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Le gouvernement appliquera la réforme Gokhool malgré tout...

10 février 2006, 20:00

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La décision surprend, c?est le moins que l?on puisse dire. Après avoir montré des signes évidents qu?il avait l?intention de reconsidérer certains aspects de la réforme de son ministre de l?Education et qu?il pourrait retarder sa mise en application d?un an, le gouvernement va de l?avant sans apporter aucune modification. La décision émane du Conseil des ministres, hier.

Le Premier ministre a dissipé tous les doutes possibles lors de sa conférence de presse hier. A une question de l?express qui voulait savoir si le grade A+ allait être utilisé pour l?admission en 2007 dans les collèges nationaux, Navin Ramgoolam a répondu «oui», ce sera le cas.

«Nous allons faire exactement ce que le ministre de l?Education a dit. Il n?y a aucune modification», a-t-il précisé. «Nous inn gayn ban propozisyon e pena meyar formil a se stad», a affirmé le Premier ministre après sa conférence de presse. La décision prise hier par le Conseil des ministres est-elle irrévocable ? «Si ena posibilite ameliore nou pou ameliore, me si pena pena».

Alors que même le ministre de l?Education Dharam Gokhool avait déclaré jeudi encore lors de réunions qu?il fallait «prendre le temps qu?il faut» et prendre en considération toutes les opinions «dans un esprit de dialogue» et sans se précipiter, l?on assiste à une volte-face. Cela, bien que tous les membres du cabinet ne seraient pas unanimes sur la formule Gokhool. Ces voix se seraient cependant tues lors de la réunion d?hier.

Légalement contestable

L?avis légal du parquet qui indiquait que l?application de la formule pour l?admission 2007 était légalement contestable n?y a rien fait. S?appuyant sur cet avis, le ministre de la Justice, Rama Valayden aurait en effet indiqué au Conseil des ministres vendredi 3 février qu?il était risqué d?appliquer la formule maintenant à cause d?une éventuelle contestation légale.

Le parquet avait indiqué qu?étant donné que l?année académique 2006 a débuté depuis un mois et demi et que le gouvernement n?avait toujours pas pris de décision ferme sur l?application de la réforme, celle-ci est parfaitement contestable en cour de justice. Et si c?est le cas, les risques seraient grands que le gouvernement perde son affaire. Cet avis légal a également été transmis au ministère de l?Education en début de semaine. En agissant ainsi, le gouvernement passe également outre les réserves exprimées par le Comité des droits de l?enfant des Nations unies. Dans un rapport remis aux autorités mauriciennes le 26 janvier, il écrit : « Le comité est inquiet que la réforme proposée puisse introduire un élément de classification injuste dans l?accès aux collèges nationaux à travers un pointage élevé (high cut-off mark).»

Mais maintenant que la décision d?appliquer la réforme est prise, les éclaircissements du ministre Dharam Gokhool sont attendus sur plusieurs zones d?ombre. De nombreuses questions n?ont en effet pas encore reçu d?explications officielles. Comment l?admission se déroulera s?il y a plus que 1 260 candidats du Certificate of Primary Education (CPE), c?est-à-dire le nombre de places disponibles dans les neuf collèges nationaux, qui obtiennent quatre A+ au CPE ? Rappelons qu?un A+, nouveau grade introduit dans le grading, s?obtient à partir de 90 points.

La répartition des élèves entre les neuf collèges nationaux n?a également pas encore été clarifiée. Quelle fille ira au Queen Elizabeth College (QEC) et quelle fille ira au Maurice Curé SSS ? Officiellement, le ministre n?a pas encore répondu.

Concernant cette dernière question, il est cependant probable que le Mauritius Examinations Syndicate (MES) tiendra en compte tant le « grade aggregate » que le total des points obtenus par le candidat. Ce total des points ne sera cependant pas rendu public étant donné que le MES n?a légalement pas le droit de le faire.

Avec cette information, l?organisme responsable de l?organisation des examens procèdera à la répartition. Ainsi, les filles ayant obtenu le plus grand nombre de points iront au QEC, et celles qui ont moins iront dans les collèges nationaux moins demandés. Le MES prendra également en compte le choix des parents. Par exemple, si une candidate a obtenu 390 points et ses parents ont mis le Maurice Curé SSS comme leur première option, elle y sera admise même si elle est éligible pour une place au QEC.

Aux parents également de choisir si leur enfant ira dans un collège régional ou s?il va concourir pour une place dans un collège national. Ce choix devra être exprimé lors du remplissage du formulaire qui sera remis aux parents quelques mois avant les examens du CPE qui se tiennent en octobre.

REACTIONS....

Steven Obeegadoo, ex-ministre de l?Education

«Le MMM est absolument outré. Alors même qu?il y a une quasi-unanimité de l?opinion publique et du monde éducatif pour demander le gel de ce projet du gouvernement, il va de l?avant sans aucune explication. Nous exprimons trois objections fondamentales.

Premièrement, c?est une formule opaque. Alors qu?une élève avec quatre A+ n?ira pas au Queen Elizabeth College (QEC), une autre avec également quatre A+ y sera admise. Cela éveillera des soupçons d?abus et de passe-droits.

Deuxièrement, c?est un acte anti-pédagogique qui va dévier l?école de sa fonction première qui est l?éducation et l?épanouissement de l?enfant en faveur d?une préparation quasi-exclusive de l?examen du CPE. Cet examen redevient un cauchemar pour enfants.

Troisièmement, la formule est socialement injuste et anti-démocratique. Les plus pauvres ne pourront se payer des leçons et pour la première fois, l?Etat mauricien offre une éducation à deux niveaux.»

