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La génération Mode in Mauritius

15 juillet 2007, 00:00

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Profit, efficacité et performance sont les maîtres mots du monde de l?entreprise. Et pour pouvoir s?adapter dans ce monde de plus en plus concurrentiel, il est impératif de stimuler, d?inventer et de créer.

Maurice bouillonne de créativité. Pour s?en convaincre, il suffit d?assister aux défilés annuels des étudiants en création de mode des différents établissements supérieurs : IVTB School of Fashion, université de Technologie, et université de Maurice. Chaque année, ces élèves ont l?occasion de se surpasser, de montrer leur talent.

« Je suis surpris à chaque fois de voir leur capacité de créer et d?inventer. À l?université de Maurice, ils acquièrent de bonnes bases, mais l?essentiel c?est de continuer de s?ouvrir au monde, de s?imprégner de tout comme une éponge », confie un des chargés de cours de Textile & Fashion Design.

La jeune génération de créateurs l?a bien compris. Dans la tour abritant la faculté d?ingénierie de l?université de Maurice, un trait de génie se fraye un chemin. Ils s?appellent Corrie, Maneesha, Sharon, Kristina, Allan, Pryanka, Ashwin et Neeveditah et sont âgés de 21 ans. Ils ont terminé leurs études en Textile & Fashion Design et s?apprêtent à montrer leur savoir-faire lors du défilé de mode sponsorisé par la Mauritius Duty Free Paradise Shop, qui aura lieu début d?août.

<B>Tout doit être parfait pour le jour J</B>

Cet événement, c?est un peu le clou des trois années passées à étudier la texture et à apprivoiser les matières, à créer des objets inédits. L?excitation est à son comble, on peaufine, on fait des retouches, bref tout doit être parfait pour le jour J. « Lorsque tombera le rideau, les spectateurs devront avoir des étoiles plein les yeux », souffle l?un des étudiants.

Pour Sharon, c?est un peu un rêve qui se réalise. Et dire qu?elle a hésité avant de s?inscrire à ce cours. « Aujourd?hui, je ne regrette pas. Au départ c?était l?incertitude parce que je me disais qu?il n?y avait pas de débouchés dans le monde du textile. Depuis j?ai changé d?avis. »

La nouvelle cuvée de créateurs de mode est en effet en forte demande.

Les chasseurs de têtes de différentes entreprises se les arrachent. Et ils s?y sont pris trois mois avant la fin des cours. D?ailleurs, la majorité des futurs diplômés envisage de se faire la main en travaillant dans une usine de confection, tout en économisant suffisamment d?argent pour poursuivre des études plus tard.

L?image que se font ces créateurs bourgeonnants de l?industrie textile apporte une vraie bouffée d?air frais.

« Nous y avons fait des stages. L?usine n?est plus un lieu où l?on ne fabrique que des chemises ou des pantalons à la chaîne. Aujourd?hui, chaque usine de confection a un département création de mode », explique Maneesha, enthousiaste.

Certains de ses camarades de classe ont l?idée de créer leur petite entreprise plus tard, pour se faire un nom, mais aussi pour conserver cet esprit créateur. Ce qui leur plaît, c?est le début de toute création, cette période d?inspiration où l?imagination est libérée. « Lorsqu?on parvient, après de nombreuses nuits blanches, à trouver la solution et à créer quelque chose d?unique, on est dans un état quasiment eu-phorique », confie Ashwin, futur petit entrepreneur. Et petit entrepreneur deviendra grand.

D?autres, avant lui, ont emprunté le même chemin et connaissent aujourd?hui un succès bien mérité. Mais le cas de Véronique de Guardia, créatrice de bijoux de fantaisie uniques, est différent. Auto-didacte, elle a commencé par confectionner des produits d?artisanat. Ses bijoux sont façonnés dans des pierres semi-précieuses, des perles anciennes provenant de tous les continents, ce qui fait que chaque collier créé dans les ateliers de Grand-Baie a une histoire à raconter.

« Le choix des matières, le mélange des couleurs et la qualité haut de gamme, c?est ce qui fait le succès de V de Guardia Créa-tions », confie une des assistantes de l?artiste, Caroline Lionnet. L?année prochaine sera peut-être l?occasion pour V de Guardia Créations de se développer sur le plan international, lorsque l?entreprise participera au Salon de l?Accessoire qui aura lieu à Paris.

