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Jean Fanchette dissèque notre particularisme culturel

16 juillet 2008, 20:00

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Le 27 février 1983, Jean Fanchette intervient, à la Maison des Cultures du Monde, sur le thème du particularisme culturel de Maurice. Etabli à Paris depuis les années 1950s, il mène de front une carrière d?écrivain-poète et de médecin spécialisé en neuro-psychiatrie. Il est, entre autres, l?auteur de Gerbes de silence (1952), Osmose (1954), Midi du Sang (1955, Prix Paul Valéry), Archipel (1958, Prix Fénéon), Identité provisoire (1965), Baudelaire et la névrose (1967), La psychose de John Clare (1969), Psychodrame et théâtre moderne (1971), Alpha du Centaure (1975). Il obtient, en 1972, le Prix des Mascareignes. L?express publie, à la mi-1983, le texte de son intervention sur notre particularisme culturel et dont voici un résumé.

Maurice fut d?abord paradis désert. La première langue de communication durable utilisée fut celle des premiers colons à s?y installer durablement. Ils sont français et, 286 ans après dont 158 de colonialisme anglais, la langue française est toujours largement utilisée dans l?île tandis que nul ou presque ne parle encore le hollandais, le portugais, et peut-être même l?arabe ou le malais qui purent être utilisés, à l?occasion, sur nos rivages. Des alluvions successives s?ajoutent par la suite à cette langue française des origines. Elles créent ensemble une identité mauricienne et son particularisme. Le français demeure le dénominateur commun, un véhicule de communication privilégié. Notre créole en dérive. Cette belle langue est la seule qui permet à tout Mauricien de communiquer avec n?importe quel autre compatriote. Les intellectuels locaux maîtrisent tous le français et s?expriment aisément dans cette langue. Ils sont moins nombreux ceux qui possèdent une maîtrise équivalente de l?anglais.

Pour illustrer l?ampleur qualitative de cette maîtrise du français, ne devant absolument rien à la France, ni à la Francophonie, il suffit de rappeler qu?il faut trois volumes à Jean Urruty pour rédiger, en 1971, son Anthologie de la poésie mauricienne. Un ou deux autres volumes seraient encore nécessaires pour couvrir les quatre décennies suivantes, nous amenant à 2008. Le Dr Jean Georges Prosper rédige, pour sa part, en 1978, une Histoire de la littérature mauricienne, dans laquelle il recense 225 auteurs. Trente ans se sont écoulés depuis. Elles sont, à elles seules, peut-être aussi riches que la période pré-1978.

Nos premiers poètes se voulaient les émules des Parnassiens, poursuit Jean Fanchette. Léoville L?Homme, métis de la population de couleur, est notre Leconte de Lisle, à la différence près qu?il n?eut jamais le privilège de poser son pied sur le sol gaulois, ni l?honneur de tenir dans ses mains la terre sacrée de France. Ne nous attardons pas sur ces rêves inachevés car des Français pourraient ne pas nous comprendre...

Après lui, Robert Edouard Hart étudie la problématique mauricienne et la mosaïque de races, de cultures, de religions qui la compose. Il exalte l?identité mauricienne qui se crée graduellement. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la littérature mauricienne s?engage dans le modernisme, avec l?entrée en scène des Malcolm de Chazal, des Jean René Noyau, des Loys Masson, des Marcel Cabon.

Tout écrivain mauricien témoigne d?un brassage culturel, autant marqué par l?Inde que par l?Afrique mais qui s?exprime surtout dans un français qui leur est cher et qu?ils chérissent, n?en déplaise à certains. Jean Fanchette qualifie de « inter-prêt» ce brassage intellectuel, réunissant, par la pensée, l?Afrique, l?Inde et la France. Le Français sert de moteur à l?assomption finale de cette identité mauricienne, sans dévaluer, ni sous-estimer le créole, plus populaire, mais sachant s?enrichir, au passage, d?apports anglais, hindis, bhojpuris, malgaches. Il est le vrai dénominateur de ce peuple mauricien «dont le sang roule la mémoire de cinq races différentes».

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