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Recul de l'aide humanitaire
Taxer les grandes fortunes pourrait sauver des millions de vies
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Recul de l'aide humanitaire
Taxer les grandes fortunes pourrait sauver des millions de vies
Credit photo Euronews
L'aide publique au développement destinée aux pays à revenu faible et intermédiaire traverse une période de baisse historique. Mais une nouvelle étude publiée dans The Lancet suggère qu'une taxation ciblée des plus fortunés permettrait de compenser une grande partie de ces pertes de financement et d'éviter un nombre considérable de décès.
Un recul sans précédent de l'aide au développement
L'aide publique au développement – qui finance la santé, l'éducation, l'assainissement et les infrastructures dans les pays les plus pauvres – a chuté de près de 25 %, tous les grands pays donateurs ayant réduit leurs contributions en 2024 et 2025. Une baisse supplémentaire est attendue entre 2025 et 2026, dans un contexte où les budgets nationaux sont de plus en plus absorbés par l'endettement et les dépenses militaires.
Selon les chercheurs, si cette tendance se poursuit sans correction, elle pourrait provoquer 7,6 millions de décès d'ici 2030, dont 1,4 million chez les enfants de moins de cinq ans. Ce scénario a servi de point de comparaison pour tester différentes options fiscales.
Ce que montre l'étude sur la taxation des fortunes
Le monde compte aujourd'hui plus de 3 000 milliardaires, dont le patrimoine cumulé atteint un sommet historique de USD 20 100 milliards – soit USD 4 000 milliards de plus qu'un an auparavant. Dans ce contexte, les chercheurs ont modélisé l'impact de plusieurs politiques fiscales :
• Un impôt de 3 % sur la fortune des milliardaires aurait l'effet le plus marqué, avec environ 29,5 millions de décès évités d'ici 2030.
• Un impôt de 1 % sur ces mêmes fortunes permettrait d'éviter environ 15,1 millions de décès.
• Une taxe sur les transactions financières (type taxe Tobin) éviterait environ 24,5 millions de décès.
• Un impôt minimum mondial sur les multinationales générant plus de EUR 750 millions de chiffre d'affaires éviterait environ 20,1 millions de décès.
Ces chiffres proviennent d'une analyse portant sur 59 pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, couvrant la période 2002-2021 et représentant environ 3,9 milliards de personnes. Les auteurs précisent qu'il s'agit d'estimations basées sur des modèles, et non de prévisions certaines.
Des précédents encore rares, mais un intérêt politique croissant
Peu de pays ont pour l'instant mis en place une véritable taxation des grandes fortunes. L'Espagne applique depuis 2022 un impôt de solidarité compris entre 1,7 % et 3,5 % pour les patrimoines nets dépassant EUR 3 millions. En France, un projet de taxe de 2 % sur les très hauts patrimoines a été discuté puis rejeté par le Sénat. La Suède, de son côté, avait maintenu un impôt sur la fortune pendant des décennies avant de l'abolir en 2007.
Le sujet gagne toutefois du terrain, y compris chez certains grands fortunés eux-mêmes : lors du dernier Forum économique mondial de Davos, des centaines de millionnaires et de milliardaires issus de plusieurs dizaines de pays ont appelé les gouvernements à alourdir la fiscalité sur les ultra-riches.
Selon les auteurs de l'étude, même des mesures de redistribution relativement modestes – comparables à celles évoquées dans de récents accords internationaux – pourraient permettre de sauver des dizaines de millions de vies dans les années à venir.
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