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L?Allemand Peter Stein dissèque les langues parlées à Maurice

26 février 2008, 00:00

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Fin février 1983, le Dr Jean Georges Prosper résume, à l?intention des lecteurs de l?express, la thèse de doctorat de l?Allemand Peter Stein sur la «connaissance et l?emploi des langues à l?île Maurice». Il a, à cette date, environ 35 ans. Il poursuit ses études de lettres à l?université d?Aix-en-Provence mais également à celles de Marburg et de Regensburg. Il jette son dévolu sur des études sociolinguistiques dans une société multiraciale mais aussi sur le parler créole. En 1972, il soumet un mémoire sur «les études sur le parler créole de l?île Maurice... compte rendu de cent ans de recherches (1870-1970)». Il effectue une première visite à Maurice en 1973. Il y observe le «pentalinguisme» des ruraux d?origine indienne, comprenant et utilisant l?hindi, le bhojpuri, le créole, le français, l?anglais, et le choix des langues (créole, français, anglais) dans un club de jeunes au Port-Louis.

En 1975, l?université de Marburg lui accorde une bourse, lui permettant un séjour de six mois à Maurice. Il accumule les observations et les expériences. Il recueille 720 réponses à des questionnaires sociolinguistiques, 74 enregistrements en créole, français, anglais, des spécimens des diverses autres langues parlées à Maurice. Au total, une quarantaine d?heure d?enregistrements. La table des matières de sa thèse de doctorat comprend 400 titres et sous-titres. Il présente Maurice comme un cas extrême de plurilinguisme et souligne que le créole est la seule langue parlée et comprise par tous les Mauriciens.

Dans sa thèse, Peter Stein définit le terme créole en linguistique. Il distingue le créole des pidgins, que ces langues soient à base portugaise, anglaise, française ou hollandaise. Il rappelle l?existence, en 1975, de sept millions de créolophones (à base de la langue française). Ils se répartissent notamment en Louisiane, à la Guyane, à Haïti, aux Antilles dont la Guadeloupe, la Martinique, la Dominique, Sainte-Lucie, à La Réunion, à Rodrigues, aux Seychelles et à Maurice.

Il évoque, bien sûr, les problèmes de standardisation du créole même s?il est accepté comme langue à part entière. Il se réfère notamment à Albert Valdram, ayant étudié le créole haïtien. Il étudie les phénomènes de bilinguisme, comptant comme les traits distinctifs des sociétés créolophones. Il fait un tour d?horizon de celles-ci, en s?inspirant des travaux de plusieurs chercheurs dont Chaudenson et Baker.

Peter Stein procède ensuite à la rédaction d?une «Histoire linguistique de l?île Maurice». A propos des travailleurs agricoles, engagés en Inde pour se mettre au service de l?industrie sucrière mauricienne, il note que ceux, s?embarquant à Calcutta (la majorité d?entre eux) parlent davantage le bhojpuri que l?hindi. Ceux de Madras parlent le tamil ou le télégou et ceux de Bombay le marathi. Les négociants, venant de Gujerat, musulmans ou hindous, parlent le gujrati ou le kutchi. Les immigrants d?origine chinoise viennent généralement du sud de la Chine et plus particulièrement de la province de Kwantung. Ils parlent le hakka ou le cantonais. Il est de plus en plus question, à Maurice, du mandarin qui est une langue du nord de la Chine mais en passe de devenir la langue principale de la République populaire de Chine. A propos des travailleurs agricoles immigrés, Stein parle d?abondance des observations de Benedict Burton : Indians in a plural society (1961).

Peter Stein pousse la curiosité intellectuelle à s?intéresser également aux religions pratiquées à Maurice, de la correlation entre langues et religions, des mass medias. Les controverses commencent naturellement quand il s?agit de réglementer la question du médium d?enseignement à l?école et dans les différentes classes. Peter Stein conclut logiquement que le choix du créole comme médium d?enseignement est indispensable dans le cycle primaire. Il fait état que le bhojpuri est désavantagé par rapport à l?hindi ou l?ourdou car cette langue est considérée par beaucoup comme un dialecte. Il cite Somdath Bhuckory : Bhojpuri is to Hindi what creole is to French. De l?anglais, il dira que cette langue doit son importance à sa neutralité. Importance mais usage limité.

Peter Stein se dit redevable aux recherches de ses prédécesseurs dont Charles Baissac, Savinien Mérédac, Roland Kiamtia (auteur d?une dissertation de 450 pages sur le créole, méritant d?être publiée), Dev Virahsawmy, Vinesh Hookoomsingh, Ramesh Ramdoyal. Il note que Virahsawmy est en faveur de l?étude du créole et de l?anglais dans les premières classes du cycle primaire. Hookoomsingh plaide en faveur du créole et du français. Virahsawmy a étudié à Edimbourg et Hookoomsingh à Aix en Provence. Ceci peut expliquer cela.

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