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L?autonomie sacrifiée

30 juillet 2006, 00:00

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La crise rodriguaise est unique en enseignements. Elle provoque un imbroglio politico-juridique sans précédent. C?est la première fois que l?île Rodrigues se retrouve sans conseil exécutif, sans « gouvernement régional », sans opposition. Et l?île « autonome », devenue orpheline, se retrouve suspendue à la décision du président de la République?

Un paradoxe pour Rodrigues qu?on a souvent, ces dernières années, considéré comme un exemple à suivre sur le plan de la réforme électorale.

Le premier à se plaindre aujourd?hui du « Rodrigues Regional Assembly Act de 2001 » n?est nul autre que Serge Clair, figure de proue d?une Rodrigues désirant déployer ses propres ailes pour échapper progressivement au « joug mauricien ». Mais ironie du sort : c?est à Maurice que le chef commissaire est venu, mercredi soir, en catastrophe, pour tenter de sauver sa peau. À sir Anerood Jugnauth et à Navin Ramgoolam, il s?est présenté comme une victime de la proportionnelle.

Il est vrai que la marge entre l?OPR et le MR s?est considérablement resserrée après l?application de la dose proportionnelle ; l?écart de sièges passant de huit contre quatre à dix contre huit. Et dès lors, plus d?un avaient prédit qu?avec cette mince majorité, Serge Clair serait à la tête d?un pouvoir pouvant basculer à tout moment.

Cela s?est avéré quatre ans après. Et le leader de l?OPR, s?estimant invincible, y a beaucoup contribué.

Ainsi il aura suffi que Robertson Mercure et Marie Lindsey Castel délaissent le parti de Serge Clair pour provoquer la chute de celui-ci. Les dessous de cette double démission relèvent du cynisme politique. Las d?être humiliés en public par leur chef, ils ont tout simplement « crossed the floor », faisant pencher la balance du côté du « Minority Leader ». Leur « move » est peut-être immoral mais pas illégal.

En voulant à son tour éviter d?être humilié par la motion de blâme, Serge Clair, conscient qu?il n?a aucun soutien de Maurice ? même Paul Bérenger l?a lâché ! ? aurait tenté, lors de la fatidique journée de vendredi, de faire revenir au bercail celle-là même qui doit sa place au sein de l?Assemblée régionale grâce à la « Party List » de l?OPR : Marie-Lindsey Castel.

Ce qui aurait provoqué un « deadlock » (neuf contre neuf) à l?Assemblée régionale ; dans lequel cas le président de cette instance, Joseph Chen Lye Lamvohee, aurait eu à faire usage de son « casting vote ». C?est sur la base de cette éventuelle donne que Serge Clair, pour ne pas déplaire au gouvernement central, avait envisagé, vendredi matin alors qu?il était encore à Maurice, de se rendre à l?Assemblée régionale, pour affronter la motion de blâme et ainsi « respecter démocratiquement les procédures ».

Mais le vieux renard politique qu?est Serge Clair, dès son retour tardif à Rodrigues ce vendredi, a réalisé que Mme Castel était de mèche avec le MR et qu?elle se laissait volontiers approcher pour mieux attirer l?OPR dans le piège et qu?une fois, à l?intérieur de l?Assemblée régionale, celui-ci allait se refermer sur l?ancienne majorité. Le renard, ayant flairé ce danger, a alors fait parvenir les huit lettres de démission peu avant 14 heures, déjouant le plan concocté par le MR. Serge Clair a choisi d?abdiquer de son « propre chef », dans la « dignité ».

Il n?avait pas tort politiquement de battre en retrait puisque la transfuge Marie-Lindsey Castel, sans gêne, était bel et bien présente aux côtés de Von Mally et de Roussety pour célébrer l?après-Clair devant leur petite foule de partisans. Classée première sur la liste de l?OPR, dans un souci de représentation féminine, cette dame doit désormais s?attendre à être nommée commissaire de la nouvelle majorité. Une « récompense » pour celle qui se félicite d?avoir fait ce que « les hommes n?ont pu faire jusqu?ici », c?est-à-dire faire partir Serge Clair.

Mais ce jeu politicien fait de Rodrigues une victime, alors même que la conjoncture économique et sociale n?y est guère réjouissante. Malgré ses dix élus, le conseil exécutif est caduc valeur du jour. En attendant l?élection de Johnson Roussety, et de son adjoint, vendredi prochain, il y a un vide à la tête du pays. Et pour remplir les vacances des huit démissionnaires de l?OPR, il faut organiser des partielles dans quatre arrondissements dans un délai de trois mois. Encore une campagne électorale qui va diviser et secouer l?île. Dans ce cas de figure, un autre dilemme se profile. Des huit démissionnaires de l?OPR, l?un, en l?occurrence Jacques Pierre-Louis, a été désigné selon la proportionnelle à partir de la « Party List » de l?OPR. Et techniquement, c?est un autre membre de ce parti ? qui a choisi de ne plus être présent à l?Assemblée régionale ? qui devrait être nommé? Un contresens.

L?autre possibilité, c?est que l?Assemblée régionale soit dissoute après l?élection du nouveau commissaire et de son adjoint. Ceux-ci agiront comme « caretaker committee » en attendant les élections générales anticipées.

En attendant, orpheline, l?île Rodrigues se prépare à ces deux scénarios : pile, elle vit à l?heure des partielles et face à celle des consultations générales. Dans les deux cas, c?est l?autonomie qui sort perdante, sacrifiée sur l?autel des politiciens et de leurs basses querelles personnelles. Et c?est toute la république qui prend un sale coup.

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