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La part des choses
Il a beaucoup été question cette semaine de la relation entre le gouvernement et le secteur privé. En public, les deux parties mettent l?accent sur la bonne entente qui existerait entre elles. Mais on se souvient que, depuis son installation, le gouvernement, à certains intervalles, a eu des rencontres avec le secteur privé.
Qu?à la fin de chacune de ces réunions, des éléments revenaient comme des constantes. D?une part, le gouvernement regrettait que l?investissement du privé n?était pas significatif. D?autre part, le secteur privé se plaignait du Moloch administratif. Sans doute, les deux parties ont raison dans ce qu?elles avancent, mais force est de constater qu?il n?y a pas eu de variations conséquentes dans leurs discours. Est-ce à dire que c?est à un dialogue de sourds auquel on assiste ?
Dans un monde où l?homme est pensé à partir de l?économie, élément cardinal de la philosophie libérale, cette dernière est devenue l?alpha et l?oméga de toute l?organisation de la vie sociale.
C?est dans ce monde que triomphent les principes de l?austérité et du sacrifice. Car les gouvernants identifient difficilement d?autres moyens pour renforcer le nouveau saint : l?économie. Or celle-ci, dans son fonctionnement logique, est faite de règles et de complexités qui dépassent l?entendement primaire. Toutefois, dans son fondement, le pouvoir économique est associé historiquement et socialement, peu importe la société dans laquelle on se trouve, à une classe ou catégorie d?individus.
Aucune communauté d?affaires n?échappe aux stigmates et aux critiques, et encore moins lorsqu?elle participe d?une société anciennement colonisée. Depuis quelque temps à Maurice, la critique de cette communauté s?oriente de plus en plus dans cette direction.
Sur le plan politique, c?est un fait qu?en assimilant Paul Bérenger à la classe des possédants, l?opposition entend en tirer un capital politique. Malgré le simplisme de sa démarche, l?opposition ne semble pas douter de son efficacité. Les arguments avancés en ce sens sont surtout répandus dans les régions rurales et l?île Maurice urbaine se pose la question de savoir à quel point ils accrochent réellement. Dans ce processus, l?opposition ne fait l?économie d?aucun discours qui stigmatise le secteur privé, présenté comme la cause de tous les malheurs.
Du côté du gouvernement, on note une attitude critique vis-à-vis du secteur privé. Sans des efforts de celui-ci, les gouvernants sont conscients que l?économie en souffrira. Mais ils sont tenus, d?un point de vue politico-électoral, de développer une attitude critique. D?où une certaine ambivalence. À certains moments, le secteur privé est félicité pour certaines actions. En d?autres, on lui reproche ses déficits en termes de sens d?initiative.
Le tableau n?est pas sombre, mais il n?augure pas que de belles choses. Depuis trois ans, le gouvernement a créé la perception que c?est l?État qui est le moteur du gouvernement. Un État qui, dans sa grande ambition, demeure tutélaire et, dans ses moments d?humilité, est davantage facilitateur. Il n?y pas de paradoxe mais des forces en présence qui se signalent par leurs électricités contraires. C?est la raison pour laquelle tout le vade mecum de propositions émises jusqu?ici n?a pas toujours abouti sur du concret. Ce n?est pas tant qu?il n?y a pas de bonnes volontés qu?une absence de conditions objectives permettant une réelle synergie.
Mais le temps presse. Des clignotants s?allument de tous les côtés. Les considérations autres que celles qui reposent sur la rationalité économique pourraient mettre en panne la machinerie. La hantise des symboles pourrait également encourager la paralysie. Nous sommes dans une sorte de mélancolie économique. À chacun ses échéances. À chacun ses objectifs. Mais le pays tout entier attend que le grand dessein se matérialise le plus rapidement. À défaut de quoi, il pourrait être tenté par les argumentations conservatrices.
Il n?y a de sentiments ni en politique ni dans le monde des affaires et, d?autre part, l?un ne peut se substituer à l?autre. Il reste à savoir si les deux jouent leurs rôles pleinement ou s?ils maintiennent un sourire de façade ?
Nazim Esoof
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