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La vraie bataille

15 juillet 2007, 00:00

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Le coût de la vie, Ségolène Royal en avait fait l?un de ses thèmes de campagne, appelant, à la faveur de débats participatifs, l?électorat français à dresser « 100 propositions pour combattre la vie chère ». Thème porteur politiquement du fait de la position centrale, dans le débat public, des prix des biens de grande consommation, cette guerre est-elle pour autant réaliste ? Nos associations de consommateurs, qui reprennent ces jours-ci l?invitation au combat, déplorant l?absence de mesures initiées par le gouvernement dans ce sens, y croient-elles ? Le fait est que ni les Français ni les autres n?ont la moindre idée de ce que serait la stratégie gagnante dans cette bataille. En réalité, elle est vaine si elle ne se livre qu?au seul niveau des prix.

Il faut d?abord relativiser cette notion de « vie chère ». La vie est parfois chère, parce que dans bien des cas nous avons choisi ou saisi l?occasion de vivre autrement. L?argument ne tient certes pas pour tous : la hausse du coût de la vie affecte cruellement une large part de la population ; un Mauricien sur deux, on le sait, vit avec moins de Rs 10 000 par mois. Mais ce ne sont pas toujours ceux qui se plaignent le plus fort qui sont les plus mal lotis. On ne prend pas toujours en considération, l?impact, sur les dépenses, de nos comportements nouveaux.

Pour une part de cette population que l?on entend grogner, la structure des dépenses a changé.

Sans toujours en être conscients, nous achetons de plus en plus de ces produits et services dont les prix augmentent fortement. Nous n?avions pas hier, par exemple, de dépenses de communication mobile dans nos budgets ou de dettes pour des biens d?équipement tels que le matériel informatique ou la voiture. Tous les foyers ne cherchaient pas, hier, à être propriétaires ou à vivre éloignés de leurs familles. Ces dépenses sont autant de frais fixes qui contraignent dès le début de mois la marge de man?uvre pour les dépenses courantes. À cela s?ajoute le fait que l?extension des offres sur le marché a incité le mouvement bien naturel vers des produits plus onéreux.

Ce n?est pas là un jugement mais un constat de l?évolution des modes de vie. L?envie de consommation, le besoin de sécurité sont plus importants. C?est parce que le contexte est ainsi, que la pression des hausses de prix impose des difficultés aux familles à revenus moyens et entraîne des drames pour les ouvriers et les chômeurs. Que faire alors ? Demander au gouvernement d?alléger encore le poids des dépenses fixes dans nos budgets de ménage ? Il a déjà fait ce qu?il pouvait. Proposer un accord entre l?État et les distributeurs et industriels, comme ce ministre européen de l?Économie l?a fait il y a trois ans, réduisant les prix des produits de marque de 2 % ? Nous n?avons pas, nous, ce pouvoir de négociation avec les producteurs, majoritaires étrangers. Et puis, qu?est-ce que 2 %?

La guerre contre les prix n?aura sans doute pas lieu. Avant de tomber sur l?idée géniale qui soulagera les foyers sans bouleverser ni les finances de l?État ni le fonctionnement des marchés, les associations de consommateurs devront se lever tôt. Ce qui ne veut pas dire qu?il faut subir passivement. Le ministre Abu Kasenally n?a raison qu?à moitié quand il déclare « We are helpless, we have no alternative but to ride the waves » face à l?augmentation du prix du pétrole. S?ils ne peuvent rien contre les prix, les dirigeants restent responsables de mettre en ?uvre les mécanismes qui permettront à la population de ne pas prendre la vague de plein fouet.

Il n?y a pas mille mesures. Face à la hausse des prix, le gouvernement doit accélérer ses actions de réforme. La croissance doit être plus rapide que le rythme auquel le coût de la vie augmente. La mise en place des conditions de cette croissance doit être suivie de près, de manière à ce qu?elle ne soit pas retardée par d?inutiles obstacles bureaucratiques, des conflits internes, de la mauvaise foi. C?est notre grande faiblesse, nos investisseurs continuent de s?en plaindre. L?autre mesure est d?introduire une fois pour toutes la Commission de la concurrence. Cette autorité, dont la mission sera de veiller au bien-être des consommateurs, garantira une variété, la plus large possible, de biens et services à des prix compétitifs. Tous n?y gagneront pas, il restera des vulnérables à sauver, mais la frustration reculera.

S?il y a une manière de réagir face à l?inquiétude de la population, s?il y a une manière de lui rendre le goût de l?avenir, c?est bien en redoublant d?effort dans la réalisation de la vision. La bataille, en somme, c?est contre eux-mêmes que les dirigeants doivent la mener.

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