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La contestation contre la formule Gokhool s?intensifie

24 mai 2006, 00:00

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La contestation de la réforme proposée par le ministre de l?Education se consolide. Mouvements associatifs, syndicats et acteurs de la société civile manifestent un désir de regroupement. Une première action symbolique est prévue à Rose-Hill durant les premiers jours de juin. Cette manifestation a pour but d?envoyer un message fort au gouvernement pour le forcer à revoir sa copie.

?Il est nécessaire de transcender le seul contentieux A+. Le véritable enjeu concerne le concept éducatif qui est approprié à l?enfant mauricien. On ne peut pas être bloqué sur le A+?, affirme l?ancien ministre de l?Education, Kadress Pillay. Ce dernier est la cheville ouvrière du collectif Elan, qui vise à proposer une plate-forme citoyenne et séculière où se retrouveront ?tous ceux qui croient en une école qui repose sur une culture commune?. La réforme Gokhool se retrouvera, dès le mois prochain, sous les feux de la contestation avec la publication d?un document du collectif Elan, qui servira de plan d?action définissant le concept d?éducation adapté au pays. Des actions publiques de conscientisation devraient ensuite s?enchaîner. ?Nous voulons d?un mouvement national séculier et nous allons ?uvrer en ce sens?, réitère Kadress Pillay.

Ethnicisation

La volonté de regroupement de Kadress Pillay est partagée par d?autres acteurs liés directement ou indirectement à l?enjeu éducatif. Membre du groupe Présence, Paula Atchia plaide ainsi en faveur d?un ?système éducatif fondé sur des pratiques et des principes plus sains alors qu?aujourd?hui c?est très malsain?.

Le Front commun des syndicats du monde éducatif n?est pas en reste. ?Le problème reste pédagogique et nous sommes contre le système Gokhool parce qu?il encourage une compétition féroce?, confirme Yahya Paraouty de l?Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE). ?Nous sommes pour un débat où tout le monde s?engage dans la même direction. Nous voulons participer, mais il faut éviter que cela ne prenne une tournure communale?, ajoute-t-il.

Ce refus d?une ethnicisation du débat revient chez tous les interlocuteurs. La contre-réforme Gokhool s?appuie d?ailleurs sur cette peur pour s?imposer de manière latente. Le Bureau de l?éducation catholique (Bec), confie son directeur Hervé de St-Pern, s?est retenu de toute action ostentatoire afin de prévenir toute récupération politico-ethnique du débat. ?Notre position n?est pas fondée sur un postulat ethnique. A ce titre, ce n?est pas à l?Eglise catholique d?engager des manifestations populaires de rejet. C?est aux parents, aux pédagogues, aux citoyens? de prendre position?, assure le directeur du Bec. Tout comme Yahya Paraouty, il affirme que le soutien du Bec à un mouvement collectif dépendra de la forme que prendra la contestation. ?Si nous pouvons contribuer à éviter la mise en application de la formule Gokhool, nous le ferons car depuis 1976 l?éducation de ce pays est engluée dans la compétition. Et il faut savoir que cette contestation ne signifie pas que nous sacrifions l?élite?, enchaîne Hervé de St-Pern.

Apathie de la société civile

La crainte d?un déraillement communal est bien réelle. Mais, en même temps, l?apathie de la société civile ne laisse pas beaucoup d?options. ?Dans tous les cas de figure, il faut éviter le caractère communal du débat. Ne prendre en compte que les réalités pédagogiques et sociologiques?, prévient Yahya Paraouty. Certes. Mais comment parvenir à une conscientisation de la société civile afin de transcender une bonne fois pour toutes le piège sectaire ? A cela, Paula Atchia répond par un scepticisme profond. ?La société civile, c?est devenu quelque chose d?aberrant. Le citoyen ne réagit que lorsque ses intérêts immédiats sont menacés. Il ne se rendra compte de la calamité qu?est l?A+ qu?après avoir pris connaissance des résultats des prochains CPE. C?est lorsqu?il verra que les 4 A de son enfant ne seront pas suffisants pour lui garantir une place parmi les 1 260 ?élus? qu?il aura un sentiment d?injustice mais ce sera peut-être trop tard.?

Dans le même souffle, Kadress Pillay met en garde contre ?l?égoïsme de certains politiciens qui penseront qu?ils peuvent tout faire parce que la masse ne réagit pas.?

Il faut donc ramener le débat à l?essentiel. C?est le principal objectif de Kadress Pillay désormais. ?Il importe de sortir d?une simple accumulation de savoirs. Il nous faut respirer un peu?, fait-il remarquer. Avant d?atteindre ce but, il estime qu?il faut ?retirer l?éducation de la mainmise de la haute bourgeoisie d?Etat et réinventer l?île Maurice en réinventant son système éducatif?.

Dans sa dimension plus pratique, le système que prône le ministre Gokhool se signale, selon Yahya Paraouty, par de nombreuses contraintes. ?Nous, enseignants, nous savons à quel point il est difficile de démarquer les élèves des uns des autres. Comment va-t-on donc procéder pour singulariser 1 260 élèves d?une masse de 30 000 enfants ? L?éducation ne peut être conçue comme un instrument pour faire échouer l?élève. Or, c?est ce qu?entraînera la réforme Gokhool. Il faut aussi savoir, comme le prouve une étude de la General Purpose Teachers? Union, que la grosse majorité des enseignants sont contre le système Gokhool?, prévient Yahya Paraouty.

Aujourd?hui la question se pose toujours de savoir si la société civile est prête à sacrifier des générations entières au profit du mythe des 1 260 élus annuels.

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