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Le centre-ville en autobus

9 avril 2004, 20:00

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Combien l?automobiliste devra-t-il payer pour rouler dans la capitale durant les heures de pointe ?

Rien n?a encore été décidé. Gopinath Menon, l?expert singapourien recruté pour nous aider à décongestionner la capitale, n?a pas avancé de chiffres pour Maurice. D?ailleurs, ce n?était pas à lui de le faire. Nous étudions son rapport préliminaire. Nous y réagirons; après quoi il pourra finaliser ses recommandations. Le gouvernement se décidera ensuite.

Le principe d?un péage est bien agréé ?

Le péage n?est qu?une des options proposées par Menon. Nous allons en analyser les implications tout en tenant compte du contexte socio- économique particulier du pays.

Pour le Mauricien moyen, la voiture est un statut-symbole. La proposition vise à l?empêcher d?en jouir à sa guise. Comment pensez-vous qu?il réagira ?

Mal, je présume. Mais nous avons un gros problème sur les bras. La congestion nous empoisonne la vie et a une forte incidence sur l?économie du pays. Entre 7 et 17 heures en jour de semaine, quelque 66 000 véhicules entrent à Port-Louis. En moyenne, plus de 23 000 durant les seules heures de pointes. Nous devrons bien trouver un moyen de gérer ce flot. Notre consultant pense que celui-ci pourrait baisser de 15 % grâce au péage.

Le péage ne sera efficace que s?il est prohibitif. Ce gouvernement l?introduira-t-il d?ici 2005, soit avant les élections générales ?

Comme je viens de le dire, nous sommes en train d?étudier les propositions préliminaires de Menon. Il faut faire attention. La voiture n?est pas un signe de richesse. Elle n?est plus un luxe. Les gens l?utilisent surtout pour des sorties en famille. J?estime que nous devons les encourager à préserver ces valeurs. Je le répète, le péage n?est pas l?unique option disponible.

Quelles sont les autres options proposées ?

Le problème de congestion routière est abordé sous deux angles : la demande et l?offre pour de l?espace routier. Le péage agit sur la demande pour la route à des heures de pointes et à des endroits congestionnés. Les autres mesures incluent la construction de routes alternatives, l?introduction de moyens de transport à plus forte densité de passagers, l?amélioration du service de transport en commun et de la gestion du trafic ainsi que l?exercice d?un contrôle rapproché sur l?espace parking disponible en centre-ville.

Certaines de ces propositions ont déjà été mises à l?épreuve sans grand succès. On pense au parking des Salines.

Cela n?a pas vraiment marché car nous n?avons pas exercé assez de contrôle à l?autre bout, notamment sur les facilités de stationnement dans le centre-ville. Les automobilistes continuent à affluer et les parkings privés se sont multipliés. Cette fois, nous prendrons des mesures d?accompagnement. Nous mettrons le holà à la démultiplication de parkings privés dans le centre-ville. Un espace parking similaire à celui des Salines régira le trafic à l?entrée nord de Port-Louis.

Comment inciterez-vous le cadre, propriétaire d?une voiture personnelle ou de fonction, à prendre l?autobus pour venir travailler ?

J?imagine qu?une certaine résistance psychologique est à prévoir. Mais cela devrait être plus facile de le convaincre avec un service de transport public rehaussé. La preuve, le service Blue Line de la National Transport Corporation marche. Nous comptons encourager ce type d?innovation. Dans un premier temps, nous autoriserons ces autobus à entrer dans le centre-ville jusqu?à la rue Sir William Newton. Un arrêt y sera aménagé. Les réfractaires auront toujours la possibilité de prendre leur voiture.

Plus d?autobus dans le centre-ville, cela n?empirerait-il pas la congestion ?

Pas s?il y a une baisse dans le nombre de voitures entrant en ville. Nous allons de surcroît veiller à ce que les bus venant des Plaines-Wilhems entrent en ville avec un maximum de passagers. Ceux qui entrent par la rue Moka devront s?arrêter à un relais à Coromandel pour prendre les passagers des bus roulant presque à vide. Sur la nationale, une voie spéciale sera réservée aux autobus durant les heures de pointes. Plus probablement, ils n?auront plus à emprunter la bretelle de Bell-Village. Cela devrait améliorer leur temps d?entrée dans la ville.

