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La parade des trublions
L?agitateur qui a révélé avec effronterie les arcanes de l?État, l?ancien conseiller Jean-Mée Desvaux, doit s?en mordre les doigts. Non pas de l?avoir fait ? il en tire à n?en point douter grande satisfaction. Mais de se rendre compte que l?essence de tout son déballage risque d?être éclipsée, dans l?esprit de l?opinion, par la polémique Hanoomanjee ? Desvaux. Ce serait désespérant que l?on n?en retienne que cela. Ce serait tout aussi désespérant si l?on en reste à se demander quel agenda politique il a derrière la tête?
De tels règlements de compte, de tels doutes sur les intentions de Jean-Mée Desvaux étaient certes prévisibles. Parce qu?il ne se conforme pas à la représentation que l?on se fait du rôle de l?« adviser ».
Un « adviser », en tout premier lieu, devrait être tenu au respect de la confidentialité, même au-delà de son temps de service. C?est du moins ainsi que cela se passe au pays de Tony Blair. Rien de tel chez le conseiller de Bérenger, qui se prête sans scrupule à quelque chose comme le délit d?initié. L?autre profil de l?« adviser » tel qu?on le conçoit est celui de l?apparatchik domestiqué, qui ne se fait que la voix de son maître. Entre deux gouvernements, il se tait dans l?espoir de retrouver ses galons. Jean-Mée Desvaux ne correspond pas à cette image. Il s?en démarque. Au risque même d?être grillé. Car quel partenaire de Bérenger acceptera demain qu?un tel conseiller, susceptible de mettre à nu ultérieurement ses lâchetés et ses faiblesses, fasse partie de son gouvernement ?
La surprise était légitime, soit. Qu?on la dépasse. Dégageons plutôt les leçons à tirer des difficultés contre lesquelles le conseiller se sera heurté, ce parcours de combattant dans la jungle du corps étatique. Si nous voulons avancer, si ce gouvernement tient vraiment à relever tous les défis qui l?assaillent, il a intérêt à apprendre de l?expérience du conseiller. Elle devrait l?aider à anticiper les handicaps, à savoir par quels moyens on arrive à les contourner et à ne pas répéter les erreurs de son prédécesseur. Cela fait, il se demanderait alors par quel genre de conseiller il devrait se faire assister.
Les dirigeants ont d?autant moins de raisons de se dérober à cet exercice qu?un autre agitateur est venu, comme une bénédiction, ajouter sa voix au concert. Le banquier international Percy Mistry, dans une analyse dont on ne saurait douter de l?objectivité, tient un discours similaire, et authentifie, s?il le fallait, les défaillances relevées par Jean-Mée Desvaux. Celui-ci tire la crédibilité de ses critiques de cas de figure inspirés du ventre même du monstre. Celui-là d?une observation de longue haleine de nos faiblesses, comparées avec celles des autres économies dont l?expert a une impressionnante connaissance. De l?intérieur et de l?extérieur, la lecture a la même sévérité. Une double gifle, il n?en faut pas plus pour se réveiller.
Dans leur bouche, nos plus grands ennemis sont : la lâcheté et la méfiance ? deux défaillances « génétiques » semble-t-il ? et l?indolence, résultat d?une surprotection, et les poids lourds du service public ? deux accidents historiques. On le savait. Ce que ces critiques viennent ajouter, c?est que l?on ne peut plus les laisser nous mener parce qu?ils nous mènent à de mauvaises décisions. L?exemple de lâcheté le plus terrible est l?affaire Cunningham. Le Canadien n?est certes pas la perle rare qu?il ne faut absolument pas laisser passer, mais comment expliquer qu?il ne soit pas l?un des quatorze candidats plausibles au poste de DG MRA alors qu?il en dirige déjà un des 14 départements ? « Manque de qualifications », dit la présidente de la MRA? qui n?en aurait elle-même guère plus. « Mauritius puts populist-pandering politics above good economics », lui répond un Mistry cinglant.
La mentalité est ce qui est le plus dur à changer. Il faut commencer quelque part. Pour que ce code de conduite qu?ils sont invités à signer ne soit pas de la poudre aux yeux, Navin Ramgoolam pourrait inviter ses collaborateurs à un exercice préliminaire de réflexion à partir des défauts que ces deux observateurs nous ont jetés à la figure. Le changement doit venir du haut. Le Premier ministre pourrait aussi faire accéder au processus décisionnel des hommes capables d?insuffler une autre manière de travailler.
Si, comme le dit Desvaux, il suffit de si peu pour débloquer des n?uds, si, comme renchérit Mistry, on ne cassera pas la bureaucratie sans appoint des « sharp-edged, no-non sense consultants », qu?on aille chercher ces advisers-là. Partout, le rôle des conseillers change. Ils ne compensent pas la « faiblesse » des fonctionnaires, comme on le croit, mais celle des ministres. Ils deviennent des « sous ministres », ils « assist » au lieu d?« advise », ont l?autorité. Ce ne sont pas forcément des spécialistes des finances, de l?énergie ou du transport ? nous avons suffisamment de techniciens pour nous dire si le « bus lane » est mieux que le métro léger ? mais des professionnels qui peuvent aider à huiler la machine pour assainir le cadre d?opération. Et des trublions de préférence.
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