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?La libéralisation des télécoms est un trompe-l?oeil?
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?La libéralisation des télécoms est un trompe-l?oeil?
● Votre constat du secteur des télécommunications ?
2005 a été nulle. Le secteur dans sa globalité a perdu une année complète. En six mois, aucune décision n?a été prise, aucun dossier important n?a trouvé de solution. Nous ne savons toujours pas officiellement si Mauritius Telecom (MT) est un opérateur dominant avec une grande force de marché. C?est anormal deux ans après la libéralisation. Le calcul des tarifs d?interconnexion entre opérateurs n?est toujours pas basé sur les coûts réels. En fait, la libéralisation est un trompe-l?oeil actuellement.
● Tout le monde sait que MT domine...
Maurice est vraiment le premier pays au monde où, après une libéralisation, l?opérateur historique qui évoluait dans une situation de monopole n?est pas déclaré officiellement opérateur dominant.
● En quoi cela pose problème ?
Ça change tout. Dans toute libéralisation, quand on adapte le secteur à la compétition, il y a une régularisation asymétrique où on empêche l?opérateur dominant d?écraser toute concurrence comme c?est le cas actuellement. Les prix de MT devraient être encadrés pour nous permettre de prendre une part du marché. C?est la pratique partout ailleurs.
● Au cas contraire, que prévoyez-vous ?
C?est simple : la libéralisation des télécoms à Maurice sera mort-née.
● N?êtes-vous pas trop pessimiste ?
Non, il ne peut y avoir de secteur stable et fiable sans structure établie. Tant que MT ne sera pas considérée et traitée comme un opérateur dominant avec un market power significatif et que l?on ne calcule pas les tarifs des services télécoms en se basant sur les coûts réels, l?évolution du secteur ne pourra se faire sainement. Nous savons que l?Information & Communication Technologies Authority (Icta) a travaillé sur ces dossiers et qu?ils sont prêts, mais rien ne bouge.Tant que ces deux préalables ne seront pas levés une fois pour toutes, la difficulté des opérateurs alternatifs sera toujours aussi grande. J?ai vraiment le sentiment que tous les opérateurs, hormis MT, font face à de graves difficultés en l?absence d?un régulateur qui mette vraiment de l?ordre dans le secteur.
● Croyez-vous, comme les autres nouveaux entrants, que l?Etat prône une politique de protectionnisme vis-à-vis de MT ?
Je ne sais pas si c?est le cas, mais ce que je sais c?est qu?il n?y a plus de régulateur depuis sept mois. Depuis le 1er juin 2005, aucune décision n?est sortie de ce régulateur. Nous avons vécu sans régulateur, ce qui est totalement anormal.
● Depuis la mi-décembre, l?Icta a un nouveau conseil d?administration. Cela devrait pouvoir débloquer certains dossiers...
Les dossiers importants sont connus de tous et j?espère que l?Icta prendra rapidement les décisions qui s?imposent.
● Etes-vous de ceux qui veulent d?une Icta totalement indépendante ?
Un régulateur devrait être indépendant, même si c?est le ministre qui tranche en dernier lieu. L?autorité doit pouvoir donner des avis de manière totalement indépendante.
● Le coût du trafic sur le SAFE (Southern Asia Far East), qui relie Maurice à l?Europe, dérange les opérateurs...
MT est en situation de monopole sur le SAFE. Elle seule peut vendre de la capacité sur ce câble et à l?heure actuelle les opérateurs n?ont pas de possibilité d?acheter de la capacité en gros sur le SAFE. MT nous a fait une proposition récemment mais à des prix irréalistes.
● Les tarifs élevés du SAFE sont un frein à l?évolution du secteur ?
Absolument et le secteur est en sommeil.
● Vous êtes très amer...
Non, je suis très réaliste. Nous connaissons bien le dossier et nous voyons que rien ne bouge. Si les problèmes évoqués plus haut sont résolus, on pourra enfin voir un secteur plus sain et l?usager sera le grand gagnant avec davantage de services à de meilleurs prix.
● Si Outremer Télécom... savait, serait-elle venue ?
