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Le dernier rugissement de Museeuw

14 avril 2004, 20:00

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EN perdant Johan Museeuw, qui a disputé hier, à Schoten, sa dernière course professionnelle au GP de l?Escaut, le peloton perd un des meilleurs coureurs de sa génération, celui qui a gagné le plus de courses de Coupe du monde, avec onze succès.

Après avoir tâté du ballon, Museeuw devient professionnel à 22 ans dans l?équipe ADR. Sous la houlette de José de Cauwer, Museeuw va aider Eddy Planckaert à ramener le maillot vert du Tour de France en 1988. Pour sa deuxième année pro, il fera partie de la garde rapprochée de l?Américain Greg Lemond qui remporte le Tour de France 1989.

Mais c?est chez Lotto qu?il laisse libre cours à ses ambitions personnelles. En 1990, il s?adjuge onze victoires, dont deux sprints massifs au Tour de France, à Mont St-Michel et sur les Champs-Élysées. À ce moment-là, Johan Museeuw est un sprinter mais il va bien vite se concentrer sur les classiques. Il remporte sa première épreuve de Coupe du monde à Zurich en 1991, loin de ces monts flamands qu?il va apprendre à dompter.

Déjà lors de sa dernière saison chez Lotto, Museeuw va montrer ses capacités en s?adjugeant le championnat de Belgique à Peers. Et c?est avec les couleurs nationales sur le dos qu?il rejoint Patrick Lefevere, directeur sportif de l?équipe Mapei. À deux ils vont forger le plus beau palmarès des coureurs encore en activité.

En 1993, Museeuw laisse le rôle de sprinter à Mario Cipollini et se consacre aux courses d?un jour. Il forge sa légende en remportant son premier Tour des Flandres. Il part avec Frans Maassen dans la côte de Brakel et le bat au sprint. Il a conquis le peuple flamand. L?année 1993 restera un bon cru avec un Paris-Tours, deux jours en jaune lors du Tour de France et une deuxième place au classement final de la Coupe du monde remportée par l?Italien Maurizio Fondriest.

Johan Museeuw a atteint un palier. Mais en 1994, il va découvrir l?envers de la médaille. Pour un petit centimètre, Museeuw laisse la victoire à Gianni Bugno lors du Tour des Flandres. Dans Paris-Roubaix, il chasse derrière Andrei Tchmil mais s?incline encore. Derrière ces contre-performances, Museeuw reste fort, capable de briller sur tous les terrains comme en témoignent le maillot jaune du Tour de France et sa victoire dans l?Amstel Gold Race.

Il se reprend en 1995. Magistral dans le Mur de Grammont, le lion décroche Fabio Baldato et va cueillir son deuxième Tour des Flandres. Désormais sous les couleurs de Mapei, Museeuw s?imposera une deuxième fois à Zürich et décrochera la Coupe du monde.

Il tombe et frôle l?amputation

L?année 1996 sera le reflet de sa carrière entre sourires et larmes. Il s?inclinera une première fois dans son Tour des Flandres. Mais une semaine plus tard, il s?adjuge sur un plateau Paris-Roubaix. En fin de saison, il ressort le même scénario. Après sa défaite dans Paris-Tours, il s?aligne au départ des championnats du monde de Lugano sans grand espoir tant le parcours semble difficile. Mais Museeuw donne tout et c?est l?apogée : il devient champion du monde.

En 1997, il porte le maillot arc-en-ciel avec dignité mais n?accroche rien à son palmarès. Et les ennuis ne font que commencer. En 1998, il connaît son premier accident. Une semaine après une démonstration dans le Tour des Flandres, où il s?offre une troisième victoire, il chute dans la forêt d?Aremberg. Il tombe dans le coma et frôle l?amputation.

Il se relève mais ne revient cependant pas à son top niveau. Il se bat dans le Tour des Flandres mais finit troisième. Ce n?est qu?en 2000 qu?il retrouve toute sa hargne. Il enlève son deuxième Paris-Roubaix. Celui-là, il ne le devra à personne. Il part seul et enlève l?Enfer du Nord. Mais le drame refait son apparition. Il est victime d?un accident de moto. Il suivra alors un programme de revalidation très lourd et si, en 2001, il est encore trop court, il signera son chef-d'?uvre en 2002. À Paris-Roubaix, il part seul, en force, à 41 km de l?arrivée et signe son plus beau succès.

Pour bien marquer son retour, le grand Johan ira chercher une 11e victoire de Coupe du monde à Hambourg. Il pouvait alors se diriger vers une retraite plus que méritée. Même si le champion aurait bien voulu décrocher un quatrième Paris-Roubaix dimanche, un pneu crevé en a décidé autrement. À 38 ans, Museeuw a démontré qu?il pouvait encore lutter pour la gagne. Et partir en très grand champion...

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