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L’Europe prise de court devant l’afflux d’immigré
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L’Europe prise de court devant l’afflux d’immigré
L’afflux continuel d’immigrants africains dans les îles Canaries, mais aussi à Malte et en Sicile, constitue un redoutable baptême du feu pour la nouvelle agence européenne Frontex. Chargée depuis quatre mois d’aider les pays du Sud à gérer la situation, son action est jugée trop lente et inefficace à Madrid.
Plus de 1 400 immigrants clandestins sont encore arrivés dans des embarcations de pêcheurs sur la côte des Canaries, samedi 2 et dimanche 3 septembre, ce qui est le chiffre le plus élevé pour un week-end depuis janvier.
Installée à Varsovie en 2005, la mission de Frontex est de coordonner les efforts de coopération entre les Vingt-Cinq aux frontières extérieures de l’Union. Encore faut-il que des moyens soient mis à sa disposition.
A Madrid, le gouvernement demande à l’Europe “de faire davantage” pour l’aider. C’est ce qu’a répété le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, samedi 2 septembre, à l’occasion de la réunion des ministres des affaires étrangères de l’UE organisée par la présidence finlandaise à Lappeeranta, à la frontière entre la Finlande et la Russie.
“De nombreux problèmes ont émergé dans la mise en place des opérations au large des îles Canaries”, reconnaît le directeur général de Frontex, le Finlandais Ilkka Laitinen, invité lui aussi à Lappeeranta. Mais il minimise la portée des difficultés rencontrées aux Canaries : “Bien sûr, la coopération avec les Espagnols peut être améliorée, mais elle fonctionne, considère-t-il. Cette opération pilote est satisfaisante alors que nous sommes dans le même temps sollicités à Malte.”
L’agence doit consacrer pour le moment l’essentiel de ses effectifs – 65 personnes – aux deux missions menées en Méditerranée. Une situation qui devrait être “exceptionnelle”, estime M. Laitinen.
Au-delà des côtes méditerranéennes, Frontex identifie trois autres “zones à risque” en matière d’immigration : les frontières orientales de l’Europe, celles des Balkans occidentaux et les principaux aéroports internationaux. Ses équipes doivent intervenir également dans la formation des gardes-frontières des Vingt-Cinq, analyser les risques migratoires, ou accompagner les opérations conjointes de retour.
A l’instar de Madrid et du commissaire en charge des affaires intérieures, Franco Frattini, les responsables de Frontex regrettent que seule une poignée d’Etats membres – l’Italie, le Portugal, l’Allemagne, la Finlande, et la France – aient répondu à leurs sollicitations pour venir en aide aux autorités espagnoles.
“Nous serions très contents d’avoir à choisir entre des capitales en compétition pour travailler avec nous, mais ce n’est pas le cas”, dit M. Laitinen, pour inciter les Vingt-Cinq “à se mobiliser davantage”.
Dans le cas de la Méditerranée, l’agence a besoin de navires ou d’avions pour participer aux opérations communes. “La coopération est difficile, car chacun veut conserver sa souveraineté et ses moyens, tout en souhaitant bénéficier du soutien des autres en cas de besoin”, observe le patron de Frontex. Il regrette que certains Etats membres – la Belgique, Chypre, l’Irlande et la Slovénie – n’aient pas encore mis le moindre personnel à disposition de ses services.
D’ici à 2010, l’agence prévoit pourtant de doubler ses effectifs, et son budget (15,8 millions d’euros cette année). M. Laitinen s’wétonne aussi de “la complexité” de ses pourparlers avec le Parlement européen afin de bénéficier des fonds prévus pour assurer le développement de ses services. Au vu des difficultés rencontrées, sur le terrain comme dans ses relations avec les capitales, il estime d’ailleurs “avoir besoin de nombreuses années avant d’atteindre le niveau” qu’il souhaite avoir.
Philippe RICARD</B> Article paru dans l’édition du 05.09.06</I>
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