<B>Investir davantage dans la qualité</B>

Le secteur de la bijouterie, où l?on recense environ 400 orfèvres, est l?un de ceux où la créativité est un sésame. Pourtant, au fil des années, cette créativité s?est perdue, au profit d?ornements fabriqués sur commande. « La clientèle nous demande souvent de copier un bijou à partir d?un catalogue. Ce qui fait que cela ne nous laisse pas beaucoup de temps pour la création », explique Pillay Sawmy, dont la famille est dans la bijouterie depuis quatre générations. Mais le secteur a perdu un peu de son brillant depuis que les consommateurs vont s?approvisionner en Inde. « Nous perdons la clientèle certes. Mais ces personnes se mordent les doigts lorsque les bijoux se cassent en raison de leur qualité médiocre. Une nouvelle tâche attend l?Association des bijoutiers : celle de sensibiliser et d?éduquer le public. »

Ces différentes embûches du monde de l?entreprise n?ont pas l?air de les affecter tous. Siddick Caunhye, de la bijouterie éponyme, ne cache pas qu?il faut investir davantage dans la qualité pour arriver à percer : « J?exige l?excellence de la part de mes collaborateurs. Il m?est arrivé, plusieurs fois, de demander que l?on refasse un bijou parce que je n?étais pas satisfait. C?est une question de confiance et de conscience. »

Dans sa bijouterie, il a conservé une vitrine pour les bijoux traditionnels mais continue par ailleurs à s?adonner à des créations exclusives. Des créations qui trouvent preneurs seulement auprès d?un pour cent des quelque 800 000 touristes qui choisissent Mau-rice pour passer des vacances. Siddick Caunhye ne se berce pas d?illusions. Maurice n?est pas prête à devenir un jewellery hub ou un shopping centre comme Singapour ou Dubayy.

« Il faut un changement de mentalité à tous les niveaux pour que les touristes perçoivent Maurice comme un vrai shopping centre. Ce sera difficile à réaliser si on continue à fermer les magasins à 17 heures. »

Dans quelques années, tout cela devrait changer. Il faudra faire de la place à la nouvelle génération de créateurs, celle qui incarne l?île Maurice de demain.

BILLET

<B>Quand l?école tue la créativité?</B>

Chaque enfant qui naît a le potentiel de devenir artiste. Le problème est de le rester. Pour stimuler leur sensibilité esthétique, il est important que l?école mette les élèves en présence des grandes ?uvres de la littérature, de la musique et de la peinture. Que peut-on espérer des édifices en béton aux murs dénudés, des cours asphaltées sans même une considération pour la nature ? Les enseignants ont un rôle crucial à jouer dans le développement de cette créativité.

Ils doivent la stimuler et non freiner les élans des enfants. L?instituteur doit être le pilote, celui qui gère le processus de créativité, qui pose les balises et aide les enfants à s?orienter vers la solution, sans toutefois endiguer leur spontanéité.

Mais la réalité est tout autre pour les enfants. L?école a tendance à leur faire avoir peur de faire des erreurs, alors que la créativité et l?innovation exigent d?oser se tromper.

Les enfants sont nouveaux dansle monde et ils veulent le découvrir. Ils ne font pas encore la différence entre les processus émotionnels et intellectuels. Pour eux, le monde est plein de choses merveilleuses, ils donnent vie à des objets inanimés, parlent avec les nuages, voient des visages dans la nature? La naïveté est donc la condition même de la créativité. Enseignants, parents, grands-parents et proches, tout le monde devraient les écouter attentivement pour comprendre les interprétations du monde qu?ils nous donnent parfois. Les artistes disent souvent d?eux-mêmes qu?ils ont gardé leur créativité d?enfant. C?est sûrement le secret de leur succès. Ne sommes-nous pas toujours enfants dans notre capacité de voir des images ? C?est cette ouverture envers le monde qui caractérise les artistes : ils peuvent encore s?émerveiller..

SUCCESS STORY

<B>Yan Wang : l?audace qui paye</B>

Tout a commencé par hasard en 1997. Yan Wang, Graphic Designer fraîchement émoulu de l?Ontario College of Arts avait arpenté des dizaines de magasins à la recherche d?un t-shirt. Le vêtement ne devait pas être trop long pour ne pas dissimuler la marque de son jean préféré. « Les t-shirts qu?on trouvait à l?époque étaient longs comme des mini-robes », raconte-t-il.

Il ne le trouve pas, eh bien, qu?à cela ne tienne, il le fabriquera. N?est-il pas diplômé en design ? La preuve, 80 t-shirts sortent de son atelier improvisé. Yan Wang en garde deux pour sa garde-robe et vendra le reste. Une étude de marché « assez vague » est commanditée. Le jeune homme commence à avoir une idée du désir des jeunes en termes de mode et crée la marque Blunt. Le succès est au rendez-vous. Le positionnement original du créateur y est pour beaucoup.

« J?ai avancé petit à petit. À l?époque j?étais jeune et je faisais ce qui me plaisait. J?avais de la chance que cela plaise aussi aux autres. Aujourd?hui, dix ans plus tard, j?ai évolué, tout en gardant la même philosophie. » On ne change pas une méthode qui marche ! Mais Yan Wang n?est pas pour autant un conformiste. Sa ligne de vêtements et d?accessoires pose des questions existentielles. Il s?inspire de tout ce qui l?entoure, de la colère qui l?anime parfois, de la musique, souvent. Fort de ce succès, le styliste poursuit sur son parcours en multipliant les collections.

