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L?Atelier Pierre Poivre joue Molière

29 août 2005, 00:00

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Rowin Narraïdoo et ses comédiens du Théâtre de l?Atelier Pierre Poivre monteront dès demain sur les planches, au théâtre de Port-Louis, pour mettre au goût du jour trois pièces classiques de Molière : Le Malade imaginaire, Tartuffe et Les Femmes savantes. Il ne s?agira pas de jouer successivement les trois pièces, mais de donner, sous le titre Molière la trilogie, une représentation des extraits qui composent une variation autour d?un des plus vieux thèmes du monde : l?amour.

Le rideau restera levé pendant deux bonnes heures, les acteurs ne quitteront pas la scène et la lumière ne s?éteindra pas avant la dernière tirade. ?C?est une grande pièce avec lumière continue?, nous confirme, dans son costume d?Argan, le metteur en scène, Rowin Narraïdoo.

La majorité des séquences est tirée du Malade imaginaire et des Femmes savantes alors que seulement trois scènes proviennent de Tartuffe. ?La suite entre les différentes scènes n?est pas textuelle, mais elle est au niveau de la mise en scène?, explique-t-il. C?est pourquoi le décor sera très varié et coloré. On placera même une photographie de Molière au fond de la scène pour créer l?atmosphère escomptée.

En somme, Rowin Narraïdoo n?a pas hésité à prendre la liberté nécessaire pour la mise en scène et la réalisation. Ainsi, les coulisses seront vivantes et non isolées de la scène. Après leurs tirades, les acteurs (si l?on excepte Emilie Huet ? dans le rôle de Toinette, Dorine et Martine, les trois servantes dans les trois pièces ? qui y restera pendant les deux heures intégrales), ne se retireront pas de la scène.

Ils y resteront pour se changer ou se démaquiller sous le regard des spectateurs mais à l?arrière plan. Autant dire qu?avec notre metteur en scène, le back-stage est vite on stage ! Sa liberté va même au-delà. Il ne se gêne pas, quand c?est important, de modifier, non seulement pendant la répétition, mais aussi à la dernière minute, voire même lors de la représentation finale, certains détails qui semblent selon lui nuire à la mise en scène ou au jeu de ses acteurs.

Adapter, moderniser mais aussi délocaliser le théâtre. C?est là une philosophie qui l?autorise à revoir les pièces classiques sous un nouvel angle. L?objectif est donc de ?mauricianiser? le théâtre de Molière dans un esprit de francophonie sans toutefois perdre l?essentiel de son originalité.

De ce fait, il a choisi de ne pas trop mettre l?emphase sur l?accent typiquement français lors des exercices de diction. Les accents seront donc mauriciens, voire régionaux. Prendre l?accent des Français du XVIIe siècle pour jouer une pièce de Molière ne relève plus, du moins ici et selon le metteur en scène, d?une exigence théâtrale. ?De même, les tenues vestimentaires obéiront à la mode locale et contemporaine?, nous confirme Rowin.

?Des scènes intimes, voire osées?

Au risque de frôler l?anachronisme, on verra ainsi sur scène un sari et un shairvany parmi les costumes des acteurs. Quoi qu?il en soit, la trilogie brisera, en quelque sorte, le classicisme du théâtre moliéresque. Par ailleurs, s?il a choisi Molière, c?est surtout, comme il l?explique avec insistance, ?avec lui, il y a plus de perspective et de liberté ? et c?est aussi parce que ?les pièces de Molière ont su traverser le temps. C?est du théâtre.?

L?autre originalité de cette mise en scène, c?est la volonté de défier les m?urs mauriciennes. Car ?mauricianiser? ne veut pas dire tout prendre pour argent comptant. A travers ces trois pièces classiques, Rowin Narraïdoo cherche à exploiter un thème universel. Mais ce thème est ici traité dans sa confrontation aux m?urs de la population mauricienne. Quelle peut être la réaction des spectateurs mauriciens devant une scène de viol au théâtre ? On le saura assez tôt.

Mais pour l?instant, il importe de savoir que la plus grande difficulté est du côté des acteurs qui auront pour mission de jouer demain cette fameuse scène devant un public encore imprévisible. Ils ont aussi leurs propres contraintes morales. ?Il a fallu exploiter la complicité des acteurs pour la réalisation des scènes intimes, osées, comme celle du viol?, nous affirme Rowin. Enfin, pour l?heure, on laissera au public le choix du jugement quand se lèvera demain le rideau.

Retrouvez les comédiens du Théâtre de l?Atelier Pierre Poivre dans leur(s) rôle(s) préféré(s) : Emilie Huet (Toinette, Dorine et Martine), Jany Jhugroo-Narraidoo (Bélise), Jayabharti Khadun (Mariane et Henriette), Jason Latreille (Thomas Diafoirus et Philaminte), Joel Latreille (Cléante, Valère et Clitandre), Amreen Musbally (Angélique), Nurveen Ratty (Monsieur Diafoirus, Tartuffe, et Ariste) Tacouri Bulram (Béralde, Orgon et Chrysale) Veenela Veerasamy (Béline, Elmire et Armande) et Rowin Narraïdoo lui-même (Argan).

Au théâtre de Port-Louis, du 30 août au 2 septembre, à 10 heures et 13 heures, vendredi 2 septembre à 20 heures, Molière la trilogie, par les comédiens du Théâtre de l?Atelier Pierre Poivre, d?après une mise en scène de Rowin Narraïdoo.

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