Publicité

La carrière politique d?Alex Bhujoharry

1 janvier 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il s?en est fallu d?un cheveu pour qu?Alex Bhujoharry devienne un die hard travailliste au lieu d?être une des cartes maîtresses à Port-Louis du Parti mauricien naissant de Jules Koenig. Nombreux sont les politiciens comme Seewoosagur Ramgoolam, Goolam Mahomed Dawjee Atchia, Radamohun Gujadhur, à avoir longtemps hésité entre le conservatisme plutôt sécurisant de la bande à Edgar Laurent-Raoul Rivet-Jules Koenig et le travaillisme parfois trop prolétaire des Maurice Curé, Emmanuel Anquetil et Guy Rozemont.

Les élections législatives d?août 1948 portent l?empreinte de cette confusion qui voit le journal ramgoolamien Advance bouder en partie les candidats appuyés par le Parti travailliste (PTr) de Rozemont qui n?est pas encore la force irrésistible avec laquelle il faut compter. Les faibles pourcentages de voix obtenus par ses candidats (entre 4,67 et 29,66 % des suffrages) le prouvent. La situation se décante considérablement aux législatives de 1953.

?Grâce à son dévouement, à son intelligence et à son dynamisme, le collège qui porte son nom, connaît un succès sans précédent..?

Nous avons vu qu?à la fin de novembre 1950, le PTr désigne 11 candidats à Port-Louis et demande à son électorat de voter aussi pour le Dr E. Millien, Veerasamy Ringadoo, Renganaden Seeneevassen, I. Bhadat et pour le pédagogue Alex Bhujoharry. L?on note qu?à Port-Louis, à l?occasion de ces élections municipales, deux groupements font preuve d?une ?bonne organisation?. Il s?agit de celui de Marc Fok Seung pour le compte du futur Parti mauricien et de celui d?Alex Bhujoharry en faveur de la liste rouge travailliste. Seul le coup de poker gagnant de Jules Koenig, proposant le mairat à un Alex Bhujoharry, soutenu par le groupe minoritaire, permettra aux futurs ?bleus? de conserver le pouvoir au conseil municipal à Port-Louis.

On retrouve le nouveau maire Alex Bhujoharry, le 5 mars 1951, à la cathédrale Saint-Louis, lors du dévoilement d?une plaque commémorative en marbre jaune, en hommage à Mgr James Leen, archevêque de Port-Louis de 1926 à 1949. Le 13 mai suivant, on le retrouve, accompagné de son épouse, sur l?esplanade du Monument de Marie Reine de la Paix, à l?occasion d?une des premières messes des malades, organisées à l?initiative de Guy Arékion. Ils y reviennent le 15 août à l?occasion du pèlerinage diocésain à l?occasion de la fête de Notre Dame de l?Assomption. Jean Georges Prosper signale qu?il améliore la fourniture d?eau dans la capitale. Il sera adjoint-maire en 1953.

On perd ensuite sa trace jusqu?à la mi-août 1953, où, candidat du Ralliement Mauricien, il reçoit le soutien de Raoul Rivet tout comme Jules Henri Constantin et Abdool Razack Mohamed. Ils doivent affronter les ténors travaillistes que sont Guy Rozemont, Renganaden Seeneevassen et le Dr Edgar Millien. Il y a aussi Joseph Marcel Mason et le Dr Willy Dupré. Ce dernier prend la 11e place avec seulement 788 voix, soit 5,46 % de voix, alors qu?il manque à Alex Bhujoharry une demi-douzaine de voix pour être élu, ayant obtenu 47,63 % des voix.

Des jets de pierre sur les demeures portlouisiennes de Seewoosagur Ramgoolam et de Goolam Mohamed Dawjee Atchia assombrissent ces élections législatives. Razack Mohamed leur présentera des excuses au nom de ses partisans.