Les autobus sont vétustes et inconfortables. Les opérateurs se plaignent de problèmes de trésorerie. Investiront-ils dans ces conditions ?

Nous avons préparé un plan d?action à leur intention. Nous engagerons prochainement les discussions autour du package d?incitations que nous comptons leur proposer. Les compagnies d?autobus sont dans une situation catastrophique, j?en suis conscient. La récente hausse dans les prix du carburant n?a pas aidé. Le transport est un service essentiel et emploie quelque 10 000 personnes. Il est du devoir du gouvernement de le préserver de la banqueroute, d?où l?engagement du Premier ministre, Paul Bérenger, de protéger l?emploi dans ce secteur.

Doit-on s?attendre à une hausse du ticket d?autobus ?

Je ne le pense pas. Les opérateurs doivent réaliser qu?à terme, les hausses de prix pourraient leur rendre un mauvais service. Nos incitations visent essentiellement à moderniser la flotte et à améliorer le service. J?ai déjà dit, par exemple, que nous encouragerons le service executive. Le pays se modernise, notamment avec la création de la cybercité. Une flotte vieillotte, avec des véhicules âgés de 16 à 17 ans, fait tache. De surcroît, elle n?offre pas des conditions de sécurité optimale, ni au personnel ni aux voyageurs.

Où en êtes-vous avec le projet de route circulaire ?

Nous sommes enfin prêts à lancer l?appel d?offres pour la construction. Tous les gouvernements évoquent la nécessité de cette route mais reculent quand il faut passer à l?action. Entre-temps, les coûts augmentent et il arrivera un moment où nous ne pourrons plus nous le permettre. Estimée à Rs 1,5 milliard en 1995, la construction de cette route demanderait aujourd?hui Rs 3,8 milliards !

Si tout le monde est d?accord sur la nécessité de construire cette route, pourquoi ce retard ?

Les circonstances, le coût élevé, les squatters? En 1995, nous avions pu réunir toutes les conditions pour démarrer. Le plus difficile était de bouger les squatters, mais nous étions déterminés. Malheureusement, le gouvernement n?a pu terminer son mandat. Le gouvernement suivant a pris le dossier en 1998. Il y avait eu un glissement de terrain et il fallait modifier le tracé. Les études techniques pour ce type de projet prennent du temps. Et l?Etat ne possède pas tous les terrains.

Pouvez-vous déjà avancer une échéance ?

Non, car nous devons encore décider où investir en premier : le métro léger, un pont sur la rade ou la route périphérique. Nous sommes sur le point de recruter un administrateur de projet pour le métro léger. Il préparera les appels d?offres, notamment pour les études détaillées. Ce sera encore lui qui travaillera sur la tarification.

Quel sera le choix probable ?

Plus probablement le métro léger et la route circulaire, cette dernière ayant priorité. Mais il faut encore chercher le financement pour ces projets. Ce n?est pas donné. Nous allons devoir emprunter sur trois ans pour la route.

Ensemble, le métro léger et la route circulaire mobiliseront bien Rs 10 milliards. Le pays peut-il soutenir cette dépense ?

Il faudra trouver des formules de financement. Pour ma part, je suis avant tout un homme pratique. Je préfère me concentrer sur le court terme. J?essaie encore de trouver le financement pour la route Malenga-La Laura (Rs 250 millions) qui permettra de contourner Port-Louis. Je songe au transfert des entrepôts de la rue La Reine vers Riche-Terre, par exemple. Je pense proposer la construction de bretelles « flyovers » comme alternatives moins coûteuses pour améliorer la capacité routière. Et quand les courses hippiques se tiendront hors de la ville et Ebène se sera développé en un nouveau pôle d?affaires, je pense que la capitale respirera enfin mieux. Et nous aussi.

« Le péage n?est qu?une des options proposées. Nous tiendrons compte du contexte socio-économique du pays. L?expert singapourien pense que le péage pourrait réduire la congestion routière de 15 % en heures de pointe. »

« Nous devons encore décider où investir en premier : le métro léger, un pont sur la rade ou une route périphérique. Mais il faut encore chercher le financement. »

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