Cassam Uteem, ex-président de la République

«C?est très dommage. C?est tout simplement un retour à la compétition à outrance. Cela ne peut qu?être néfaste au développement intégral de l?enfant. C?est un drame que le gouvernement n?ait pas pris en considération toutes les réactions de parents, pédagogues et personnes tenant à c?ur l?intérêt des enfants. De plus, nous ne connaissons toujours pas les détails sur le déroulement de l?admission.»

Pravind Jugnauth, leader du MSM

«Le ministre de l?Education devrait démissionner. Il a fait croire à tout le monde qu?il avait bien réfléchi sur son programme de réforme avant même d?entrer au gouvernement. Et il avait précisé le 5 février qu?il n?y aurait pas de report de sa réforme. Or il y a une véritable pagaille autour. Parents et enfants sont inquiets. Dharam Gokhool devrait démissionner pour deux raisons distinctes : il propose un programme de reforme sans tenir compte de l?aval du Parquet et le gouvernement va à l?encontre de la convention internationale signée par Maurice sur la discrimination. L?attorney general, Rama Valayden, devrait également partir parce qu?il n?a pas su conseiller le ministre sur les implications légales de la réforme malgré plusieurs discussions au cabinet. Nous allons saisir la justice et descendre dans la rue.»

Lysie Ribot, présidente de la Secondary & Preparatory School Teachers & Other Staff Union

«Nous sommes surpris et choqués. Je crois que le courant général de pensée était que la réforme allait être revue, si ce n?est éliminée. Aller à l?encontre de l?avis du parquet est choquant. On se demande si ce n?est pas une forme de lâcheté du gouvernement de ne pas trancher et de laisser à d?autres le soin de contester la réforme. Cette décision va sûrement donner lieu à une contestation générale en cour.»

Yahya Paraouty, président de l?Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE) «C?est grave. Personne ne s?attendait à une telle décision. C?est clair que nous allons tout droit vers la confrontation. J?espère que le gouvernement a bien réfléchi avant de prendre sa décision. L?on ne peut, pour une poignée de votes, amener les enfants à l?abattoir. L?UPSEE ne restera pas tranquille. Nous avons toujours soutenu toute réforme qui était dans l?intérêt de l?enfant, mais là non. Nous ne voyons vraiment pas comment M. Gokhool espère améliorer la qualité de l?éducation avec sa réforme. Il faudra faire un front commun pour la contrer.»

Veena Ballgobin chargée de cours en didactique (théorie et méthode de l?enseignement) à l?université de Maurice

«Je suis étonnée. Il faut que ceux qui sont contre cette réforme se rassemblent pour travailler sur une meilleure formule. Je pense qu?il y a encore une possibilité de réfléchir. Des choses plus intéressantes que cette compétition peuvent être proposées.»

Vinod Seegum, président de la Government Teachers? Union (GTU)

«Nous sommes contents. Nous étions pour dès le départ. Cela dit, il y a encore des flous et des zones d?ombre et le ministre doit maintenant expliquer clairement ce qu?il fera. »

Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers? Union (GHTU)

«Maintenant que la décision a été ratifiée, il faut s?atteler à la tâche pour que les enfants qui iront dans les collèges nationaux puissent travailler dans la sérénité. Ce n?est plus une question politicienne. Le Mauritius Examinations Syndicate doit donner les détails pour disperser tout malentendu.»

Surendra Bissoondoyal, ancien directeur du MES

«Nous vivons le retour à une forme de child labour avec les leçons qui font perdre aux écoliers leur enfance. Ils n?auront malheureusement plus le temps de grandir et de vivre comme des enfants. Naturellement qu?on pouvait améliorer les choses, mais il ne fallait pas retourner en arrière. Avec les collèges nationaux à cet âge, c?est le même type de ségrégation que le gouvernement de Maharashtra en Inde vient d?abolir. Nous allons à contre-courant.»

Jugdish Lollbeeharry, porte-parole du Ralliement des démocrates

«Nous sommes bien attristés. En éducation il faut oeuvrer pour le bien de la majorité des enfants et non pas pour une minorité comme c?est le cas ici. L?éducation ne peut être vue à traver les yeux du politicien. Nous avons commencé à effectuer un sondage dans les écoles et les premières indications nous montrent qu?une majorité d?enseignants sont contre cette réforme. Malheureusement, certains syndicalistes qui sont coupés de la réalité font croire le contraire. Nous sommes aussi étonnés que le gouvernement ait osé aller à l?encontre des réserves émises par les Nations unies sur cette réforme.»

Touria Prayag, présidente de la Parent-Teacher Association de Sodnac SSS

«Très étonnant. Nous attendons toujours notre réunion avec le ministre de l?Education pour savoir ce qui va se passer pour les cuvées 2003-2006 qui ont été sacrifiées. Il doit nous dire ce qu?il veut faire de nos enfants. La lutte pour nous ne fait que commencer et nous n?allons pas baisser les bras.»

Harris Bachwa, porte-parole de la Fédération des managers des collèges privés

«Nous sommes aussi surpris que tout le monde. Malgré tout ce qui a été dit, le gouvernement décide d?aller de l?avant. Maintenant, nous attendons de voir ce qui va se passer. Nous sommes curieux de savoir quelle sera la réaction du public à la suite de cette décision.»

Ashik Junglee, conseiller technique de la General Purpose Teachers? Union (GPTU)

«Je suis très déçu que la politique ait pris le dessus sur la pédagogie. La solution finale reste dans la rue. Etant donné les circonstances, il valait mieux retourner vers le ranking, au moins c?était plus transparant, même si c?est également un système fort injuste. Reste à savoir si le public saura mesurer l?ampleur et l?impact de cette décision.»

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