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La croisée des chemins
Les passionnés de la politique ont déjà les yeux rivés sur le mois de septembre, quand on saura de manière définitive si sir Anerood Jugnauth (SAJ) sera ou non reconduit au poste de président de la République. Cet événement politique suscite déjà de nombreuses rumeurs. Dont un retour à la politique active de l?ancien homme fort du Mouvement socialiste militant (MSM). Les premières indications tendent à accréditer la thèse que SAJ ne gardera pas son poste. Cet homme qui a marqué l?histoire du pays, et présenté comme le père du miracle économique, aura, dans les mois à venir, à redessiner la carte politique mauricienne. A la fin de l?année dernière, sur les ondes d?une radio privée, Lady Sarojini Jugnauth postulait que son fils Pravind a les aptitudes pour devenir Premier ministre, mais que le MSM avait besoin d?un partenaire.
A SAJ de lancer les grandes man?uvres, mais après, ce sera à son fils de diriger les opérations.
Pour l?immédiat, Pravind Jugnauth s?est surtout illustré en se servant de son plumeau pour faire le ménage autour de lui. Convaincu de son destin providentiel, le leader du MSM s?entête aujourd?hui à revenir avec le même leitmotiv : il doit être présenté comme Premier ministre au sein d?une éventuelle alliance avec le Mouvement militant mauricien (MMM).
Cette question, pour pertinente qu?elle soit, illustre deux carences des formations politiques mauriciennes. D?abord leur instrumentalisation extrême pour faire aboutir les ambitions personnelles des leaders. Ensuite, plus précisément pour le MSM, une faiblesse visible en communication politique. Sir Anerood Jugnauth communiquait avec bonhomie ou avec hargne, dépendant de son humeur. Pravind Jugnauth reste invariant dans sa communication.
Depuis la défaite de 2005, le parti du soleil peine toujours à convaincre qu?il a repris du poil de la bête. L?absence de son leader au Parlement fragilise davantage sa situation. A la différence du MMM qui peut bricoler une alliance, le MSM souffre, de surcroît, d?option d?alliances.
En politique, il faut beaucoup de patience. Face à Paul Bérenger et à Navin Ramgoolam, Pravind Jugnauth donne justement l?impression de manquer de patience. Il a hérité d?un parti. Il a voulu imposer sa griffe. Il a fait ses preuves comme ministre. Mais sa traversée du désert depuis 2005 ne lui a pas encore permis de prendre cette hauteur qui crée l?impression chez les électeurs qu?un homme politique a mûri. A ce stade, le leader du MSM emprunte aux canons de la politique traditionnelle pour communiquer avec les électeurs. Et quelle que soit la décision de sir Anerood Jugnauth, son défi est personnel.
Il lui faudra «fendre l?armure», se transcender, pour entrer dans un dialogue personnalisé avec la population. Un chef de parti devient un homme d?Etat lorsqu?il a appris à séduire et non lorsqu?il indiffère.
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