Il ne participe pourtant pas à des Salons, une « mauvaise habitude » qu?il a conservée de l?époque où il poursuivait ses études. « J?évitais de visiter les galeries d?art pour ne pas me laisser influencer. » Le designer n?organise pas de défilés et ne souhaite pas plus se lancer dans l?exportation pour conquérir de nouveaux pays. « Les portes ne s?ouvrent pas facilement, nous en avons fait l?expérience avec l?île de la Réunion. Si on avait plus de ressources alors peut-être que cela serait possible », explique-t-il. Mais cela n?empêche pas la créativité. Pour lui, cette muse est bel et bien là, mais les gens ont tendance à brider leur imagination. « Le côté logique et raisonnable de chaque personne forme un obstacle à l?innovation. Il faut se laisser aller et arrêter de s?autocensurer? »

QUESTIONS À

<B>Daniel Jacobs, maître orfèvre et créateur sud-africain

« Il faut produire des bijoux de classe mondiale » </B>

<B>Les bijoutiers sont retournés sur les bancs de l?école cette semaine pour des séances de formation que vous avez dispensées. Était-ce le seul but de votre visite ? </B>

Je suis ici à la demande de l?Association des bijoutiers de Maurice qui a organisé, en collaboration avec le Human Resource Development Council, la Mauritius Qualifi-cations Authority et le Board of Investment, des séances de formation à l?intention des bijoutiers ayant déjà pignon sur rue, mais qui ressentent le besoin de se renouveler.

J?en ai profité pour me familiariser avec l?industrie de la bijouterie locale et voir de quelle façon je pourrais mettre mes compétences à contribution. Les bijoutiers font face à de nombreux problèmes et l?une de mes tâches consistera à essayer d?apporter des solutions.

<B>Quels sont ces problèmes ? </B>

Beaucoup de bijoutiers ne possèdent pas de connaissance approfondie de leur art, et c?est là le plus important obstacle que j?ai constaté. Il leur manque une connaissance de base. La bijouterie mauricienne a une merveilleuse histoire et une longue tradition, mais le secteur a stagné pendant trop longtemps. Il n?a pas profité des développements apportés par les nouvelles technologies et le savoir. Je m?efforce donc d?inculquer aux orfèvres cette connaissance de base afin d?atteindre un niveau supérieur en termes de qualité.

J?ai aussi constaté que certains bijoutiers ont tendance à s?enliser dans la routine et la répétitivité. Mais il leur faut tout mettre en ?uvre pour produire des bijoux de classe mondiale.

<B>Le gouvernement a une autre vision de la bijouterie locale. Il souhaite faire de Maurice un « jewellery hub ». Comment atteindre cet objectif ? </B>

Les bijoutiers devront viser l?excellence pour être compétitifs au niveau international. Acquérir la connaissance et se perfectionner, voilà les maîtres mots de la réussite. Les bijoutiers ont besoin de cette formation spécialisée sans laquelle on ne pourra pas parler d?excellence. Sans ces ingrédients, il ne sera pas possible de concrétiser le souhait du gouvernement.

<B>Devront-ils cesser de produire des bijoux de style oriental ? </B>

La majorité des bijoux produits sont largement inspirés du style indien et il y a un marché pour ce type d?ornement ici. Mais où encore ? La concurrence devient de plus en plus intense et les goûts des consommateurs sont sophistiqués. Il y a une demande pour des bijoux haut de gamme, et donc, de nouvelles opportunités à saisir au niveau du marché des touristes et de l?exportation.

Ce marché recherche un style différent de la bijouterie indienne. Et il n?est pas nécessaire d?investir dans des équipements coûteux ou d?opérer sur de très grandes superficies. Il faut tout simplement viser la qualité, utiliser de bons matériaux et trouver le style adéquat. Je ne fabrique qu?une cinquantaine de piè-ces par an, et chaque bijou que je produis est reconnaissable au premier coup d??il grâce au style que j?ai su imposer.

<B>Quelles sont vos propositions pour que la bijouterie mauricienne retrouve son éclat ? </B>

Une des plaintes qui m?est parvenue le plus souvent a trait aux cours de bijouterie dispensés par l?IVTB. Selon les bijoutiers, ils ne tiennent pas compte des attentes de l?industrie. L?école a besoin d?être restructurée et doit être en mesure d?accompagner l?étudiant pendant son cheminement.

Il faut lui offrir une formation spécialisée car la spécialisation des ouvriers dans les différents maillons de la chaîne de fabrication est un must.

<B>Vous avez aussi proposé de créer un style unique. Comment y parvenir ? </B>

En créant une marque, une identité qui est reconnaissable parmi des milliers d?autres. Ce n?est pas difficile, il suffit simplement d?y réfléchir. Je dis toujours qu?on peut construire une fantastique pyramide si la base est solide.

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