Plus grave encore, Alex Bhujoharry, soutenu par son leader, Jules Koenig, réclame curieusement un nouveau dépouillement des voix car seulement cinq voix le séparent du quatrième élu, son colistier pourtant, Abdool Razack Mohamed. C?est une des rares fois dans nos annales politiques où l?un des candidats battus réclame un recount contre un colistier. L?attitude hostile de Bhujoharry mais surtout celle de Koenig pèseront lourd dans la balance quand Razack Mohamed et son nouveau parti, le Comité d?Action musulmans, devront prendre position et rallier soit le PTr de Ramgoolam soit le Parti mauricien de Jules Koenig et bientôt de Gaëtan Duval.

Cette incertitude pèse encore plus lourdement pendant les conférences constitutionnelles à Londres quand le colonialisme anglais divise les Mauriciens pour prolonger son règne, notamment aux Chagos. Sans cette incroyable demande de recount, l?histoire de Maurice pourrait s?écrire autrement.

Vaincu face à Dupré

À la fin de mars 1956, Guy Rozemont meurt à l?hôpital de Candos. Une élection partielle, fixée au 21 mai 1956, pourvoit à son remplacement. Dès le 4 avril de cette année, Alex Bhujoharry fait savoir qu?il se porte candidat, soit le jour même où l?on apprend qu?un de ses élèves, M. Sooltan, est proclamé lauréat de la Bourse d?Angleterre. Le 20 avril, jour du dépôt des candidatures, Bhujoharry découvre qu?il devra affronter de nouveau le Dr Willy Dupré, Marcel Mason et S.B. Emile.

Le 1er Mai au Champ de Mars, le Dr Maurice Curé réclame que la partielle du 21 mai 1956, en vue du remplacement de Guy Rozemont, se déroule au suffrage universel. Une foule hostile l?empêche de tenir son meeting. On peut supposer Bhujoharry opposé à cette requête de Maurice Curé. Le PTr refuse la représentation proportionnelle que propose Lennox-Boyd et que soutient le Parti Mauricien de Bhujoharry. Seeneevassen demande que l?élection du Dr Dupré soit la réponse des Portlouisiens à l?offre colonialiste de représentation proportionnelle. Le Dr Dupré, qui a été tourneur à Glasgow et travailliste depuis 1917, sort alors le slogan qui va ruiner les efforts politiques d?Alex Bhujoharry. Il dit aux Portlouisiens : ?Ne permettez pas que le siège de Guy Rozemont soit occupé par un adversaire du Parti travailliste?. Comment lutter contre un tel slogan ? Dupré remplacera Guy Rozemont au Conseil législatif.

Aux législatives du 9 mars 1956, Alex Bhujoharry doit de nouveau s?avouer vaincu face à Dupré dans la circonscription No 2 de Port-Louis. Il obtient 2 114 voix et 47,74 % des suffrages contre les 2 314 voix (soit 52,26 %) de son adversaire.

Affrontement avec un nouveau ténor

En décembre 1959, il doit affronter un nouveau ténor travailliste en la personne d?Eddy Chang Kye. Bhujoharry parvient quand même à se faire élire en 5e position. Mais trop c?est trop. Il décide de quitter l?arène politique et même la médaille d?or, que la ville de Port-Louis lui remet en 1965, ne lui fera pas changer d?avis.

Alex Bhujoharry meurt le 15 décembre 1975. Advance, le journal qui l?a si souvent combattu, salue en lui un pédagogue hors pair et un pionnier de l?éducation à Maurice. Le journal de Ramgoolam rappelle cette vérité que nul n?a intérêt à oublier surtout lorsqu?il est question de réformer notre système éducatif : ?Nombreux sont les Mauriciens, occupant aujourd?hui de hautes fonctions dans l?administration ou appartenant à la profession libérale, qui lui doivent leur formation. Grâce à son dévouement, à son intelligence et à son dynamisme, le collège qui porte son nom, connaît un succès sans précédent.? Venant d?adversaires politiques, on ne peut rêver compliment plus flatteur et plus mérité.

(Partie IV)

Publicité