Nous nous serions certainement interrogés plus longuement. A partir de notre expérience ailleurs, nous avions un certain schéma en tête. Mais ici, rien ne se passe comme dans les autres pays.
● Avez-vous une explication ?
MT a des pouvoirs bien trop considérables et les liens entre MT et l?Etat sont bien trop forts.
● Où en est Outremer Telecom globalement ?
Nous avons deux sociétés ici. La première s?occupe d?appels internationaux et la seconde gère un centre d?appels. Cette dernière, qui a démarré il y a un an et demi, est en constante progression avec ses 160 employés. Notre objectif est de passer le cap des 200. En ce qui concerne la téléphonie internationale, où nous détenons 3 à 4 % des parts de marché, nous sommes inquiets à cause de l?immobilisme actuel. Ma position n?est pas propre à Outremer Télécom, elle est commune à tous les opérateurs alternatifs.
● Beaucoup de centres d?appels se plaignent d?un manque de main-d?oeuvre qualifiée...
Contrairement à d?autres, je n?ai aucun problème de recrutement ou de formation. Je suis satisfait de la qualité du travail fourni. En revanche, nous avons dû mettre en veilleuse notre projet de créer une unité de développement de logiciel à Maurice à cause d?un manque de gens formés. En résumé, sur les activités basiques, nous avons du personnel très correct mais pas pour des opérations plus pointues. Il est très important que les autorités lancent un plan de formation très volontariste et orienté. Il faudrait vraiment investir massivement sur le long terme pour créer certains corps de métier encore absents à Maurice.
● Maurice plate-forme régionale des technologies de l?information et de la communication, vous y croyez ?
Pourquoi pas ? Mais à condition d?une formation et d?une baisse de prix SAFE. Tant que le gouvernement ne prend pas une décision, il n?est pas question de faire du pays une cyberîle. Le grand problème de Maurice, c? est qu?elle est loin des pays qu?elle veut toucher. Le seul moyen de contact est un câble sous-marin, le SAFE, qui permet de véhiculer la voix et les données vers l?Europe. Le gouvernement doit imposer une baisse des prix. C?est une cause nationale. Le SAFE doit devenir meilleur marché pour attirer davantage d?investisseurs.
● Le SAFE est-il vraiment aussi cher ?
J?ai fait coter une liaison Singapour-Londres par un grand opérateur international. Elle vaut $ 3 500 (Rs 108 000) par mois pour deux mégabits par seconde (Mbps) full-circuit. Singapour-Londres c?est 1.8 fois plus que Maurice-Londres. Nous on paye $ 11 800 (Rs 365 000) par mois pour la même capacité. Si on veut faire de Maurice le Singapour d?Afrique, il faut descendre drastiquement le prix du SAFE. C?est une décision politique qui doit être imposée à MT. Au cas contraire, les ambitions de cyberîle resteront très limitées. Il faut des prix qui rendent Maurice mondialement compétitive.
● L?avenir du secteur dépend donc essentiellement du prix du SAFE ?
Comment sort-on de l?île lorsqu?on parle de télécommunications ? Si on veut bâtir une cyberîle, il faut travailler avec l?extérieur. Il faut des connexions pour être relié avec les marchés que nous visons. Actuellement, il n?y a que le SAFE. Si l?accès vers ce marché est hors de prix, comment faire ? La décision relève de la pure politique. Qu?est-ce qu?on veut faire de Maurice ? Si c?est vraiment devenir une cyberîle, il ne faut pas avoir peur de faire de la peine à MT. Former massivement et baisser les tarifs du SAFE ce sont les deux éléments clés.
● Dans un passé récent, le ministre de la Technologie informatique et des télécommunications demandait de comparer ce qui est comparable. Maurice ne peut être mis sur le même palier que l?Inde, Singapour ou encore la Réunion...
Pourquoi pas ? L?investisseur viendra là où c?est le plus attrayant pour son business. Si ça lui coûte moins cher à Singapour, il ira là-bas, point. La seule question qu?il faut se poser c?est comment être le plus compétitif possible par rapport aux autres. C?est pour ça que je dis que le dossier doit être traité politiquement et pas techniquement, sinon cela ne vaut pas la peine.
Propos recueillis par Patrick HILBERT
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