Publicité
La bonne résolution
Les fêtes n?ont pas le même éclat pour tous. Pour ces milliers d?écoliers de 11-12 ans qui ont appris, il y a deux semaines, qu?ils seront à jamais exclus de l?élite scolaire officielle, la déception doit être grande. Ils n?auront pas le c?ur à la fête, ces gamins. Leurs familles qui fondaient beaucoup d?espoir sur eux et qui espéraient un retour sur l?investissement dans les leçons particulières ne vont pas profiter, non plus, des réjouissances.
En cette période où chacun formule des v?ux de bonheur, de santé, de prospérité et de réussite, il faut surtout souhaiter que la société donne à chaque enfant la chance de se réaliser, de s?épanouir et de vivre pleinement. Ce qui n?est pas possible tant que le système primaire se fixe comme finalité la récolte des A+.
Pour certains, la hausse du taux de réussite au CPE est venue valider la nouvelle mouture de cet examen. Le ministre de tutelle et ses collaborateurs affirment que la preuve est faite qu?ils avaient raison d?introduire la compétition au primaire puisque le taux de réussite a progressé de quelques points. Cet argument relève de l?imposture. L?efficacité d?un système scolaire ne se mesure pas au seul taux de réussite. Le MES rappelait d?ailleurs cette évidence dans son rapport pour l?année 2005, quand le taux avait également grimpé de quelques points mais la performance globale s?était détériorée : ?Although there has been an increase in the pass rate this year the quality of performance of candidates has gone down?.
La satisfaction manifestée par les autorités est déplacée. Comment peut-on soutenir que nous avons un des systèmes éducatifs les plus performants dans le monde (?World Class Education?) alors que le taux de déperdition scolaire dépasse largement les 30 % après le cycle primaire. Si le taux de réussite au CPE n?a qu?une pertinence relative, c?est parce que le système d?évaluation au CPE est basé sur des critères étroitement scolaires. Avec les modalités de sélection actuelles, les enfants autrement doués sont brimés et souvent dirigés hors du système.
La faiblesse caractérisée du système élitiste qui prévaut dans le cycle primaire n?a toutefois pas empêché que l?exercice d?inscription en ?Form l? se déroule sans anicroche. Si les parents ont été moins critiques que d?habitude, la raison se trouve dans le nombre impressionnant d?élèves recrutés dans les collèges d?Etat pour cette rentrée scolaire. ?La capacité d?accueil dans les collèges d?Etat à cycle complet passera de 4 975 en janvier 2000, à 8 692 en 2005, à 9 605 en 2006 et à environ 10 800 en janvier 2007?, peut on lire dans le bulletin officiel qui se trouve sur le site du ministère de l?Education. Cet accroissement spectaculaire est, bien entendu, lié à la construction d?un grand nombre de collèges d?Etat durant la législature précédente.
Si le ministre Gokhool voulait prendre une bonne résolution en ce début d?année, il devrait s?inspirer de cette critique faite par la Banque mondiale à propos de son système élitiste : ?Yet the challenge of the global knowledge economy is, rather than to, focus essentially on a select elite to make the most of all the potential of all young people and to bring out the best in each of them so as to bring about a whole nation of skilled persons.?
Publicité
Publicité
Les plus récents