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La MRA cible 10 000 fraudeurs
Ils roulent en limousine, tout comme leur épouse, possèdent des bateaux et fréquentent les parcours de golf ou s?adonnent à des sports coûteux. Ces personnes au-dessus de tout soupçon partent souvent en vacances à l?étranger et travaillent pour la plupart à leur compte. La Mauritius Revenue Authority (MRA) a déjà dressé leur profil. Et ils sont quelque 10 000 classés comme les resquilleurs d?impôts. Leurs revenus : plus de Rs 100 000 par mois. Que la MRA va traquer?
C?est ce qu?a appris l?express des milieux proches de la MRA. L?organisme espère ainsi obtenir environ Rs 100 millions sous forme d?impôts.
Qui sont ces gens ? Selon le profil établi, ils sont pour la majorité des personnes travaillant à leur compte. Marchands de dholl puri et autres fast-foods, marchands ambulants, entrepreneurs dans le secteur de la construction, soudeurs, menuisiers? mais ils ont aussi des business dans le secteur de l?importation et l?exportation. Ils sont encore des enseignants, spécialisés dans les leçons particulières mais aussi des personnes dans la profession libérale : médecins, avocats, courtiers et autres.
Depuis des années, ces personnes ont pu échapper au filet du fisc. Mais avec la nouvelle formule du ministère des Finances, obligeant les banques commerciales à déduire directement la taxe des intérêts perçus par les clients ayant plus de Rs 2 millions sur leur compte, ces resquilleurs se sont fait piéger.
<B>Politique zéro tolérance</B>
D?ailleurs, selon des informations disponibles, le ministère des Finances a déjà demandé à la MRA d?envoyer, d?ici la fin de cette semaine, un rapport complet sur les personnes desquelles la MRA a perçu de l?argent sur les intérêts bancaires et sur la National Residential Property Tax ( NRPT).
D?autre part, l?express a appris que la traque des fraudeurs du fisc va se poursuivre et la politique de zéro tolérance sera appliquée, sauf si ces derniers acceptent de négocier et de trouver un consensus avec la MRA.
A hier soir vers 20 heures, plus de 125 000 formulaires d?impôts étaient déjà à la MRA et, selon Sudamo Lall, directeur de cette institution, ?nous allons atteindre le but visé, c?est-à-dire avoir 130 000 formulaires. Il faudra attendre d?autres envois postaux d?ici mercredi?.
Il a précisé qu?en ciblant les resquilleurs d?impôts qui ont des revenus supérieurs à Rs 100 000 par mois, ce sont ?les contribuables dans leur ensemble qui vont en bénéficier. Le fardeau de la taxe sera étendu à tous les contribuables et ira en diminuant dans les années à venir au niveau du quantum?. Car, selon le directeur la MRA, si ceux qui doivent payer comme il faut la taxe, le font honnêtement, celle-ci ne sera plus un fardeau pour de nombreux contribuables.
<B>Bernard SAMINADEN</B>
<B>Rythme infernal pour un dernier jour</B>
Le compte à rebours est lancé. Rythmé par la sonnerie du panneau qui indique qu?une caisse est libre. Plus que quelques heures avant la fin du délai. Avant l?amende pour tout retard avec sa feuille d?impôt. Le délai a expiré hier.
?Ayo pa koze.? Claude glisse une pile d?enveloppes dans les boîtes placées à l?entrée des locaux de la Mauritius Revenue Authority (MRA). ?Moi mo pa ti paye avan, aster la, akoz enn ti kass ki ena labank, mo paye tax.? Claude n?en finit pas de regretter la centaine de roupies qu?il doit débourser alors que ?tou pe vinn ser?. ?Pourquoi on dit aux gens d?épargner si leurs efforts sont taxés ? Moi, c?est juste mon salaire qui est versé sur mon compte d?épargne. Je n?ai aucun autre revenu. Mo pena okenn bizness andeor. La ousi fer mo paye lor la.?
Suresh, lui, ne comprend toujours pas pourquoi on taxe sa maison. ?Moi mo rinte, monn pran loan pou mo aste later pou mo zenfan gagn enn koin pou zot. Monn fini paye partout, contracter, mason tou sa la. Kan lakaz resi vinn pou moi, gouvernman ki profite.?
A l?inverse, Janique Jean-Pierre affiche plutôt le sourire. C?est qu?elle attend ?un petit remboursement?. ?J?espère que cela ne prendra pas trop longtemps. Même si ce n?est pas grand-chose, cela fait toujours plaisir quand on sait que les impôts vous doivent de l?argent.?
Ooma Ramlagun, elle, a l?air un peu perdue. Quand ils ont su qu?elle devait passer pour demander de l?aide pour remplir sa feuille d?impôt, des collègues de bureau lui ont demandé un petit service. ?Koul sa pou moi.? Et ils ont bien ri quand quelqu?un a lancé cette boutade: ?Bann gran misie ki ena boukou kass ki atann dernyer ler.?
Pendant qu?Ooma s?exécute, une dame à côté d?elle demande avec méfiance à l?officier de service : ?Kapav mett lanvlop mem si ena sek ladans ??
<B>?Mo pa fer ler, mo fer dimoun passe vit vit?</B>
Ooma sort du ballet ininterrompu de l?entrée. Jette un coup d?oeil à la file de gens qui serpente devant les caisses. Fait la grimace. Passe sans s?arrêter devant la réception, pour prendre le ticket indiquant son tour. Le compteur affiche 1854. Il est plus de 15 heures. Le rush de la mi-journée s?est atténué. Celui de la fermeture des bureaux se profile à l?horizon.
Son ticket à la main, Ooma va prendre place dans l?espace d?attente. Avant qu?elle n?ait eu le temps de s?asseoir, un garde de sécurité lui indique le chemin. Docilement, Ooma suit les trois autres personnes à qui l?on a fait signe. ?Oui madam.? Un officier avec sa carte d?identité épinglée bien en vue sur la poitrine la dirige vers une chaise. Qui sera bientôt musicale. Ooma changeant de place à chaque fois que quelqu?un dans la file se lève. Une file où les chaises ne sont jamais vides.
Le contribuable est une race pressée. Le MRA l?a bien compris. Ooma regarde sa montre. Relit son numéro sur son ticket. Se rassure quand elle y lit : ?Current serving number : 1850.? Ses dix minutes de patience finissent dans un petit bureau où l?attend un préposé. ?Oui, poz ou kestion.? L?employé a les yeux rivés sur l?écran de son ordinateur. Ooma se lance : ?C?est mon premier job, c?est la première fois que je remplis un formulaire. Dites-moi si c?est OK.?
?Oui enn ti minit avek ou.? Alors pour masquer sa gêne, la jeune femme fait la conversation: ?Travay ziska asoir zordi.? L?autre répond : ?Non, taler sizer mo pou ale. Nou finn travay samdi dimans tou. Me mo pa fer ler, fer dimoun pase vit vit. Gete, monn enroue tou.? Et le préposé qui, lui, est ?d?un autre département noun vinn donn koup main? tiendra parole. Cinq minutes suffisent pour passer à l?une des nombreuses caisses. 15 minutes en tout. Ooma peut souffler. Elle est en règle. Jusqu?à l?année prochaine.
<B>Aline GROËME-HARMON</B>
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