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Joseph Griesmar égratigne la vie à coups de crayon
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Joseph Griesmar égratigne la vie à coups de crayon
?CELA arrange pas mal de monde que le lecteur ne sache ni décoder ni fabriquer des images.? Sans complexe, Joseph Griesmar crie à la manipulation ?des réalisateurs, des publicitaires, des médias.? Face au système, il ?sème des graines parce que la bataille est perdue d?avance.? Désabusé, le bédéiste invité par l?Alliance Française à l?occasion du mois de la BD ?
Le ?non? de l?auteur s?accompagne de plusieurs rangées de rides rieuses. Elles sillonnent régulièrement son visage pendant l?atelier qu?il anime pour la première fois à Bell-Village.
?Le potentiel est là.? Arrivé depuis mardi, Joseph Griesmar a été frappé par ?la culture de l?image? qui existe ?chez la bande de Ticomix.? Le troisième numéro de la revue sortira d?ailleurs cette semaine. Publié chez Dargaud, Vents d?Ouest et Glénat, lui, a le réalisme pour style de prédilection.
Derrière le pseudonyme de Béhé, il se tient au carrefour des ?arts du texte, de la plastique et du spectacle?. Avec la bagou du pédagogue passionné, l?auteur parle de sa discipline à voix haute et exaltée. De ses bras maigres sous les manches relevées de sa chemise noire, il dessine un quadrillé où convergent scénario, formes et couleurs, mise en scène et casting.
?Peu de rapports avec l?art?
Des notions qu?il apprend à maîtriser pendant cinq ans aux ?Arts Déco? à Strasbourg. Le jeune Alsacien a alors 18 ans. Issu d?une famille modeste ?avec très peu de rapports avec l?art?, le petit Joseph se contente de ?trucs pas chers? : Blek le Roc, Hakim et Picsou. ?Il n?y avait pas de médiathèque avec 6 000 titres juste à côté de chez moi?, fait-il en pointant du doigt en direction du ?trésor? de l?Alliance Française.
Pendant quelque temps, l?ado se contente de ?jouer mal d?un peu de tout.? Guitare, batterie, crayons. Avant de vivre l?instant de la décision. ?Je me suis dit que je devais faire au moins un truc bien dans ma vie.? Il range au placard les instruments et joue des crayons.
A son arrivée en salle de cours, Joseph s?endurcit sous la douche glacée : ?On en a pris en plus, mais on va en virer la moitié à la fin de l?année.? Il s?accroche et bosse 80 heures par semaine. ?C?est tout juste si on remarque le mal au dos et aux cervicales quand on a le plaisir de dessiner.?
Avec le recul, la quarantaine bien conservée, Joseph nous assène : ?En art, il n?y a pas de diplôme qui donne du travail. Celui que j?ai eu aux Arts Déco n?a aucune valeur. Il servait juste à faire plaisir aux parents. Avant de vous donner du boulot, on vous demande d?abord votre portfolio.?
?Double Je?
Un univers peuplé de thrillers, tels ?Double Je?, deux albums sortis chez Vent d?Ouest entre 1992-3. Une aventure qui parle de manipulation génétique. ?Politique médicale fiction? qui croque le clonage d?un fils unique pour en faire une réserve d?organes. Mais Joseph Griesmar se défend de la faire de la BD à message. ?Mes opinions, je les garde pour moi. Dans mes albums, je ne fais que soulever des questions.?
Comme celles de Chimères, sa dernière série éditée chez Vents d?Ouest en 2003, ?une aventure semi-fantastique en apparence.? Définition de genre bousculée à travers Daniel, la trentaine illuminée. Personnage souffrant d?hallucination, ?il s?imagine être un faune qui va séduire les jeunes filles?, Daniel livrera combat à ses visions qui lui veulent du mal. ?En réalité, il est en train de se soigner.?
Aux petits soins avec son coup de crayon, c?est vers un trait ?plus spontané, plus vigoureux, plus proche du croquis et moins appliqué?, que Joseph Griesmar veut évoluer. Pour ne rien gâcher et ?faire la BD que j?aimerais lire?, l?auteur s?est associé à l?un des ses élèves pour concrétiser son prochain projet. L?intrigue : les péripéties d?un instituteur milanais qui s?installe en Sicile dans les années 50. Joseph Griesmar se contentera de signer le scénario pour confier le dessin à Erwann Surcouf ?comme le pirate?.
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