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L?Angleterre et les autres

13 février 2004, 20:00

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Amoureux du rugby, accrochez-vous, le spectacle va enfin commencer. L?heure des Six Nations a sonné. Débuts des hostilités ce soir avec, au programme, deux matches à vous couper le souffle. D?abord l?alléchant derby Galles-Ecosse, deux pays à la recherche de leur gloire passée. Ensuite le choc des cultures France-Irlande, un classique.

Et l?Angleterre dans tout ça ? Le Quinze de la Rose, fraîchement auréolé du titre mondial, n?entrera en action que demain, à Rome, face à une équipe italienne largement à sa portée. Sur papier, c?est même le duel le plus déséquilibré du tournoi. Sur papier, vous avez bien lu. Ce serait, en effet, faire injure à la glorieuse incertitude du sport que de condamner d?avance les transalpins. N?avaient-ils pas, l?année dernière, surpris toute la planète rugby en domptant d?entrée les Gallois 30-22 au terme d?un match qui, quoiqu?on dise, restera dans les annales des Six Nations ?

Quand la Rose fait peur

Incertitude du sport ou pas, un fait demeure. A l?heure de prendre les paris, il ne se trouve pas un seul spécialiste de l?ovalie pour oser miser un sou contre l?Angleterre. Ce qui a fait dire à Mitch Philips, journaliste de rugby attaché à l?Associated Press, que jamais l?issue d?un tournoi n?avait à ce point paru décidée d?avance.

C?est que le Quinze de la Rose, voyez-vous, est devenu un mythe. Première nation de l?hémisphère Nord à conquérir le monde, l?Angleterre impose le respect, suscite la peur. Depuis que le désormais charismatique Clive Woodward a été nommé à sa tête en 1997, elle n?a eu de cesse d?accumuler les victoires. Les statistiques sont d?ailleurs affolantes : quarante-sept matches, quarante-deux victoires, rien que ça.

Auteur d?un grand chelem inoubliable en 2003, quand elle domina tour à tour la France 25-17, le Pays de Galles 26-9, l?Italie 40-5, l?Ecosse 40-9 et l?Irlande 42-6, l?Angleterre version 21e siècle a encore des défis à relever si elle veut s?inscrire dans la durée.

Clive Woodward l?a dit : conquérir le monde, c?est bien, encore faut-il rester maître chez soi. Et, chez soi, en la conjoncture, c?est cette bonne vieille Europe. C?est dire l?enjeu qui attend les Anglais à l?occasion de ces Six Nations 2004 est énorme.

Une question se pose : le Quinze de la Rose peut-il être piégé ? La réponse est oui. Bien évidemment. Et pour plusieurs raisons.

D?abord parce que le tenant abordera la compétition orpheline de sa nouvelle star, son buteur et son ouvreur émérite, le bien nommé Jonny Wilkinson, opéré mercredi. Au contraire d?un Catt, discret dans la vie mais ô combien efficace sur le terrain, Wilko ne pèse pas forcément lourd dans le jeu. Mais son coup de patte est meurtrier. Qui ne se souvient pas de son drop majestueux contre l?Australie en finale de la Coupe du monde alors que les prolongations se mouraient ? Un drop qui finira un jour ou l?autre par figurer dans les manuels d?histoire de la grande Angleterre. Lors du Grand Chelem 2003, Wilkinson avait inscrit 77 points en six matches. C?est dire que le Quinze de la Rose n?aurait pas connu le même cheminement sans lui.

Johnson à la retraite

Il n?y a pas que Wilkinson qui manquera à l?appel. Le capitaine courage Martin Johnson a choisi de partir à la retraite. Il laisse un vide que Lawrence Dallaglio, son successeur, aura du mal à combler. Pas forcément sur le terrain, mais dans les vestiaires, à l?hôtel, à table. C?est qu?un match de rugby commence toujours bien avant l?heure.

Si danger il y a pour les Anglais, il viendra très certainement du Quinze de France, capable, sur un match, de battre n?importe quel adversaire, à commencer par la royale Angleterre de sa majesté la reine. Et ce n?est pas le souvenir d?une demi-finale de Coupe du monde ratée qui nous fera penser le contraire. A bien voir, le 24-7 concédé à Jonny Wilkinson et sa bande en terre australienne pourrait avoir l?effet inverse et pousser les tricolores à sortir le grand jeu quatre-vingt minutes durant.

A chaque match sa vérité et le France-Angleterre qui enivra Paris le 27 mars prochain, en clôture du tournoi, pourrait très bien marquer le début d?une nouvelle ère.

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