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Le droit à l?accès !

28 août 2005, 00:00

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Aujourd?hui tout projet de démocratisation pour assurer l?égalité des chances et d?espérance à tous les citoyens passe aussi par le droit à l?accès aux formidables potentiels qu?offrent les nouvelles technologies par le biais de l?internet. Dans son ouvrage L?âge de l?accès, Jeremy Rifkin, président de la Foundation on Economic Trends à Washington, développe la thèse selon laquelle le rôle de la propriété dans le nouvel ordre mondialisé subit une transformation radicale. Le marché qui est le fondement de la modernité est en train de s?écrouler pour laisser la place aux réseaux, et la notion d?accès de se substituer à celle de propriété.

Dans la nouvelle économie en réseau, plutôt que d?échanger des biens matériels et immatériels, les entreprises en contrôlent et régulent l?accès. Dans cette ère nouvelle, c?est le capital intellectuel qui est le véritable moteur. Ce sont les concepts, les idées, les images et non plus les choses, qui ont une vraie valeur dans la nouvelle économie. Ce sont l?imagination et la créativité humaines et non plus le patrimoine matériel, qui incarnent désormais la richesse. Le monde des entreprises dans de nombreux pays est déjà largement engagé dans cette transition de l?ère de propriété à l?âge de l?accès. Au niveau mondial ? et à l?intérieur des sociétés ? le fossé entre les possédants et les déshérités est immense, mais celui qui sépare les connectés des non connectés est peut-être encore plus grand. Deux civilisations sont en train de se développer côte à côte, celle des habitants privilégiés de l?univers électronique, et celle des majorités pour lesquelles les portes du « cyberspace » restent hermétiquement closes.

La barrière numérique constitue un véritable tournant historique et la question du droit à l?accès comporte une dimension politique sans précédent.

En effet, la nouvelle grande barrière sociologique est celle qui sépare ceux dont les vies seront de plus en plus dépendants du « cyberspace », et ceux qui n?auront jamais accès à l?énorme potentiel de cette nouvelle sphère de l?existence humaine. Aussi, toute stratégie de développement doit intégrer les conséquences de cette révolution culturelle irréversible.

Il semble qu?un des axes structurant la politique touchant aux nouvelles technologies du nouveau gouvernement vise justement à prévenir le digital divide. Après avoir déclaré que « nous allons nous assurer que les projets dans le domaine de Tic soient orientés vers les citoyens », le ministre de la Tic, Étienne Sinatambou, a annoncé que l?internet à haut débit sera gratuit pour les établissements scolaires et les bibliothèques. Rama Sithanen, quant à lui, compte mettre fin au contrôle de MT sur le câble optique SAFE avec la mise en place du National Internet Exchange Point. Et ce afin de promouvoir l?investissement, tout en réduisant les coûts des connexions à haut débit et en démocratisant l?accès.

La préoccupation sociopolitique est centrale dans les réflexions de Jean Suzanne, directeur d?Infinity et conseiller auprès du PM en matière de Tic, quand il déclare : « Mon idée à moi c?était d?utiliser le contexte de la nouvelle économie et positionner le secteur des télécommunications comme un nouveau pilier pour surtout arriver à démocratiser cette économie à travers une action sociale. » Sur la stratégie qu?il entend développer, il avance qu?il « faut des mesures pragmatiques, concrètes » en vue d?un « changement raisonnable en direction du progrès. Un progrès qui sera palpable pour tout le monde, qui profitera à toutes les strates de la population ». Jean Suzanne ambitionne de « développer une action sociale qui vise à redynamiser une couche de la population, celle des défavorisés, et lui redonner des éléments auxquels le système actuel ne lui permet pas d?accéder ».

La politique de Tic a jusqu?ici péché par de sérieux manquements dus à l?absence d?une réflexion stratégique sérieuse s?appuyant sur une connaissance approfondie du secteur, le savoir-faire et l?expérience des professionnels. On a cru qu?il suffisait de construire des bâtiments intelligents et que le reste allait suivre automatiquement. La nouvelle politique qui se dessine se voudrait plus réfléchie, concrète, pragmatique et cohérente. Attendons voir.

Au-delà de faire de la Tic un pilier de l?économie nationale, c?est l?intégration de notre société et de ses citoyens dans le nouveau monde qui est en jeu. La logique de l?accès est désormais la porte ouverte au progrès et c?est elle qui va définir qui seront inclus et qui seront exclus. La démocratisation rimera de plus en plus avec le droit à l?accès au réseau. À tous les acteurs du développement d?en prendre acte et d?agir.

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