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La MBC, ce paillasson?
La MBC est un paillasson, dit Paul Bérenger, ancien Premier ministre. Le directeur général de l?actuelle administration de la MBC, Bijaye Madhoo, preuves à l?appui, insiste, lui que ce n?est pas nouveau : ?La MBC est un paillasson depuis avant juillet 2005?, affirme-t-il dans une interview à l?express. Les employés, eux, font la valse entre les placards et l?avant-scène dépendant du gouvernement du jour. Entre-temps, les contribuables paient une redevance télé chaque mois à la MBC comme pour un service ?public?.
Mais quel est véritablement le rôle d?un service public ? Si tous ceux interrogés invoquent le ?MBC Act? pour justifier tout comportement partial, force est de constater que le ?MBC Act? n?est pas coupable de ce dont on l?accuse. La définition de la MBC comme un service public est on ne peut plus claire : la MBC est au service du public et non au service des gouvernants. Le hic c?est que la même législation prévoit que c?est le gouvernement du jour et le ministre responsable du portefeuille qui nomment le directeur général. Une porte ouverte à tous les abus.
Deux jugements de l?Independent Broadcasting Authority (IBA), régulateur de la MBC et des radios privées, rendus le 11 de ce mois, pourraient en faire la preuve. Le premier concerne l?affaire de contestation du ?Certificate of Primary Education? (CPE). Le Mouvement militant mauricien (MMM) avait sollicité la justice à travers d?une action portée en cour par deux parents d?élèves.
L?un des parents abandonne sa plainte et la MBC en fait état. Mais l?IBA considère que la couverture n?était pas juste et impartiale car il fallait y inclure, de manière adéquate, les arguments du MMM tenus lors d?une conférence de presse. La MBC est donc accusée de partialité. Ce qui ajoute de l?eau au moulin de ceux qui se plaisent à dire que le gouvernement de l?Alliance sociale a la mainmise sur la MBC depuis juillet 2005.
Sauf que le deuxième jugement vient remettre les choses dans leur contexte. L?ancienne administration de la MBC, sous le défunt régime MMM-MSM, a aussi été trouvée coupable de partialité dans l?affaire Madan Dulloo contre la corporation. Lors d?une réunion politique organisée en avril 2004, l?équipe de la MBC arrive à la réunion et filme les chaises vides. Ces extraits sont ensuite diffusés lors du journal télévisé. Alors que le MMSM avait obtenu ce jour-là, une bonne foule. L?IBA considère une fois de plus que la MBC a eu une attitude partiale.
Ce n?est donc pas une question de gouvernement. Que la MBC soit un ?paillasson? est lié au fait que son directeur général et son président du conseil d?administration sont nommés par le gouvernement du jour. Et leur loyauté ne fait pas de doute. Car ? ils ne le diront pas mais c?est ainsi ? si on ne fait pas plaisir aux gouvernants, il faudra céder la place à ceux qui sont disposés à le faire. Et il y en a beaucoup.
Les relations incestueuses entre le pouvoir et le service public ne sont pas un problème propre à Maurice. La situation a alarmé tellement de journalistes indépendants et d?experts du monde entier en la matière que plusieurs livres ont eté publiés sur la question. L?un d?eux, ?The decline and fall of public service broadcasting? par Michael Tracy, étudie en détail les abus du pouvoir dont ont fait l?objet la radio et la télévision publiques ces 15 dernières années. Et qui a causé son déclin. Car on ne peut parfaire ses émissions quand on est occupé à faire plaisir aux gouvernants.
Tous les auteurs sont d?accord sur un point : le rôle du service public est d?accroître la vie sociale, culturelle et politique et citoyenne d?un pays et de promouvoir la cohésion sociale. Pour ce faire, un service public doit être indépendant politiquement du pouvoir et être impartial puisqu?il doit rendre des comptes à son public.
En théorie, c?est ce que fait la MBC. Du moins, c?est ce qu?affirme son directeur général. Mais l?idée de servir le public s?est peu à peu transformée en une obsession de ?plaire aux différentes composantes du pays?. Ainsi après avoir dépensé quelques millions sur l?émission ?Hum Tum?, on laisse la place à ?Kaatrinile? pour plaire aux tamouls. Pour les créoles, ce sera ?Bate sega?. Il faudra trouver une formule pour plaire aux Sino-Mauriciens mais il semble que les autres composantes, à savoir celle que l?on appelle ?population générale?, ne sont pas prises en compte. ?Parce que politiquement, elles ne sont qu?une infime minorité?, explique un ancien directeur général de la corporation.
Ainsi, ce qui aurait dû être une manière de ?promouvoir la culture? devient une arme politique. La logique est la suivante : si la MBC s?occupe de satisfaire telle communauté, elle votera sûrement pour le gouvernement en place lors des prochaines élections, c?est la logique qui guide les responsables de la corporation.
Et cette logique est tellement ancrée dans nos m?urs que l?on ne s?étonne plus qu?un Premier ministre, ses ministres et leurs conseillers traitent la MBC comme leur propriété personnelle et les employés de la corporation comme les leurs.
Quand ils sont dans l?opposition, tous les politiciens vilipendent la station de la rue pasteur. Une fois au pouvoir, ils ne peuvent s?en passer. Ramenant toutes les déclarations selon lesquelles il faudrait revoir le ?MBC Act? à des effets d?annonce. Car à un moment ou à un autre, l?on se rendra bien à l?évidence et l?on dira avec soulagement : ?Heureusement que nous avons la MBC.?
Que la MBC soit un paillasson et soit perçue comme tel n?est, semble-t-il, qu?un petit détail sans conséquence. Entre-temps, le public auquel la MBC devrait, en toute logique rendre des comptes, passe au dernier plan.
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