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Le Conservatoire ranime le souvenir de Hart

27 août 2006, 00:00

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Un récital de chant et de piano, animé par Véronique Zuel-Bungaroo et Denis Lesage, ressuscitera, cette semaine, le souvenir émouvant et esthétique car poétique de Robert-Edward Hart. Nos deux artistes ont, en effet, le geste filial d?inclure des poèmes de notre poète national au menu de leur concert. Ils se produiront au conservatoire François Mitterrand, à Quatre-Bornes, mercredi à 20 heures, et au Centre culturel d?expression française, rue Chasteauneuf, Curepipe, samedi à 19 heures.

Il n?est pas facile, de nos jours, de pouvoir se rendre acquéreur, en librairie, des poèmes et textes en prose de Robert-Edward Hart. Ses livres, recueils, plaquettes sont épuisés depuis belle lurette. Leurs heureux propriétaires se feraient hacher menu plutôt que de se laisser dépouiller d?un des précieux textes en leur possession de ce Prince des poètes de la mer indienne, titre que lui donne le critique français J. Chaffanjon et qui lui va à merveille.

La revue trilingue (hindi, anglais, français) Indradhanush que dirige le fécond et inlassable Pahlad Ramsurrun, a consacré, en août 2001, un numéro spécial à Hart. Il se peut donc que nos meilleures librairies en possèdent encore quelques exemplaires qui valent, soyez-en assurés, leur pesant d?or. Nul autre que Hart ne pourrait mieux apprécier ces pages où se côtoient les trois langues précitées. L?occasion est aussi excellente de rappeler la belle dédicace ouvrant les Poèmes solaires de Hart et qui se lit ainsi :

À la France de Montaigne de Pascal, de Rimbaud, de Marcel Proust, dont j?essaie d?écrire le langage parfait aux inépuisables délices,

À l?Angleterre de Shakespeare et de Shelley, de qui j?ai traduit avec passion mainte géniale cantilène,

À l?Inde aryenne et védique, inspiratrice de l?âme humaine

À ma mère éblouissante l?île Maurice, qui m?a révélé l?Amour, la Nature, la Beauté, la Présence divine

Je dédie filialement tout mon ?uvre, né de leur tendre fusion dans mon c?ur et dans mon esprit.

Où trouver meilleur prélude à cette imminente résurrection musicale et vocale de Hart qu?en revisitant notre Ile Maurice éblouissante, surtout quand elle est chantée par ce poète sensible et délicat. Et pourquoi ne pas prendre pour guide J. Chaffanjon, professeur au collège de Mostaganem qui est, comme tout le monde le sait, un port algérien que baigne la mer Méditerranée, un port qui regarde l?Europe et la France, comme notre Souillac contemple en pensée et au-delà de l?horizon visible ce pôle Sud ayant tant fasciné l?hôte de la Nef, celui qui observait :

Je n?ai fait qu?en rafia la maison de ma vie

Mais j?ai fait de granit ma maison pour la mort.

Cet extrait de la Cantilène de Madagascar pourrait nous éloigner de l?île éblouissante, servant de mère nourricière et inspiratrice à Hart. Retournons-y, toujours en compagnie de Chaffanjon qui, intelligemment, rappelle quelques exemples de la poésie hartienne avant de l?analyser, de humer la saveur spécifique à chacun des différents ingrédients qui la composent, et de nous donner son avis en fin gourmet de la chose poétique et littéraire qu?il est.

Des hymnes à la vie

Si Maurice est une île éblouissante pour Hart, sa poésie est faite de musique pour Chaffanjon. Il nous dit : « Écoutons la musique qui s?élève » de la poésie de Hart :

La mer retentissante et les plages sonores

Dialoguent comme l?amour et l?amitié

Autour de la forêt vaste où les cocotiers

Tamisent la lumière entre leurs palmes d?or?

La forêt ne saurait cacher l?arbre pour Hart qui aussitôt compare le cocotier tamiseur à un jeune danseur enivré

Enfant végétal qui te joue

Avec le soleil et les nuages

Riche de plus de mains que mille dieux hindous

Moi je n?ai que deux bras pour serrer sur mon c?ur

Ce que j?aime, et les voici

Étroitement refermés sur ton fût

O danseur du soleil et du vent

Chaffanjon s?avoue sensible à cette traînée d?or, aux vers palpitants et chauds, à l?image de la vie de Hart. Il devine la Communion mystique du poète avec la Nature, l?extase qui le lie à la Mère des Hommes, ses frères. Il sait chanter la forêt qui tamise et apprivoise le soleil trop ardent. Mais c?est avec des yeux marins que Hart contemple la plaine, semblable à une mer dont les herbes d?or roux

Ondulent sous le vent comme ondulent les vagues.

On y voit frissonner en larges moires vagues

Les reflets orangés que laissent les remous

Chaffanjon conclut que la grâce du poète est de voir et de faire voir. Il voit d?un ?il inspiré les plus beaux paysages de la Nature mais aussi les moments d?infini de toute existence humaine. De notre dhoby national, il retient l?éblouissement des linges étalés, le réchaud qui rougeoie, la blancheur qui chatoie du linge repassé.

De l?orfèvre, il fait sien le marteau léger comme une plume qui façonne à coups précis des anneaux d?or luisant

Ils chantent sourdement d?antiques mélopées

Et près d?eux, un Padrie aux narines coupées

Mystérieux avec ses formes estompées

Darde de yeux fiévreux sur son rêve épuisant

Chaffanjon met en exergue la joie de vivre de Hart. Chaque vers est un hymne à la vie, magnifique dispensatrice de toutes les joies et de toutes les douleurs.

Il ne nous reste plus qu?à aller écouter Véronique Zuel-Bungaroo. Accom-pagnée au piano par Denis Lesage, elle chantera pour nous quelques-uns des hymnes à la vie de l?inoubliable Robert-Edward Hart. Il ne nous restera plus qu?à communier dans l?écoute afin de devenir à notre tour musicien dépouillé pour qui tout est musique ou poésie : un grillon dans la nuit, le battement du c?ur, le pas de cet enfant sur la route.

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