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La campagne ?la plus moche? de l?après-guerre

7 avril 2006, 00:00

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Insultes, menaces, coups de bluff: tous les moyens sont utilisés par Silvio Berlusconi pour dénigrer et déstabiliser son adversaire Romano Prodi au cours d?une campagne électorale considérée comme la plus ?moche? de l?après-guerre. Son dernier ?coup? s?est retourné contre lui et l?a contraint à battre en retraite.

Mais il a démontré combien le chef du gouvernement italien est prêt à prendre des libertés avec les règles et les accords de la campagne électorale.

Silvio Berlusconi avait annoncé son intention de participer à une émission sur une de ses chaînes de télévision et a été contraint de renoncer à son projet devant les protestations provoquées par une claire violation de la loi qui réglemente les temps de parole sur les média audiovisuels pendant la campagne électorale.

Depuis, il exploite l?incident comme une ?preuve absolue que la gauche prépare un régime? de dictature si elle remporte les élections.

?Ce matin, tous les quotidiens titrent échec du blitz du président du Conseil?. Mais de quel blitz s?agit-il ? Le seul blitz qui se soit produit est l?opération anti-démocratique de la gauche et de son chef Romano Prodi?, a-t-il accusé hier.

?Il faut faire attention, parce que la liberté est menacée?, a-t-il aussi affirmé.

Ce comportement a confirmé le jugement négatif porté sur la campagne électorale par nombre d?acteurs politiques et sociaux.

Même l?Osservatore Romano, le quotidien du Vatican, s?est dit choqué et a déploré un ?odieux climat de rixe?.

?C?est la campagne la plus moche de l?histoire?, a affirmé début mars le patron des patrons italiens, Luca Cordero di Montezemolo, dirigeant des groupes Fiat et Ferrari. Une réflexion qui lui vaut la haine de Silvio Berlusconi.

Mais son jugement est partagé. ?C?est une campagne horrible?, a déploré un autre grand capitaine d?industrie, Marco Tronchetti Provera, dirigeant des groupes Telecom Italia et Pirelli.

L?invitation à modérer le ton lancée par le président Carlo Azeglio Ciampi est restée lettre morte.

Silvio Berlusconi considère que tous ces appels et toutes ces critiques ne s?adressent pas à lui car, jure-t-il la main sur le coeur, ?je n?ai jamais insulté personne?.

Or les derniers jours de la campagne ont été envenimés par les invectives et les insultes.

?Prodi est l?idiot utile d?une coalition dominée par les communistes?, a-t-il ainsi lancé lundi à son adversaire lors de leur débat télévisé.

L?avance de la coalition de la gauche dans les intentions de vote -entre 3 et 5 points, selon les dernières enquêtes publiées- joue comme un aiguillon pour le chef du gouvernement italien.

Menaces, réprimandes, flatteries, il a tout utilisé pour convaincre les indécis de voter pour lui les 9 et 10 avril. Ils étaient 25% lors des derniers sondages autorisés.

?Si vous cochez la case de l?Unione (la coalition de Romano Prodi), vous faites une croix sur vos économies?, a-t-il martelé.

?J?ai trop d?estime pour l?intelligence des Italiens pour penser qu?il y a autant de couillons qui peuvent voter contre leurs propres intérêts?, a-t-il encore lancé.

Et il enfreint les règles de la campagne en faisant état de sondages lui donnant la victoire pour galvaniser ses troupes.

Lorsqu?il est réprimandé, il joue à la victime. Ses alliés politiques, ?cannibalisés? par sa personnalisation de la campagne, ne lui en veulent pas.

?Toutes les campagnes électorales sont moches. Les hommes mettent à nu leurs instincts y compris les plus primitifs?, a ainsi affirmé le centriste Pier Ferdinando Casini.

Le verdict des urnes dira lundi prochain si cette manière de faire campagne a été payante pour Silvio Berlusconi.

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