le faire avec des agrégats et du sable qu?ils livreront à Diego Garcia sans même avoir à sortir de leur route. Grâce à cette rentabilisation partielle de cargos devant traverser l?océan Indien à cales vides, les agrégats et le sable du Golfe Persique, auxquels s?ajoute la commission de l?intermédiaire états-unien, reviennent un petit million de dollars moins cher que nos agrégats et notre rocksand basaltiques. Il n?y a rien à faire : business is business et les riches ne prêtent qu?aux riches. L?Oncle Sam ne doit un living à personne pas même à une population mauricienne, comptant bientôt deux siècles, ou presque, de démocratie, même partielle au début, ou encore ayant grandement contribué à la naissance des Etats-Unis d?Amérique, libérés de l?empire britannique en gestation, en retenant dans notre Mare Indici autant de bâtiments de guerre de la Royal Navy, contraints de défendre les Indes contre les attaques des corsaires de l?Isle de France, au lieu d?aller guerroyer contre les insurgés de Georges Washington, de Benjamin Franklin, de Thomas Jefferson, de John Adams, de Thomas Payne, soutenus par les Français de La Fayette. On pense naïvement, à Maurice, qu?il s?agit là de souvenirs historiques... inoubliables. Voilà la preuve que tout le monde n?est pas Raymond Marrier d?Unienville.

A l?Hôtel du Gouvernement, la désillusion est d?autant plus grande que Seewoosagur Ramgoolam vit devant son télex, attendant impatiemment le feu vert d?un emprunt d?environ 600 millions de dollars à des taux d?intérêt commerciaux, c?est-à-dire draconiens, pour ne pas dire usuriers, afin de pouvoir sauver la campagne électorale travailliste, désormais inévitable, compte tenu de la dissolution effective de l?Assemblée législative, issue du scrutin du 20 décembre 1976. Dur, dur, pour le doyen des chefs d?Etat et de gouvernement de devoir attendre un feu vert et de recevoir un de couleur rougeâtre, indiquant que nos macadams déplaisent souverainement à ces Amerloques qu?il fréquente assis dûment depuis Eisenhower, qu?il ne faut pas confondre avec notre Eisenstein ou encore Einstein.

Le bon Harold Walter est chargé de convoquer l?ambassadeur américain pour lui remettre la note de protestation mauricienne. Une lettre est aussi adressée au secrétaire d?Etat ricain, Alexander Haig, pour lui signifier que Port Louis espère que Washington est ?pleinement conscient de la décision prise et de ses conséquences sans compter d?autres implications?. Communiqué sibyllin à souhait.

Pas moyen d?obtenir le point de vue du doux Jean Giraud, toujours entre deux avions, sinon entre deux Concorde, entre Houston, Washington, Londres, Paris et Port Louis. Aux dernières nouvelles, il se trouverait à Houston, devant manager sa margoze, au siège même de la Pacific Naval Facilities Engineering Command.

Plus besoin dorénavant d?investir Rs 30 millions dans des bandes transporteuses au Quai Ouest, site choisi pour l?embarquement de nos macadams à bord de navires jaugeant... 40 000 tonnes. Voilà de quoi faire saliver rétrospectivement un ministre des Communications extérieures.

Les négociations se poursuivent au niveau des fournitures alimentaires. Mais les Ricains sont plus radins que jamais. Selon eux, nos ?ufs coûteraient un cash de trop. Autant dire un cash à l?eau ou deux sous marins.

Consolons-nous comme on peut en sachant que la base nucléaire de Diego Garcia ne contient donc aucun agrégat mauricien. Tout est donc perdu fors l?honneur. Cela nous apprendra à négocier avec des boutiquiers, des voleurs d?île et autres receleurs d?archipels. Banané quand même !

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