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?La Guerre des mondes?
Tournant résolument le dos à l?humour parodique de Mars Attacks ou à l?esprit va-t-en guerre de ID4, Stephen Spielberg a choisi de rester fidèle au roman original de H G Wells. La Guerre des mondes débute donc avec la voix off de Morgan Freeman lisant le tout début du roman, mais Spielberg étant avant tout le (grand) cinéaste des foules, toute l?histoire est transposée dans le monde post 9/11 d?aujourd?hui. Il y a néanmoins quelques modifications, notamment celle qui consiste à centrer l?intrigue autour de Tom Cruise en père de famille divorcé, immature et égoïste, mais qui finit par assumer ses responsabilités.
On pourra trouver qu?il aurait été plus intéressant de laisser cette histoire dans son contexte de 1898. D?abord pour le côté ?gentiment désuet?, ensuite parce que l?usage des tripodes (structure à l?instabilité inhérente) aurait été plus compréhensible pour une époque qui ne connaissait pas encore les avions, à plus forte raison les soucoupes volantes.
Et puis, le roman de H G Wells a un côté victorien dans le sens où il est question de suprématie, de domination et de menace venant forcément de l?extérieur. C?est d?ailleurs ce qu?avait parfaitement compris le réalisateur Byron Haskin, en tournant une première version de La Guerre des mondes en 1952, c?est-à-dire en pleine Guerre Froide et aussi en pleine période du maccarthysme.
Voulant aussi rendre hommage à la SF de son enfance, Spielberg fait plusieurs fois référence à ce film, notamment dans la séquence où les protagonistes se cachent pour échapper aux extraterrestres sortis de leurs engins. Le cinéaste reprend ainsi directement une séquence du film de 1952, mais il la reprend à sa façon avec des résultats plus marquants.
La Guerre des mondes version 2005 est question d?extraterrestres. Le film laisse ainsi certaines questions sans réponses, et on pourra émettre quelques réserves, mais une de ses qualités est de nous démontrer qu?un maître cinéaste peut nous faire oublier les quelques gros défauts d?un scénario.
Spielberg tient sa promesse de séquences spectaculaires avec des effets spéciaux en cascade, mais la réussite de son film doit moins aux images elles-mêmes qu?à la façon dont elles sont agencées. La séquence du premier tripode sortant de terre est illustre bien ce propos. Elle commence avec une vue d?en haut sur la foule rassemblée autour d?un trou au beau milieu de la rue ; puis ? les événements se précipitent, et certains feront des rapprochements avec l?attaque de l?avion épandeur dans La Mort aux Trousses de Hitchcock.
Il y a aussi ces moments où la terreur s?installe par des actions qui se déroulent hors du champ de la caméra. Certains des moments les plus forts de ce film sont des moments soit de pure tragédie, comme la séquence où Tom Cruise émerge des débris d?une maison au milieu de la carcasse d?un Boeing 747 ou le passage du train en flammes, soit des moments d?une humanité en déchéance, comme cette séquence où des citoyens s?entretuent pour une voiture. Finalement, Stephen Spielberg est fidèle au roman dans ce qu?il avait de plus marquant : sa noirceur.
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