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La télé belge tétanise le pays en annonçant la fin du royaume

18 décembre 2006, 00:00

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Une émission de politique-fiction diffusée, récemment, par la Radio-télévision belge francophone (RTBF) a suscité un tollé politique et une grande émotion dans le pays. La chaîne publique a interrompu ses programmes vers 20 h 20 pour diffuser, durant une centaine de minutes, une fausse émission spéciale d?information évoquant la fin de l?Etat belge après la proclamation unilatérale, par le parlement régional flamand, de l?indépendance de la Flandre.

Des figures bien connues du grand public, dont le présentateur attitré du journal télévisé, semblaient assumer leur rôle habituel en évoquant ?une crise majeure au sommet de l?Etat?, la fuite du couple royal vers Kinshasa - la capitale de l?ex-Congo belge ? ou des scènes de liesse à Anvers. Un directeur de l?information ponctuait l?émission de commentaires apparemment sérieux sur le coup de force des partis flamands.

Une grande partie du public n?avait visiblement pas lu la mention ?ceci n? est peut-être pas une fiction? apparue un très bref instant avant le lancement de l?émission. Toutes les rédactions ont été immédiatement assaillies d?innombrables messages, des coups de téléphone ont été échangés partout et des réactions de colère, d?incompréhension ou de tristesse ont été enregistrées en divers endroits. Divers témoignages évoquent des personnes âgées qui ont fondu en larmes ou des enfants inquiets interpellant leurs parents.

L?information a semblé d?autant plus crédible à beaucoup qu?elle était appuyée par les commentaires de diverses personnalités politiques mises dans la confidence et qui avaient accepté d?enregistrer de fausses réactions. Des directs simulés avaient été organisés devant le palais royal et le siège du parlement flamand, où s?étaient massés des manifestants en liesse ? en fait, des figurants. Des reportages montraient des trains forcés de s?arrêter à la frontière du nouvel Etat, d?autres, plus sérieux, évoquaient les conséquences concrètes d?une scission du pays, dont une forte baisse du niveau de vie en Wallonie et le nécessaire partage de la dette publique ? 300 milliards d?euros ? entre Flamands et francophones.

Apparemment exigée par les autorités de tutelle de la RTBF, la mention ?ceci est une fiction? est apparue sur les écrans au bout d?une demi-heure. Les journalistes ont toutefois poursuivi l?émission jusqu?à son terme et expliqué, tout à la fin, qu?ils avaient voulu ?prendre des risques? pour évoquer les conséquences concrètes de l?éclatement du pays, souvent évoqué en Flandre. Jean-Paul Philippot, l?administrateur-général de la RTBF, soulignait qu?un intense débat interne avait eu lieu pendant deux ans avant que soit prise la décision de diffuser une telle émission.

Jeudi, M. Philippot estimait que ?l?impact de l?émission a été plus grand que prévu?, ce qui indique, selon lui, la forte composante émotionnelle des questions institutionnelles en Belgique. Présentant ses excuses ?à ceux qui ont vécu ce moment comme bouleversant?, il promet de s?interroger dès lors sur la forme utilisée et souligne qu?elle ne deviendra pas ?un système? pour la RTBF.

Benoit Grevisse, professeur à l?Ecole de journalisme de Louvain-la-Neuve, juge que le procédé utilisé était ?trompeur et ambigu? et cadre mal avec les missions du service public. François Henderickx, sociologue des médias, estime que si un débat a effectivement été lancé, il porte sur les méthodes de la RTBF et pas sur le séparatisme.

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