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?Kingdom of heaven?
??Religion, que de crimes on commet en ton nom ! Histoire, que de leçons tu nous as données ! Et pourtant??
Amin Maalouf Les Croisades vues par les Arabes.
Le générique de fin de Kingdom of Heaven nous rappelle que, presque mille ans après, les leçons des croisades n?ont effectivement pas été assimilées. L?histoire a beau se dérouler en l?an 1184, ce tout dernier film de Ridley Scott a définitivement quelque chose de très actuel. Ne vous laissez cependant pas abuser par la bande annonce : en plus du bruit et de la fureur, il y a aussi une histoire très prenante et un propos humaniste qui est nécessaire par les temps qui courent.
Kingdom Of Heaven raconte la prise de Jérusalem par Saladin en l?an 1187. Mais c?est aussi l?histoire d?un jeune forgeron qui ne voulait plus rien de la vie et qui finira par devenir un vrai chevalier non pas en remportant une victoire militaire mais en sauvant des vies.
La Jérusalem que nous montre Ridley Scott n?est pas en deçà de ce qu?on attend d?un tel cinéaste pour ce qui est des décors, des costumes et de la photographie : du beau travail de reconstitution, avec, en plus, une lumière évoquant certains tableaux d?Eugène De-lacroix. Le scénariste William Monahan porte le film plus loin. La ville sainte est une terre d?opportunité pour ceux qui, en Europe, sont au bas de la hiérarchie sociale, leur donnant la possibilité de s?accomplir. Elle est aussi une ville symbole pour les chrétiens comme pour les musulmans (les juifs sont curieusement absents de cette histoire), mais Kingdom of Heaven ne traite pas vraiment d?affrontement de cultures ou de religions, les personnages qu?on y voit se préoccupant moins de doctrines que d?acquisition de richesses et de pouvoir ou de paix, de justice et de vérité. Nous croisons des personnages historiques tels Guy de Lusignan, Renaud de Châtillon, Baudoin IV, le Roi Lépreux, et Saladin.
Il y a quelques petites entorses faites à l?Histoire pour les besoins du film, par exemple, la personnalité de Guy de Lusignan ou cette liaison entre son épouse Sybille et le héros qui sert à nous expliquer le contexte du film. Mais la plupart des personnages semblent conformes aux descriptions des historiens, Saladin en tête.
Malgré toutes ces attentions aux personnages, le film de Ridley Scott est un film viscéral, parsemé de scènes d?action guerrières pour lesquelles le cinéaste fait preuve d?un grand talent, puisqu?il nous en fait ressentir le choc sans avoir recours aux effets gore. Cela retient l?attention des spectateurs jusqu?à la gigantesque bataille montrée dans la bande annonce. Celle-ci a la même ampleur que celle vue dans Les Deux Tours, mais là aussi, il est d?abord question de propos. ?Nous nous battons pour une offense que nous n?avons pas commise envers ceux qui ne sont plus en vie pour pouvoir être offensés? dit le héros.
Sur le sujet des croisades devenu plutôt délicat, par les temps qui courent, Ridley Scott a fait un film anti-guerre, pour ceux qui les subissent et contre ceux qui les déclenchent
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