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Congé de maternité
Les oubliées de la réforme réclament l’équité
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Congé de maternité
Les oubliées de la réforme réclament l’équité
Photo d'illustration.
La prolongation du congé de maternité à un an sera effective au 1ᵉʳ janvier 2027. Si cette avancée sociale est saluée, des mères ayant accouché en 2026 dénoncent une mesure qui, selon elles, crée une inégalité entre des femmes séparées de quelques semaines seulement. Elles ont porté leurs doléances au ministre du Travail, Reza Uteem.
Adoptée à travers le Finance Bill 2026-2027, la réforme du congé de maternité portera celui-ci à 12 mois dès le 1ᵉʳ janvier 2027 : six mois rémunérés à 100 % du salaire et les six derniers à 50 %.
Sentiment d’injustice
Mais derrière cette avancée, un sentiment d’injustice gagne plusieurs jeunes mères. Celles qui ont accouché depuis juillet 2026, ou accoucheront avant la fin de l’année, craignent d’être exclues d’un dispositif qu’elles estiment pourtant destiné à leur génération. Lundi, accompagnées du négociateur syndical Ashvin Gudday, elles ont rencontré le ministre du Travail, Reza Uteem, à son bureau, afin d’obtenir des éclaircissements.
Marie (prénom modifié) a donné naissance à son premier enfant en août. Aujourd’hui encore, elle peine à envisager son retour au travail : «Quand nous avons compris que la mesure n’entrerait en vigueur qu’en janvier 2027, nous avons trouvé cela profondément injuste, surtout pour les mamans qui ont accouché depuis juillet 2026. Le Budget est celui de 2026-2027, alors pourquoi seules les mères de 2027 en bénéficieraient-elles ?»
Face au manque de réponses, elle crée un groupe de mères concernées, puis s’est tournée vers Ashvin Gudday après avoir écrit sans succès à plusieurs institutions. Son témoignage dépasse la seule question juridique, il raconte aussi un post-partum difficile. «Je n’ai pas eu une grossesse facile. J’ai travaillé longtemps depuis la maison, soutenue par un certificat médical et j’ai subi une césarienne. Aujourd’hui, je ne suis ni physiquement ni moralement prête à laisser mon bébé, qui est encore fragile, à une personne que je ne connais pas dans une crèche», confie-t-elle.
À ses yeux, la différence de traitement est d’autant plus incompréhensible que certaines femmes ayant accouché en septembre pourraient, sous réserve d’une interprétation légale, être couvertes par la nouvelle loi. «On ne comprend pas la logique. Si quelques semaines suffisent pour bénéficier de la mesure, pourquoi exclure celles qui ont accouché en juillet ou en août ?»
Depuis plusieurs semaines, Ashvin Gudday reçoit des messages de futures et jeunes mamans sur les réseaux sociaux. Toutes expriment la même inquiétude : devoir reprendre le travail alors que la réforme, annoncée en grande pompe lors du Budget, semble leur échapper. «Il y a des femmes qui doivent bientôt accoucher et d’autres qui ont donné naissance il y a seulement quelques semaines. Elles ne seront pas couvertes par une mesure qui aurait pourtant été extrêmement bénéfique pour elles, notamment lorsqu’elles n’ont personne pour s’occuper de leur bébé», explique le syndicaliste.
Selon lui, le report de l’entrée en vigueur répond principalement à une demande des employeurs, qui ont indiqué avoir besoin de temps pour adapter leurs politiques internes et leurs obligations administratives. Avant de saisir le ministère du Travail, le négociateur syndical s’était adressé au ministère de l’Égalité des genres. La réponse fut claire : la loi étant déjà adoptée, toute interprétation relève désormais du ministère du Travail.
Pour Ashvin Gudday, le débat dépasse le cadre légal : «Nous parlons constamment de la baisse du taux de natalité et de la nécessité de renforcer la famille mauricienne. Sur le plan humanitaire, il est difficile de comprendre pourquoi des mères seraient privées de cette protection à quelques semaines près.» Le syndicaliste estime qu’une solution devrait être recherchée pour éviter de créer deux catégories de mères vivant pourtant la même réalité familiale. Il souligne également que certaines femmes concernées ont connu des grossesses compliquées ou donnent naissance à des enfants nécessitant une attention particulière, rendant le retour précoce au travail encore plus délicat.
Clarifier la loi
À l’issue de la rencontre, le ministre du Travail se veut à la fois prudent et ouvert. Il confirme que les femmes souhaitaient avant tout obtenir des éclaircissements sur l’application de la nouvelle législation. «La mesure votée prévoit un congé de maternité qui passe de quatre à six mois avec rémunération intégrale, avec la possibilité de prolonger de six mois supplémentaires à demisalaire. La question posée est de savoir si elle peut s’appliquer aux femmes qui n’auront pas encore terminé leur congé lorsque la loi entrera en vigueur», explique Reza Uteem.
Une mère ayant accouché en septembre 2026 pourraitelle bénéficier automatiquement de l’extension à compter du 1ᵉʳ janvier 2027 ? Le ministre indique que cette question fera l’objet d’une demande d’avis auprès du bureau de l’Attorney General, l’interprétation juridique étant déterminante avant toute décision.
En revanche, pour les femmes qui auront déjà épuisé leur congé avant le 31 décembre 2026, la loi ne prévoit, à ce stade, aucune disposition rétroactive. En attendant une clarification juridique, Reza Uteem lance un appel aux entreprises pour faire preuve de souplesse envers les jeunes mères.
«Je demande aux employeurs d’envisager, sur une base humanitaire, des extensions de congé, des possibilités de télétravail ou des horaires flexibles, notamment pour les mamans ayant connu une grossesse difficile ou dont l’enfant nécessite une attention particulière.» Le ministre évoque plusieurs pistes : permettre aux employées de travailler depuis leur domicile lorsque cela est possible, réduire temporairement leur présence au bureau ou encore aménager leurs horaires afin qu’elles puissent rentrer plus tôt auprès de leur enfant. «Nous ne voulons pas pénaliser les mamans qui ont eu leur bébé avant l’entrée en vigueur de cette mesure», insiste-t-il.
À partir de 2027, le nouveau dispositif devrait concerner environ 12 000 femmes chaque année, faisant de cette réforme l’une des mesures sociales les plus importantes du Budget 2026-2027. Les chiffres de Statistics Mauritius illustrent l’ampleur de l’enjeu : 12 321 naissances ont été enregistrées en 2025, contre 12 088 en 2024. Si la natalité demeure faible, le gouvernement espère que des politiques plus favorables à la parentalité contribueront à mieux soutenir les familles mauriciennes.
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