Publicité

Le créole comme langue d?enseignement

2 novembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ledikasyon Pu Travayer a lancé, le mardi 28 octobre, en marge de la Journée internationale créole, son livret Eski guvernman pe tuy Bhojpuri & Kreol ? L?objectif, on l?aura deviné, consiste à convaincre le lecteur de la nécessité et de l?urgence d?introduire le créole comme langue d?enseignement dès la maternelle au tertiaire. L?essentiel du livret est composé du discours de Tove Skutnabb-Kangas, vice-présidente de Terralingua et membre de l?International Academy of Language Law. Le discours fut prononcé à la Municipalité de Port-Louis, en septembre 2002, lors de sa visite à Maurice.

Présenté en deux versions, anglais et créole, il met l?accent sur les mauvaises méthodes d?enseignement et leurs responsabilités quant à l?illéttrisme mondial. Les victimes sont celles qui sont issues de communautés linguistiquement minoritaires ou majoritaires mais linguistiquement dominées. C?est parce que l?enseignement est conduit dans une langue qui leur est étrangère qu?ils sortent du système éducatif en tant que des laissés-pour-compte. C?est pourquoi, Tove Skutnabb-Kangas est d?avis qu?il faut introduire le créole, non seulement comme matière, mais aussi comme langue intermédiaire dans l?enseignement.

Par ailleurs, Tove Skutnabb-Kangas estime que le système éducatif actuel offre une occasion aux langues dites dominantes, comme l?anglais et le français (dans notre cas à Maurice), de ?tuer? les langues inférieures. Durant les cinq derniers siècles, au moins la moitié d?entre elles ont été tuées, affirme Tove. Selon elle, ce sont les langues européennes qui sont les plus habiles à tuer d?autres langues en Europe. Tandis que les autres parties du monde sont riches de langues ? l?Afrique compte, par exemple, 30 % des langues du monde ? l?Europe n?a que 3 %. Les langues européennes vont même jusqu?à éliminer des langues dans d?autres parties du monde.

Conditionnement

Tove pense que les langues ne meurent pas que naturellement. C?est nous qui contribuons souvent à leur élimination en les interdisant dans les écoles. Cela correspond à un génocide linguistique. La Convention des Nations unies stipule qu?il y a génocide linguistique lorsqu?il y a interdiction d?utiliser au quotidien ou à l?école la langue d?un peuple.

Pour sa part, Lindsey Collen, en sa capacité de présidente de Ledikasyon Pu Travayer, a insisté sur l?apport de la ?révolution chomskyenne? dans la connaissance que nous pouvons avoir du langage. Ainsi, il y a selon Noam Chomsky une grammaire universelle sur laquelle reposent toutes les langues. Parce que nous sommes conditionnés par notre patrimoine génétique, nous n?apprenons pas notre langue; elle est innée, inscrite dans notre biologie. Autant l?homme est homogène dans sa biologie, autant l?est-il dans son expression linguistique. La source du langage est donc dans nos gènes. Ainsi, ce ne sont pas les adultes qui apprennent à parler à leurs enfants. Les enfants savent parler; les adultes ne font que les stimuler. Dès qu?ils parlent, les enfants appliquent spontanément des règles de grammaire très complexes qu?on ne leur a jamais enseignées. La langue est donc organique, pas intellectuelle. La capacité d?apprendre une langue n?est pas influencée par le niveau de l?intelligence de l?enfant.

Dans son message, Lindsey Collen a aussi attiré l?attention sur le fait que la langue créole est dans une situation qui nécessite de l?aide de la part de toutes les organisations, institutions et de tous les individus pour sa propre survie. Elle a lancé un appel aux experts en linguistique afin qu?une étude sérieuse soit menée sur la langue créole.

Publicité